Saturday, 14 August 2010

Book 3, chapter 4, paragraph 13

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 266-268]

   C’est sans doute pour donner cette première impulsion, que le Ministre de l’Intérieur a proposé l’établissement d’écoles d’instruction pratique pour les arts chimiques. Ce n’est pas en effet qu’il se soit flatté d’instruire à de pareilles écoles, un nombre d’artisans proportionné aux besoins et à la population de la France; mais il a senti combien il serait avantageux de faire voir aux journaliers, qu’ils peuvent recevoir une instruction pour leur métier, plus approfondie, plus utile, plus courte et moins dispendieuse, que celle à laquelle ils parviennent aujourd’hui en se mettant en apprentissage: ce trait de lumière réveillerait leur attention sur les moyens d’apprendre, et hâterait la formation d’une classe d’instituteurs privés, les seuls qui puissent se proportionner aux facultés et à la position des élèves qu’ils auraient à former. Tous les artisans instruits dans les écoles nationales y apprendraient comment l’on peut mettre l’art à la portée des jeunes gens, leur ouvrir l’esprit, et tirer parti en même temps du travail qu’on leur fait faire. De retour dans leurs villes ou leurs villages, ils ne se borneraient pas à faire eux-mêmes leur métier, ils trouveraient plus de profit encore à l’enseigner bien et promptement; cet enseignement par lequel ils débuteraient, serait pour eux un moyen assuré de rassembler un petit capital, de disposer du travail de plusieurs bras, et de former un atelier indépendant. C’est ainsi que les découvertes nouvelles passant rapidement du cabinet du chimiste ou du mécanicien, aux écoles publiques d’instruction pratique, de celles-ci à tous les nouveaux instituteurs des villes et villages, et de ces instituteurs aux ateliers de tous les artisans, l’on verrait le perfectionnement des métiers marcher d’un pas égal avec celui de la science, et nos manufactures s’assurer promptement cette supériorité, que l’esprit inventif des Français doit leur procurer un jour. Pour obtenir des succès aussi flatteurs, aucune coaction ne serait nécessaire; liberté parfaite, protection, et bon exemple, ce serait tout ce que le Gouvernement aurait à accorder.

[Translation]

   No doubt, it was for the purpose of giving this first impetus that the minister of interior proposed the establishment of schools for practical instruction for chemical arts. In fact, it is not that he contented himself with instructing at these schools a number of artisans in proportion to the needs and population of France, but he felt how advantageous it would be to show day-labourers that they can receive an more profound, useful, prompt and inexpensive instruction for their business than they receive today in apprenticeship. These traits of instruction would attract their attention again to the means of learning, and would promote the formation of a class of private instructors, who alone can adapt themselves to the faculty and position of the students that they would have to train. All artisans instructed at national schools learn there how one can at the same time place arts within the reach of young men, transmit the spirit to them, and take advantage of their forced labour. Returning to their cities or villages, the artisans would not be confined to doing their business for themselves, and would find much more advantages in teaching it well and promptly. This teaching with which they would start would be a sure means for them to raise a small capital, to dispose of the labour of several hands, and to establish an independent workshop. Thus, new discoveries pass from the cabinet of chemists or mechanics to the public schools of practical instruction, from the latter to all new instructors of cities and villages, and from these instructors to the workshops of all artisans, and we could see the improvement in business in step with that in science, and have assurance that our manufactures will promptly achieve the superiority that the inventive spirit of the French people must procure some day. No coercion would be necessary to reach such a satisfying success; all the government have to accord would be perfect liberty, protection and good example.

Friday, 13 August 2010

Book 3, chapter 4, paragraph 12

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 265-266]

   Mais dira-t-on, d’où vient qu’aucune école ne s’est formée pour les arts ou pour le négoce, quoique toutes les entraves que les anciens statuts mettaient au commercé aient été détruites par la révolution? Plusieurs causes y ont contribué. Depuis le commencement de la révolution jusqu’au 18 Brumaire, l’industrie française a été constamment dans un état de découragement et de décadence. Ce n’est pas au milieu de ses revers que l’on pouvait songer à de nouveaux établissements utiles. Les coups qui ont été frappés sur elle, comme le maximum, la création, puis la chute des assignats, les taxes révolutionnaires, ont détruit l’énergie des classes productives. Les Tribunaux en cessant de maintenir l’exécution des contrats volontaires, et en affranchissant de leurs engagements ceux qui étaient entrés en apprentissage, ont outrepassé leur but, et détruit la confiance entre ceux qui pouvaient contracter de nouveau. La conscription militaire, ou les réquisitions, en arrachant les apprentis à leurs ateliers, à mesure qu’ils acquéraient la connaissance de leur art, a découragé les élèves aussi bien que les maîtres. Enfin lorsque aucune de ces causes n’aurait existé, il faudrait toujours un assez long espace de temps, pour changer les habitudes des classes inférieures d’un grand Peuple, et pour que l’on songeât à former pour elles les établissements qui leur conviennent le mieux. Un exemple donné par le Gouvernement peut souvent dans ce cas servir d’impulsion, et amener par la suite les changements les plus heureux.

[Translation]

   But we will be asked why no school has been instituted for arts and commerce, though all restraints imposed upon commerce by ancient statutes were abandoned by the revolution. Several causes have contributed to that. Since the eruption of the revolution until the 18th of Brumaire, the French industry was consistently in slump and decline. It is not in the thick of its vicissitudes that people came to think of new useful establishments. Such blows to the French industry, as the maximum, the creation as well as the fall of assignats, and revolutionary taxes, have destroyed the energy of productive classes. The justice ceased to respect voluntary contracts and emancipated apprentices from their commitments, beyond its own purpose, and destroyed confidence among those who could make new contracts. Military conscriptions and requisitions took apprentices acquiring the knowledge of arts away from workshops, and discouraged apprentices as well as masters. After all, if none of these causes existed, it would always take a long time to change habits of the lower classes of a great people, and to conceive establishments which are the most adequate for them. An example given by the government can often in this case serve for impetus and can lead to the happiest changes subsequently.

Thursday, 12 August 2010

Book 3, chapter 4, paragraph 11

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 264-265]

   Il restera cependant toujours des jeunes gens qui dénués de fortune, ne pourront point suivre ces écoles dispendieuses, et continueront à s’assujettir au bail d’apprentissage, dont la condition est de compenser par un travail gratuit, pour un terme fixé, la peine que l’on a donnée à son maître, et le dégât que par maladresse, on a occasionné dans son atelier au commencement de son apprentissage. Peut-être arrivera-t-il par la suite, que le maître payera l’instruction de son apprenti à un de ceux qui feront le métier d’instituteur, pour qu’il possède son art plutôt et mieux; en sorte que la classe la plus pauvre profiterait tout comme l’autre des écoles que la liberté fera ouvrir. Elle profitera tout au moins des lumières que répandront l’émulation et le redoublement d’activité. Quant à la nation entière, ce sera un grand avantage pour elle, que celui de voir ses jeunes artisans se perfectionner dans leur métier deux ou trois ans plutôt; la masse d’ouvrage utile que produira la population actuelle de l’Etat en sera augmentée, et par conséquent le revenu national s’accroîtra.

[Translation]

   However, some young men will be unable to attend these expensive schools for lack of means, and will continue to obey to the long-term apprenticeship, whose condition is that gratuitous labour for a certain time on the side of apprentices should compensate the pains that they have given to their master, and the harm that they have done to his workshop by their unskilful labour at the beginning of their apprenticeship. Probably it will subsequently happen that the master will pay for the instruction of his apprentices to one of those who will do the business of instruction, for them to acquire arts more promptly and better. As a consequence, the poorest class as well as the other classes would benefit from the schools that freedom will make open. This class will benefit at least from insights spread by emulation and reinforcement of activity. As for the nation as a whole, it will be a great advantage for her to see her young artisans prepared for their business two or three years earlier. The amount of useful labour performed by the current population of the state will be larger, and, as a consequence, the national revenue will grow.

Wednesday, 11 August 2010

Book 3, chapter 4, paragraph 10

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 262-263]

   Désormais que toutes les portes sont ouvertes pour arriver au commerce et aux arts, comme l’artisan qui ne travaille pas bien, reste sans ouvrage, et que le négociant qui n’entend pas les affaires se ruine, tous ceux qui se destinent à l’un ou l’autre de ces états, n’ont pas moins d’intérêt qu’autrefois à savoir bien leur métier; mais il est probable que tous n’y arriveront pas à l’avenir par la même route. Ceux pour qui le temps est plus précieux que l’argent, payeront leur instruction, et en feront leur affaire unique. La demande de maîtres qui enseignent leur métier, engagera plusieurs négociants et plusieurs artisans distingués, à faire de l’art de former promptement des élèves l’objet principal de leur industrie. Ces maîtres consacreront tous leurs soins à bien enseigner, et leurs élèves toute leur ambition à apprendre promptement, pour se trouver plutôt en état de gagner leur vie. La science du négociant sera ramenée à ses vrais principes, rien de ce qui en fait partie ne sera oublié, l’émulation aiguisée par l’intérêt personnel agira sur l’écolier et sur l’instituteur, et l’on verra se former en six mois ou une année, de bien meilleurs apprentis, dont les connaissances seront bien plus étendues et plus approfondies, que ceux qui se forment avec penne, en trois ou quatre ans (3).

[Translation]

   Given that all doors are open for commerce and arts, the artisan can finds no job if he does not work well, and the merchant ruins himself if not well informed of his business affairs. Therefore, whoever tries to be an artist or merchant takes as much, or more, interest as before in understanding his business well. However, it is probable that every one will not arrive there by the same route in the future. Those who think time more precious than money will pay for instruction, and will concentrate to receiving it. On the side of the master who gives instruction, it will be demanded that several distinguished merchants and artisans should take the art of training students for the principal object of their industry. These masters will devote all their attention to giving good instruction, and their students will devote all their ambition to speedy learning, in order to be able soon to live on their own. The science of the merchant will be sublimed to his true principles, all of its parts will be conserved, the emulation provoked by private interests will work upon both the learner and teacher, and we shall see much better apprentices prepared with more extensive and profound knowledge after six months or one year training, than those barely prepared after three or four years training today (3).

Tuesday, 10 August 2010

Book 3, chapter 4, paragraph 09

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 260-262]

   Parmi les artisans, il est de l’intérêt du maître de rendre son élève propre au travail le plutôt qu’il le pourra, afin d’en profiter plus long-temps; mais chez les négociants il n’en est pas de même; car le travail que les apprentis font chez eux, peut leur être tout aussi utile, lorsqu’ils ne s’instruisent pas, que lorsqu’ils s’instruisent: qu’ils tiennent en bon ordre les marchandises, qu’ils fassent les paquets, qu’ils gardent le magasin, qu’ils copient les lettres, qu’ils tiennent même les livres, tout cela n’en fera pas de bons négociants, mais bien des domestiques très utiles au comptoir: aussi les commerçants portent-ils l’insouciance sur l’instruction de leurs apprentis à un excès vraiment scandaleux. Jamais ils ne s’occupent de les former, ils se contentent de leur permettre à force d’attention de surprendre leur secret. Rarement ils leur enseignent à connaître la marque des prix, qui cependant doit servir de clef et d’explication à toutes les opérations qu’ils leur voient faire: ils attendent qu’ils la devinent d’eux-mêmes; plus rarement encore ils leur expliquent les motifs de leurs négociations, ou en parlent franchement devant eux; quant aux notions générales du commerce, il n’est point assez fréquent qu’ils les possèdent, pour qu’ils puissent les communiquer. La connaissance des marchandises est la seule chose que les apprentis acquièrent dans un magasin: ce n’est pas sans doute une connaissance peu importante pour eux; mais comme elle n’est presque d’aucun fruit pour ceux qui les emploient, ils mettent beaucoup de nonchalance à la leur communiquer. L’arithmétique, l’art de tenir les livres, et toutes les autres parties de l’éducation d’un négociant, resteraient constamment étrangères à l’apprenti, s’il ne prenait pas des maîtres particuliers pour s’y former.

[Translation]

   Among artisans, it is in the interest of the master to prepare his student for labour as soon as possible, because this enables him to profit from the student for a longer time. But the same is not true of merchants, because the labour performed by apprentices in this trade can be exactly as useful to his master when they are not trained as when they are so. These apprentices can place goods in good order, wrap them, keep the store, copy letters, and even keep the books. None of these is confined to able merchants, but all are open to most domestic servants useful behind the counter. Therefore, the merchant is indifferent to the instruction of his apprentices to a truly scandalous degree. He never concentrates upon training them, and contents himself with allowing their attention to reveal the secret to them. He rarely teaches them to understand the mark of prices, though it should serve as key and explanation to all operations that they see him perform. He waits for them to become able to do so by themselves. He still more rarely explains to them the incentives of business dealings, or talk about these frankly in company with their apprentices. When it comes to general notions of trade, he does not so usually have the notions as to be able to communicate them to his apprentices. The knowledge of commodities is all that apprentices acquire in a shop. No doubt this knowledge is not unimportant to them, but almost fruitless for the merchant who employ them, and, therefore, he is extremely indifferent to communicating it to them. Apprentices would be constantly kept from arithmetic, art of bookkeeping, and all other parts of commercial education if they did not take particular masters in order to receive training.

Monday, 9 August 2010

Book 3, chapter 4, paragraph 08

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 259-260]

   Pour obtenir de l’autorité Souveraine, qu’elle confirmât le monopole que s’arrogeaient les corps de métiers et les négociants, il leur avait été nécessaire de lui persuader que ce moyen était le seul praticable pour assurer l’instruction des artisans. On dirait que cette instruction est la chose du monde la plus difficile à acquérir, et qu’il faut des années pour rendre un homme propre à faire une ou deux opérations, qui souvent le rapprochent plus des machines que des êtres raisonnables; tandis que l’on n’a jamais cru à la nécessité d’un apprentissage pour exercer l’agriculture, qui demande un concours de connaissances et d’aptitude à des opérations délicates, plus grand qu’aucun art mécanique, et que le paysan n’acquiert cependant que par une longue routine. Dans le fait, l’apprentissage est le mode d’enseignement qui doit le plus retarder l’instruction, car il émousse ou détruit absolument le désir d’apprendre chez l’élève, désir sur lequel on doit bien plus compter que sur celui d’enseigner du maître. Le jeune homme n’ayant à espérer aucun avantage en compensation de son attention ou de ses progrès, et voyant devant lui le long terme pendant lequel il est condamné à travailler pour un autre, ne se propose que de s’acquitter de sa tache avec le moins de gêne et de fatigue qu’il le pourra: l’apprenti n’est rappelé à son devoir que par l’obéissance, l’ouvrier libre l’est par son intérêt. L’un s’étudie à combattre son maître, et à se refuser à l’instruction; l’autre se ligue avec son maître contre sa propre paresse.

[Translation]

   In order to have the sovereign authority guarantee that it will confirm the monopoly claimed by associations of artisans and merchants, it would have been necessary for them to persuade it that this means was the only practicable one for ensuring the instruction of artisans. It would be said that this instruction is the most difficult in the world to acquire, and that it will takes some years to prepare a man for one or two operations, which often make him a kind of machine rather than a kind of reasonable being. On the other hand, it has not been believed that apprenticeship is necessary for doing agriculture, which demands a coincidence in a human being of knowledge and aptitude for delicate operation, more than any mechanical art, and which nevertheless the peasant acquires only by a long routine. In fact, apprenticeship is the mode of education which must delay the instruction the most, because it weakens or completely destroys the desire to learn on the side of the student, a desire upon which we should rely much more than upon that of teaching on the side of the master. The young man, not having to hope for any advantage in compensation of his attention or progress, and seeing before him the long period during which he is prohibited from working for another, intends only to be released from his task with as little pain and fatigue as he can. The apprentice is only aware of his task through obedience, while the free labourer is so through his interest. The former devotes himself to resistance to his master and to refusal of the instruction, while the latter associates himself with his master against his natural idleness.

Sunday, 8 August 2010

Book 3, chapter 4, paragraph 07

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 257-259]

   D’une part, ils éloignent du travail productif des gens laborieux, qui trop pauvres pour payer un apprentissage, ou pour consacrer les plus belles années de leur jeunesse à un travail qui ne leur rapporte rien, sont obligés de demeurer toute leur vie manouvriers, ou de se borner au travail le plus grossier et le moins productif, le seul qui soit resté libre. Ces statuts diminuent donc d’alitant la production, et augmentent par conséquent les forces des vendeurs contre les consommateurs: ils augmentent d’autre part les forces des maîtres-ouvriers contre ceux qui les emploient et par conséquent leur salaire, l’un des éléments du prix de leurs produits. Mais les forces des chefs de manufacture et des négociants, dans leur lutte contre les consommateurs dont le nombre n’a point subi de variations, étant aussi augmentées, les négociants forcent les consommateurs à leur rembourser, non seulement le salaire plus élevé qu’ils ont avancé; mais aussi un profit plus fort pour eux-mêmes. Les trois effets réunis, diminution de production, augmentation de profit, augmentation de salaire, pèsent tous ensemble sur le consommateur, et se confondent pour lui dans l’élévation du prix de toutes les marchandises dont il a besoin. Le monopole que produisent les statuts d’apprentissage est donc doublement onéreux à la nation, puisqu’il entrave son industrie, et qu’il augmente ses dépenses.

[Translation]

   On the one hand, they keep laborious men from productive labour, who, too poor to pay for apprenticeship, or to devote the most beautiful years in their youth to a kind of labour which has given no reward to them, are obliged to continue to be day-labourers all in their lives, or to be confined to the least demanding and least productive labour, the only one which has remained free. These statutes, therefore, make production all the smaller, and thereby increase powers of sellers against consumers. On the other hand, they increase powers of master labourers against those who employ them, and, therefore, their wages, one of the components of the price of their produce. But, since the powers of the master manufacturers and merchants, in their haggling against the consumers who do not vary in number, were also increased, the merchants force the consumers not only to repay to them higher wages that they have advanced, but also to pay them higher profits. The three effects united, diminution in production, rise in profit, and rise in wages, weigh altogether upon the consumer, and are compounded for him into rise in prices of all commodities that he needs. The monopoly produced by the statutes of apprenticeship is, therefore, costly to the nation in a doubly way, in that it restrains her industry and increases her expenditure.