Wednesday, 10 November 2010

Book 3, chapter 7, paragraph 29

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 358]

   Le commerce avec les Isles fut rendu libre pour tous les Français en Décembre 1674. La France qui se relevait alors de l’épuisement où ses longues guerres civiles l’avaient jetée, faisait des pas rapides vers la richesse, et se trouvait dès cette époque, en état d’embrasser le commerce auquel on l’appelait: quarante ans plus tard elle faisait déjà celui des Antilles avec deux cents vaisseaux. L’exclusion des étrangers néanmoins, diminuait considérablement l’échange des marchandises entre l’Amérique et l’Europe, au grand préjudice de l’une et de l’autre. Quant à l’Amérique, en réduisant le nombre des acheteurs, on restreignit certainement sa production, et l’on mit obstacle aux nouveaux défrichements, aux nouvelles plantations, et à la multiplication des colons; quant à l’Europe, on la priva d’une partie de ses jouissances, et on lui fit payer l’autre bien plus chèrement.

[Translation]

   Trade with these islands was rendered free for all the French in December 1674. France, then recovering from the exhaustion in which her long civil wars had placed her, and making rapid progress towards opulence, now was able to do the trade for which she was called on. Forty years later, France began to trade with the Antilles, with two hundred vessels. The exclusion of foreigners nevertheless diminished the exchanges of commodities between America and Europe to the great detriment to both of them. On the side of America, it diminished the number of buyers and certainly checked production, only to place obstacle in the way to new clearance, new plantations, and multiplication of settlers. On the side of Europe, it deprived the nation of some part of enjoyments, and made her pay a much higher price for other part.

Tuesday, 9 November 2010

Book 3, chapter 7, paragraph 28

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 356-357]

   Les colons Français ne purent plus dès lors négocier, ni avec leurs anciens correspondants les Hollandais, ni avec tout le reste de leurs compatriotes Français, à l’exception des vaisseaux de la Compagnie. Celle-ci entreprit un commerce aussi vaste, avec quarante-cinq navires, et alla même bientôt en déclinant. Nous avons vu que les Hollandais en envoyaient cent dans les Antilles seules; l’on peut comprendre combien la Compagnie profita de la diminution de concurrence, pour augmenter le prix relatif de toutes les marchandises qu’elle vendait, et diminuer celui de toutes celles qu’elle achetait; c’est-à-dire, augmenter les dépenses, et diminuer les revenus de la colonie. Mais ce mal, quelque prodigieux qu’il fût, ne pouvait se comparer à celui qu’occasionnait la privation absolue d’écoulement, pour les marchandises coloniales, et d’importation, pour celles dont l’Amérique avait besoin. Cent vaisseaux ne suffisaient pas à ce double transport dans l’enfance des colonies; des quarante-cinq de la Compagnie, il n’y en avait probablement pas vingt qui touchassent aux Isles, à l’époque qu’elles prenaient de la vigueur. Heureusement que cette Compagnie fut dissoute au bout de neuf ans; autrement on ne peut guère douter qu’elle n’eût absolument ruiné nos établissements dans le Golfe du Mexique (6).

[Translation]

   From then on, the French settlers were prohibited from trading with their former correspondents, the Dutch, or with the rest of the French nation, except vessels of the company. The company carried out such an extensive trade with forty-five vessels, and was soon on the gradual decline. We have seen that the Dutch sent one hundred vessels to the Antilles alone. We can understand how the company profited from milder competition to increase the relative price of all commodities that it would sell, and to diminish that of all it would buy: that is to say, to increase the expenses and to diminish the revenues of the colony. However, this evil, no matter how enormous it might be, could not be compared to that done by complete slump in circulation for commodities produced in the colonies and in importation for commodities demanded in America. One hundred vessels were not sufficient to this double transport in the infancy of the colonies. Of forty-five vessels of the company, there were probably less than twenty which reached the islands, in the period when the colonies were vigorous. Fortunately, this company was dissolved only nine years after its foundation. Otherwise, there is no doubt that it would have ruined our settlements in the Gulf of Mexico (6).

Monday, 8 November 2010

Book 3, chapter 7, paragraph 27

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 355-356]

   Mais la même jalousie qui a constamment dicté tous les monopoles, engagea Louis XIV à créer en 1664, pour chasser les Hollandais de ces parages, une Compagnie Royale des Indes Occidentales, à laquelle il accorda en toute propriété, le Canada, les Antilles, l’Acadie, les isles de Terre-Neuve, l’isle de Cayenne, la Terre-Ferme de l’Amérique méridionale depuis le Marignon à l’Orénoque, et les côtes de Sénégal et de Guinée, avec le privilège exclusif de commercer dans tous ces parages, soit directement de l’Europe à l’Amérique, soit pour la traite des nègres, de l’Afrique à l’Amérique (5).

[Translation]

   However, the very jealousy that has constantly dictated all monopolies drove Louis XIV to found a Royal Company of West Indies in 1664 in order to expel the Dutch from these areas of sea. He accorded this company full ownership of Canada, the Antilles, Acadia, the islands of Newfoundland, the mainland of South America from Marignon to the River Orinoco, and the Coats of Senegal and Guinea, along with the exclusive privilege to trade in these areas, either directly from Europe to America, or for the slave trade from Africa to America (5).

Sunday, 7 November 2010

Book 3, chapter 7, paragraph 26

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 355]

   Depuis 1625, époque de la première fondation des colonies des Antilles, jusqu’en 1664, les colons Français furent presque abandonnés par la métropole; et c’est peut-être en partie à cet abandon, et à l’absolue liberté de commerce qui en était une conséquence, qu’ils durent leur première prospérité. Les Hollandais faisaient alors presque tout le commerce des isles Françaises, les villes de Flessingue et de Middelbourg y envoyaient dès cette époque plus de cent bâtiments.

[Translation]

   Since 1625, the year of the first foundation of colonies in the Antilles, until 1664, the French settlers were almost abandoned by the home country. It may be partly to this abandonment, and to the complete freedom of trade which resulted from that, that they owed their prosperity in their earliest times. In those days, the Dutch did almost all trades with the French islands, and the cities of Flushing and Middelburg sent more than one hundred vessels from then on.

Saturday, 6 November 2010

Book 3, chapter 7, paragraph 25

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 354-355]

   On n’examinera pas même si les travaux des plantations sont au-dessus des forces des Européens; après avoir vu les Français et les Anglais triompher des sables brûlants de l’Egypte, on ne peut plus regarder comme trop violent pour eux le travail des champs, dans un climat bien plus tempéré. Rendre la paix aux Colonies, anéantir le préjugé qui y avilit le cultivateur, voilà la tâche vraiment difficile; trouver ensuite des cultivateurs libres, en serait une bien moins pénible.

[Translation]

   We shall not examine whether labour on plantations is beyond the powers of the Europeans. After having seen the French and the English overcome burning hot sands in Egypt, we can no longer think it too tough for them to work on farms in a more temperate climate. It is a really difficult task to return peace to the colonies, and to wipe out the prejudice against cultivators there. With this task accomplished, it would be even less difficult to find free cultivators.

Friday, 5 November 2010

Book 3, chapter 7, paragraph 24

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 354]

   La totalité des blancs établis dans ces isles fertiles, et dont le climat n’est point partout mal sain, n’arrivait pas avant leurs désastres à 60,000; tandis que l’Amérique libre compte cinq millions d’habitants originaires d’Europe, que le Canada en possède 200,000 sortis de France, et que la Louisiane en 1793 en comptait 50,000. Ni les inondations du Meschacébé, ni les exhalaisons des Marais de la Caroline, ni les guerres sanguinaires et toujours renaissantes des sauvages, ni celle pour la liberté de l’Amérique, n’ont pu arrêter la population, dans des pays où l’esclavage n’était point assez commun, pour rendre le travail honteux aux yeux des hommes libres; tandis que la paix et la fertilité des Antilles n’ont pu leur conserver qu’une faible partie de la population qu’elles avaient reçue d’Europe, lorsque la mollesse se reposant sur l’esclavage, eut tari la source de la reproduction.

[Translation]

   The total number of the whites settled in those fertile islands where the climate is not everywhere unhealthful had not amounted to 60,000 before their disasters. Meanwhile, America counts 6,000,000 habitants of European origin, Canada possesses 200,000 habitants from France, and Louisiana had 50,000 in 1793. Floods in the River Mississippi, sultriness of swamps in Carolina, bloody and periodic battles against savages, or the war for the independence of America, put no end to population growth in the country where slavery was not common enough to make labour disgraceful in the eye of free men. By contrast, peace and fertility in the Antilles were able to secure the islands only a small part of the population received from Europe, when effeminacy resulting from slavery had dried up the source of reproduction.

Thursday, 4 November 2010

Book 3, chapter 7, paragraph 23

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 350-352]

   La traite et l’esclavage des Nègres, qui n’ont pas été attaqués seulement avec les armes de la philosophie, et d’après les principes de la révolution, mais qui sont également contraires à la religion, à la justice éternelle, à la politique, et à la raison, ont amené sur les Colonies la situation critique où elles se trouvent aujourd’hui, et d’où il est difficile de les tirer. En écartant les Créoles d’un travail bien moins rude que celui que faisaient leurs ancêtres les boucaniers, on a arrêté la multiplication de leur race, car d’après un ordre immuable établi dans l’Univers, la mollesse et la fainéantise mettent un obstacle insurmontable à la multiplication de l’espèce humaine; ordre maintenu par cette Providence bienfaisante, qui a constamment allié les intérêts bien entendus des hommes, à l’exercice des vertus qu’elle leur prescrit, qui venge les souffrances des opprimés sur la race des oppresseurs, et qui n’a pas voulu que l’homme féroce ou tyrannique inspirât jamais de la crainte, sans sentir l’effroi qu’il occasionne, répercuté dans son propre cœur. D’un bout à l’autre de l’Univers on a vu prospérer le sang du laboureur libre, et déchoir avec une effrayante rapidité la race du maître, avec celle de l’esclave qu’il opprime. Comparez Sparte écrasant ses Hilotes d’un sceptre de fer, à l’antique et libre Etrurie; Rome libre, agricole, et guerrière, à Rome maîtresse du monde, qui se dépeuplait sous son joug; le Germain libre, au Musulman qui ne connaît que la servitude; le planteur laborieux de l’Amérique libre, aux orgueilleux et efféminés Européens établis dans les deux Indes. Partout la même cause morale produit les mêmes effets; dans les climats les plus éloignés; dans tous les périodes de la société humaine, la servitude, l’oisiveté, les vices et la dépopulation ont marché ensemble, comme d’autre part la liberté, l’industrie, la tempérance et la population. La comparaison entre les colonies d’Amérique, fondées en même temps, par les mêmes moyens, et qui ne diffèrent entr’elles que pour avoir attendu leur richesse, les unes du travail des citoyens, les autres de celui des esclaves, fait ressortir plus qu’aucune autre, l’effet de ces deux systèmes.

[Translation]

   The Negro slave trade, which has not only been attacked by the arms of philosophy and according to the principles of the revolution, but which is also contrary to religion, eternal justice, polity, and reason, has led to the critical situation where the colonies are found today, and from which it is difficult for them to extricate themselves. Kept from a labour much less rude than that in which their buccaneering ancestors were engaged, the Creoles ceased to grow in number. This is because effeminacy and indolence place an insurmountable obstacle to multiplication of the human race, according to an invariable order established in the universe. That benevolent Providence, maintaining this order, has always allied extensive interests of men to the exercise of virtues that she prescribes them, revenges sufferings of the oppressed upon the oppressing race, and has never hoped that the fierce or tyran¬nical person would inspire fear without feeling the terror that it causes echoed back to his own heart. From one pole to the other of the universe, we have seen offsprings of free farmers prosperous, and the race of masters declining with surprising rapidity, along with the slaves oppressed by them. Let us compare Sparta, tormenting Helots with tyranny, to the ancient and free Etruria; free Rome, agricultural, and warlike, to Rome the master of the world, which was depopulated under tyranny; the free Germanics to the Muslims who know nothing but servitude; laborious planters in free America, to the arrogant and feeble Europeans established in the East and West Indies. Above all, the same moral cause produces the same effects. For all climatic differences, in the all stages of human society, servitude, indolence, vice and depopulation have gone hand in hand, as have freedom, industry, temperance, and population. A comparison between two colonies in America, which were founded at the same time, by the same means, and which differ only in sources of wealth (labour of citizens for one, and that of slaves for the other), makes the effect of these two systems more remarkable than any other does.