Monday, 20 December 2010

Book 3, chapter 8, paragraph 15

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 394]

   Le Gouvernement Français a annoncé aux négociants, qu’il n’était point encore disposé à conclure des traités de commerce; sans doute il a raison de différer, pour se donner le temps de connaître les vrais besoins de la France, et de distinguer les clabauderies de quelques fabricants, d’avec le vœu général du commerce et des consommateurs: mais si après cette étude préalable, il vient à en conclure, il faut espérer que ce ne sera point sur les bases étroites et mesquines dont nous venons de rendre compte, et que la faveur qu’il procurera au commerce, ce sera celle d’être libre, et rendu à ses propres forces.

[Translation]

   The French government announced to merchants that it was not yet ready to conclude treaties of commerce. No doubt, there is good reason to stall for a time to think of the true needs of France, and to distinguish calumnies of several manufacturers from the general wish of trade and consumers. However, if, after this preparatory examination, it has concluded treaties of commerce, we must hope that this conclusion will not be on the narrow-minded and short-sighted grounds for which we have accounted, and that it will give trade the preferential treatment of leaving it free and of letting it go at will.

Sunday, 19 December 2010

Book 3, chapter 8, paragraph 14

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 391-393]

   Le Gouvernement Français sera peut-être appelé à négocier quelque traité de commerce avec l’Espagne; ce pays ainsi que le Portugal, distribue du numéraire à toute l’Europe, et lorsqu’il aura revu celui qui s’accumule pour lui en Amérique, il en aura une très grande quantité à exporter (1). Si le Ministère Français prête l’oreille aux fauteurs du système mercantile, il ne s’occupera peut-être que des moyens de favoriser l’entrée des piastres Espagnoles dans notre pays. Nous avons vu que la surabondance des espèces en Espagne, y avait fait baisser leur valeur relative, ce qui est la même chose que de renchérir tout ce qui peut s’échanger contr’elles; en sorte que la prohibition d’exporter le numéraire, lui avait occasionné une perte habituelle, sur la valeur avec laquelle elle paye la plus grande partie de ses achats, sur le numéraire, qui est la principale marchandise qu’elle destina à l’exportation. En engageant l’Espagne à abolir cette prohibition, on procurerait l’avantage de cette nation alliée, sans causer à la France ni lucre ni préjudice; mais si l’on s’efforçait ensuite de retenir à nos autres frontières le numéraire qui serait entré par celle-là, on faisait à la France le mal que la même prohibition a fait à l’Espagne; on faisait baisser le prix de l’argent, ce qui est la même chose que de faire hausser le prix de la main d’œuvre, et celui de toutes les marchandises qui s’échangent contre cet argent, et l’on partagerait avec l’Espagne, une perte qu’elle fait aujourd’hui toute seule (2).

[Translation]

   The French government will probably be called on to negotiate some treaty of commerce with Spain; this country, like Portugal, distributes specie to all over Europe, and when Spain has reconsidered the specie accumulated for her in America, she will have a large amount of specie to export (1). If the French minister lends an ear to adherents of the mercantile system, he will probably be devoted to ways to promote the inflow of Spanish piastres into our country. We have seen that the plethora of these coins in Spain made their relative value lower there, a fact which means a rise in price of all that can be exchanged for them. As a result, the prohibition from exporting specie has occasioned regular losses to her, on the most of her purchases for which she pays in specie, which is the principal commodity destined for exportation. The abolition of this prohibition on the side of Spain would lead to the advantage of this allied nation, without causing profit or obstacle to France. Then, however, if efforts were made not to allow the specie imported from Spain to France to go beyond our other borders, France would suffer from the loss that the same prohibition has given to Spain. The price of money would be lowered, a change which means a rise in price of labour, and of all commodities exchangeable for money, and the loss today incurred by Spain alone would be shared between Spain and France (2).

Saturday, 18 December 2010

Book 3, chapter 8, paragraph 13

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 391]

   Le commerce des matières fines ne mérite donc pas plus qu’un autre les faveurs, du Gouvernement, car il ne procure pas plus d’avantages à la nation qu’un autre, et n’augmente pas plus ses revenus. Au contraire, comme ce n’est jamais qu’un commerce de transport, qui consiste à tirer les métaux d’un pays, pour les réexporter dans un autre, sans jamais les appliquer à l’usage propre du pays commerçant; il est dans la classe de ceux qui contribuent le moins à la prospérité d’un État, puisque les deux capitaux qu’il remplace alternativement, sont tous deux étrangers, et qu’il met en mouvement moins d’industrie nationale qu’aucun autre.

[Translation]

   The trade of fine materials, therefore, does not merit more of preferential treatment by the government than any other, because it does not procure more advantage for the nation than any other, and does not increase her revenue more. On the contrary, since it is nothing but shipping trade, which consists of bringing metals from a country in order to re-export them to another, without applying them to the use of the trading country, it is among those which contribute the least to the prosperity of a state, because the two capitals which it replaces alternately are both foreign, and because it sets a smaller amount of national industry in motion than any other.

Friday, 17 December 2010

Book 3, chapter 8, paragraph 12

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 389-390]

   L’or que les Anglais exportent de Lisbonne, n’est point un profit qu’ils fassent sur le Portugal, c’est une marchandise qu’ils ont achetée, et aussi bien payée qu’aucune autre que le commerce puisse procurer en échange; ils n’ont certainement pas donné moins de leurs étoffes, ou de leur quincaillerie, pour avoir mille livres sterling en or, que pour en avoir la valeur dans le même lieu, en vins, en oranges, ou en autres marchandises du cru du Portugal; leur bénéfice sur la vente est précisément le même. Mais à leur retour en Angleterre, ils font un bénéfice sur la vente des vins qu’ils rapportent, il convient donc qu’ils en fassent aussi un, sur le numéraire, lorsqu’ils en forment leur cargaison, autrement ils perdraient à se charger de ce retour-là, plutôt que de tout autre. En effet, l’or obtenu en Portugal de la première main, y vaut moins qu’ailleurs, et il y a un bénéfice à faire sur son exportation, qui se proportionne exactement au bénéfice qu’on peut faire sur celle de toute autre marchandise du pays. On cesserait de faire un pareil commerce, si ce profit n’était pas égal à celui que procure toute autre cargaison; on ne faisait plus d’autre exportation que celle-là, si ce profit était plus considérable que les autres. Dès l’instant qu’on trouverait moyen d’empêcher la réexportation de l’or qui vient aux Anglais de Lisbonne, son importation cesserait aussitôt, parce qu’au lieu d’y avoir du profit à faire un pareil commerce, il n’y aurait plus que da la perte.

[Translation]

   The gold taken away by the English from Lisbon is not a profit that they gain from Portugal, but a commodity that they have bought and have paid for like any other commodity that an exchange can procure in return. Certainly, they have given no smaller amount of textile or ironmongery, in order to have 1,000 pounds sterling in gold, than in order to have the same value in the same place in wine, oranges, or other commodities indigenous to Portugal. In either case, there is the same profit accruing from the sale of textile or ironmongery. But back to England they gain a profit from the sale of the wine that they bring back, and it is necessary, therefore, that they should gain a profit from specie if they loaded vessels with it. Otherwise, they would incur a loss from their return with gold, rather than with any other. In fact, the gold directly obtained in Portugal is of less value there than anywhere else, and there is a profit accruing from its exportation which is in exact proportion to the profit accruing from that from any other commodity from the country. Such a trade would come to an end if this profit were not equal to that accruing to that from any other cargo. Nothing else would any longer be exported if this profit were more than that from any other. If the re-exportation of the gold coming to England from Lisbon were prohibited anyhow or other, its importation would cease before long, because, instead of some profit from such a trade, there would be no longer anything but loss.

Thursday, 16 December 2010

Book 3, chapter 8, paragraph 11

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 387-389]

   Nous avons vu également que par une conséquence nécessaire de l’empressement de tout détenteur de numéraire à ne point le laisser chômer entre ses mains, il n’en restait jamais dans un pays au delà de la quantité requise pour faciliter la circulation de sa richesse, et de plus que cette quanttité ne changeant qu’imperceptiblement; lors même que la richesse totale change beaucoup, il devait ressortir chaque année de chaque pays, à très peu de chose près, autant de numéraire qu’il en entrait; en sorte que si on ne s’occupe que du numéraire dans la balance du commerce, elle doit toujours être égale, chaque pays en exportant, à très peu de chose près, autant qu’il en importe; d’où vient que si l’on en importe beaucoup d’un pays particulier, on en exportera beaucoup à tous les autres. Si par exemple l’Angleterre recevait, comme on l’a prétendu, 50,000 liv. sterl. chaque semaine en or par le paquebot de Lisbonne, elle devait exporter chaque semaine 50,000 liv. sterl. entre les Indes, l’Amérique, le Levant, l’Allemagne, l’Italie, et la France. En effet, comme on a donné le nom de balance favorable, au résultat d’un commerce qui produit un retour en numéraire, et de balance défavorable, à celui d’un commerce qui occasionne une exportation d’espèces; ceux qui se sont occupés de ce futile calcul ont constamment déclaré en Angleterre, que la balance de son commerce avec le Portugal était favorable, et celle du commerce avec toutes les autres nations défavorable. Remarquons en passant que ces calculs sont aussi inexacts qu’inutiles; les Anglais ont toujours cru que la balance était contr’eux dans leur commerce avec la France, et les Français n’ont pas vu de meilleur oeil leur commerce avec l’Angleterre. D’après les principes du système mercantile, il est cependant impossible que ces deux nations y perdissent toutes deux; d’après celui de la raison, on ne peut douter que toutes deux n’y gagnassent.

[Translation]

   We have also seen that, as a necessary result of the eagerness of every holder of specie not to leave it unemployed in his hands, there is no more specie in a country than needed to promote the circulation of her wealth, and, moreover, that this quantity of specie is subject to little perceptible change. Even when the total wealth goes through substantial change, there should be almost as much amount of outflow of specie every year from every country as of inflow into it. As a result, if we consider specie alone in the balance of trade, the balance should always be zero, with exports almost equal to imports in every country. It follows that, if a country imports much specie from a particular country, she will export much to all other countries. If England, for example, received 50,000 pounds sterling every week in gold by the packet from Lisbon, as has been claimed, then she must have exported 50,000 pounds sterling every week to the Indies, America, the Levant, Germany, Italy or France. In fact, as the name ‘favourable balance’ has been given to the result of an exchange which yields a return in specie, and ‘unfavourable balance’ to that which occasions exportation of specie, the adherents to this futile calculation in England have always declared that the balance of her trade with Portugal is favourable, and that the balance with all other nations is unfavourable. Let us note in passing that these calculations are as inexact as useless; the English have always believed that the balance is against them in their trade with France, and the French have seen their trade with England as no better. According to the principles of the mercantile system, however, it is impossible that both of these two nations lose there; according to the principle of reason, there is no doubt that both win there.

Wednesday, 15 December 2010

Book 3, chapter 8, paragraph 10

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 386-387]

   De tous les avantages cependant que l’on peut rechercher dans le commerce, le plus futile, le plus vain, c’est celui de vendre à une nation qui paye en numéraire, et non par d’autres marchandises. Je crois avoir suffisamment démontré dans le premier livre de cet ouvrage, que l’or n’était point ce qui constituait la richesse réelle d’une nation, mais qu’il était seulement le signe de cette richesse, signe au moyen duquel elle était transportée d’une main à une autre, et mise en activité; que si l’on pouvait entasser sur un seul pays tout le numéraire de l’Univers, et l’empêcher d’en sortir, ce numéraire ne le rendrait pas plus riche; que si pour l’obtenir, on l’avait échangé contre la richesse réelle, ou les objets servants à la consommation des hommes, le pays serait fort appauvri par un pareil échange, puisque la valeur du numéraire ne se proportionne ni à son poids, ni à sa quantité, mais à la valeur de la richesse mobiliaire qu’il fait circuler; qu’une nation qui serait privée de la richesse réelle, et n’en aurait que le signe, si elle ne pouvait échanger ce signe chez les nations voisines, verrait cesser son industrie et ses moyens d’exister; qu’enfin le numéraire n’avait de valeur, qu’autant qu’on s’en défaisait, puisqu’on ne pouvait le garder sans perte, ni l’employer à son propre usage.

[Translation]

   Of all the advantages that trade can offer, however, the most futile and vain is to sell to a nation who pays in specie, and does not pay by means of any other commodity. I believe that I have sufficiently demonstrated in the first book of this work, that gold does not constitute the real wealth of a nation, but is only the sign of this wealth, a sign by means of which the wealth is transferred from hand to hand, and is set in motion; that, if one country were able to accumulate all specie in the Universe, and to keep it from going out, this specie would not render her any richer; that, if, in order to obtain specie, the country had exchanged the real wealth, or objects useful to human consumption, for specie, then she would be much impoverished with such an exchange, because the value of specie is not in proportion to its weight or quantity but to the movable wealth to which it give circulation; that, if a nation were deprived of the real wealth and had its sign alone, but could not exchange this sign with neighbouring nations, she would see her industry and means to disappear; finally, that specie is of no value until it is alienated, because it is impossible to keep it without loss, and to employ it in its own use.

Tuesday, 14 December 2010

Book 3, chapter 8, paragraph 09

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 385-386]

   Ce traité que M.r Methuen conclut avec le Portugal en 1703, est cependant considéré par quelques personnes, comme le fruit de la plus admirable politique de la part de l’Angleterre, laquelle obtint à cette occasion, que la prohibition de ses draps seront supprimée, et qu’on les admettrait en Portugal sur le même pied que ceux de toute autre nation. Ceux qui en jugent ainsi, n’estiment dans le commerce, que l’avantage de traiter avec des nations qui payent en or ou en argent, et dont la balance est par conséquent à leurs yeux toujours favorable; tel est le Portugal, qui n’a pour principale marchandise que les métaux précieux qu’il tire du Brésil. A quelque prix qu’on pût s’assurer une aussi excellente pratique, on ne croyait pas devoir marchander avec elle.

[Translation]

   Some people, however, consider the treaty concluded by Mr Methuen with Portugal in 1703 as the fruit of the most admirable politics on the part of England, which on that occasion got Portugal to abandon the prohibition of her woollen textiles, and to admit them into Portugal on the same condition as those from any other nation. These admirers of this treaty take nothing about trade into consideration, except the advantage of trading with nations who pay in gold or silver, and with whom the balance is, therefore, always favourable in their eye. Portugal is a case in point, for she has no principal commodity but precious metals brought from Brazil. They did not mind paying any price to ensure such an excellent regular customer, nor did they believe that they should bargain with the customer over the price.