Sunday, 3 May 2009

Book 1, chapter 6, paragraph 11

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 168-69]

   Mr. Canard pare avoir adopté une nouvelle théorie différente des deux précédentes: je penche à croire qu’il a confondu comme ses prédécesseurs les créances avec le papier-monnoie [monnaie] (2), et qu’il a considéré le tout comme étant non point la représentation, mais au contraire le supplément du numéraire. C’est sans doute sur cette opinion qu’il s’est fondé pour évaluer comme il l’a fait, la somme totale du papier de crédit et de l’argent qui circule, à une somme égale à la masse totale de la richesse du monde commerçant. (§. 64.). Il lui aura paru que les créances qui demeuroient [demeuraient] pendant très long-tem[p]s dans les mêmes mains, faisoient [faisaient] une compensation pour cette partie de la richesse matérielle, dont il voyoit [voyait] que les échanges étoient [étaient] peu fréquen[t]s. Ce n’est pas cependant qu’il ait énoncé expressément cette opinion, mais comme en combattant son ingénieuse supposition de deux circulations en sens inverse, nous nous sommes attachés à faire voir que le papier-monnoie [monnaie] joint au numéraire, étoit [était] fort inférieur pour la valeur, fort supérieur pour l’activité, à la richesse mobiliaire [mobilière] qu’il croisoit [croisait] dans sa circulation, on pourroit [pourrait] croire qu’en unissant au numéraire et au papier-monnoie [monnaie], toute la masse du capital immatériel ou des créances, cet équilibre qu’il annonçoit [annonçait] seroit [serait] rétabli.

[Translation]

   Mr Canard seems to have adopted a new theory different from the two precedent theories. It seems to me that he confused bills of credit with paper money like his precursors (2), and that he viewed both sorts not as representation of but, on the contrary, as supplement to specie. It is undoubtedly from this viewpoint that he attempted to estimate, as he did it, the sum total of paper credit and money in circulation, to be equal to that of the wealth of the commercial world (§ 64). It perhaps seemed to him that bills of credit which remained for a very long time in the same hands counterbalanced that part of the material wealth whose exchanges he thought were infrequent. However, he did not clearly expound this view, but rather we are concerned to show that paper money added to specie was extremely inferior in value, and extremely superior in activity, to the movable wealth it met in its circulation, refuting his ingenious supposition of two calculations in the opposite direction. Therefore you could believe that, adding to specie and to paper money all the amount of intangible capital or credit, that equilibrium he announced would be regained.

Saturday, 2 May 2009

Book 1, chapter 6, paragraph 10

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 167-68]

   C’est toujours dans le même système d’un crédit créateur, que l’on a vu des gens assurer que la dette publique enrichissoit [enrichissait] un État, puisque d’une part celui qui recevoit [recevait] un salaire du Gouvernement, vivoit [vivait] de l’argent emprunté, et que de l’autre celui qui l’avoit [avait] prêté, étoit [était] aussi riche qu’auparavant; qu’on a vu des compagnies de particuliers, la compagnie d’Ayr-Bank d’Edimbourg par exemple, entreprendre de prêter des billets de banque à tous ceux qui voudroient [voudraient] faire des entreprises de commerce, de manufactures, et même d’agriculture. Le mauvais succès de toutes les applications de ce système, démontre assez sa fausseté, et fait bien voir qu’il y a dans les créances et dans le capital immatériel quelque chose de positif et de réel, à quoi l’imagination ne peut suppléer.

[Translation]

   It is always in the same system of a credit creator that you have seen people assure that the public debt enriched a state, because he who received wages from the government lived on a loan on one hand, and he who lent it was as rich as before on the other hand; that you have seen some private companies (for example, the company of Ayr Bank of Edinburgh) attempting to lend many bank notes to all those who wanted to undertake enterprises of commerce, manufactures, and even agriculture. The ill success of all the applications of this system sufficiently demonstrates its falsity, and convinces us that there is something positive and real in credit and in intangible capital, for which the imagination can be no substitute.

Friday, 1 May 2009

Book 1, chapter 6, paragraph 09

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 166-67]

   Les premiers spéculateurs avoient [avaient] fort contribué à l’invention et au maintien du système mercantile dont nous souffrons encore; les seconds sont les inventeurs du papier-monnoie [monnaie], auquel nous venons d’échapper, après qu’il a eu dissipé presque toute notre fortune; car tel est le malheur de la France, qu’elle emprunte toujours de chaque système de finances ce qu’il a de plus ruineux. C’est d’après les économistes qu’elle a écrasé les campagnes de l’impôt foncier; d’après les mercantiles elle a entravé le commerce de ses douanes, et appauvri le consommateur; d’après les disciples, de Law, elle a dissipé à deux reprises la fortune publique, avec celle des capitalistes, par la création des billets de banque, puis des assignats; le ciel nous préserve des prosélytes de Mrs. Canard d’une part, et Ramel de l’autre, ou nous courons risque de lui voir bientôt rétablir la gabelle du sel, et porter un coup funeste à notre industrie, en faisant renchérir par là les salaires.

[Translation]

   The first sect of speculators had contributed very much to the invention and to the maintenance of the mercantile system from which we still suffer. The second invented paper money, from which we escaped before it had ruined our fortune. This is because France is so miserable that it always adopts from every system of finance the most ruinous recommendation it has. Following the Economistes, it oppressed the campaign for land tax. Following the mercantilists, it discouraged commerce by means of its customs, and tortured consumers. Following the disciples of Law, it destroyed again the public fortune as well as that of capitalists by issuing bank notes, namely assignats. God save us from the proselytes of Mrs Canard on one part, and from Ramel [Dominique-Vincent Ramel de Nogaret, 1760-1829] on the other hand, or we run a risk to see it recover salt tax soon and give a fatal blow to our industry by raising wages due to the tax.

Thursday, 30 April 2009

Book 1, chapter 6, paragraphs 07-08

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 165-66]

   Il me semble qu’il est satisfaisant de trouver une preuve évidente et soumise au calcul de la fausseté de ce système qui quoique le plus naturel de tous, et celui que l’on est le plus disposé à embrasser avant d’y réfléchir, s’obscurcit plus on le médite, et semble échapper au raisonnement par les voiles dont il s’enveloppe. Cet argent que le capitaliste a livré étoit [était] sa propriété, mais l’est il encore parce que celui qui l’a reçu le lui doit? Si celui-ci l’aliène, comment peut-on le suivre? comment l’argent se trouve-t-il avoir, deux maîtres, celui qui le possède et qui peut-être ne doit rien, et celui à qui il est dû? telles sont, et bien d’autres encore, les questions qui se présentent, et auxquelles on ne sait que répondre.
   Une seconde secte de faiseurs d’hypothèses, frappée déjà sans doute de la disproportion entre l’argent dû et l’argent existant, imagina que la valeur des créances étoit [était] une affaire d’opinion, que le crédit créoit [créait] des capitaux qui n’existoient [existaient] pas, et qu’une nation ne pouvoit [pouvait] en faire un meilleur usage que celui de s’enrichir en papier.

[Translation]

   It seems to me that it is satisfying to find a proof evident and subject to the calculation of the falsity of this system, which is more obscure the more one meditates on it, and seems to be beyond reasoning due to what veils it, though it is the most natural of all and is that which one is the most inclined to embrace before reflecting upon it. That money a capitalist has handed over was his property, but is it his property because the receiver of it owes it to him? If the receiver alienates it, how can you follow it? How does the money come to have two masters, one of whom possesses it and possibly owes nothing, and the other of whom has lent it? These questions are among those which are presented and to which no one knows what to anser.
   The second sect of speculators, already struck probably by the disproportion between due money and existent money, imagined that the value of bills of credit was a matter of opinion, that the credit created nonexistent capitals, and that a nation could make no better use of it than to enrich itself in paper.

Wednesday, 29 April 2009

Book 1, chapter 6, paragraph 06

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 163-65]

   S’il n’y a d’autre capital immatériel que celui qui résulte d’une hypothèque sur l’argent, il est absolument nécessaire d’en conclure, que la somme de capital immatériel produisant un revenu dans une nation, est égale à la somme d’argent en circulation chez cette même nation; or certainement les créanciers de l’État sont tout aussi bien que les créanciers des particuliers au nombre des propriétaires du capital immatériel. Le numéraire de la Grande Bretagne est estimé de dix-huit à vingt-cinq millions sterlings, et sa dette qui s’élevé aujourd’hui à 538 millions sterlings, surpasse au moins de vingt fois la valeur de son numéraire; elle est par conséquent supérieure à la valeur de tout celui qui circule dans toute l’Europe, et comme les propriétaires de créances sur les particuliers, soit avec hypothèque, soit par simple billet, forment une masse probablement supérieure à celle des créanciers de l’État, on ne peut douter que les propriétaires anglois [anglais] de capital immatériel, n’aient une créance fort supérieure à la valeur de tout le numéraire en circulation dans l’univers entier. Qu’arriveroit-il [arriverait-il] donc si tous les créanciers, non pas de l’Angleterre seulement, mais de l’Europe, mais de tout l’Univers, demandoient [demandaient] en même tem[p]s le remboursement de leurs créances en numéraire? tout le métal caché dans les entrailles de la terre ne suffiroit [suffirait] pas pour les satisfaire. Ce capital cependant est une valeur réelle quoique invisible, puisque chacune de ses parties peut se convertir en argent à volonté, et que chacune prêtée à un fabricant, suffit pour mettre en activité sa manufacture; mais il faut bien que cette valeur ne soit point métallique, et que son hypothèque soit autre que le numéraire.

[Translation]

   If there is no other intangible capital than that which derives from a mortgage upon money, it is completely necessary to conclude from it that the amount of intangible capital procuring a revenue for a nation is equal to the amount of money in circulation in the hands of the same nation. But certainly creditors to the state just as well as those to individuals are counted among owners of intangible capital. The amount of specie of Great Britain is estimated at 18 to 25 million sterlings, and her debt, which amounts to 538 million sterlings today, is at least over 20 times as enormous as the value of the specie. Consequently, it is more enormous than value of all the specie in circulation in the whole of Europe, and, since creditors to individuals, whether they holds a mortgage or just a simple bill, are probably larger in number than creditors to the state, there is no doubt that the English owners of intangible capital have far more credit than the value of all the specie in circulation all over the world. What would happen, therefore, if all the creditors, not only in England, but in Europe, but all over the world, all at once demanded the redemption of their credit in specie? All metals buried in the earth would not be sufficient to meet the demand. This capital, however, is a real if not visible value, because each portion of it can be converted into money on demand, and because each portion lent to a manufacturer can make his operation active. Nonetheless, this value must not be metallic, and its mortgage must not be in specie.

Tuesday, 28 April 2009

Book 1, chapter 6, paragraph 05

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 163]

   Comme elle est transmise de mains en mains au moyen d’espèces métalliques, qu’elle est créée par la cession ou la vente de ces espèces que fait le prêteur à l’emprunteur, que ses fruits les intérêts sont payés en numéraire, et que toutes les fois qu’on en parles, on la désigne toujours comme une somme de numéraire actuellement existante; les premiers qui ont écrit sur l’économie politique, ont cru que les capitalistes étoient [étaient] les propriétaires actuels du numéraire, même après qu’ils s’en étoient [étaient] défaits: cette manière de considérer les créances, forme jusqu’à ce jour l’opinion populaire et même celle de la plupart des négocian[t]s, qui peuvent difficilement séparer deux idées que tout tend à confondre, celle de l’argent, et celle du capital.

[Translation]

   The intangible wealth is transferred from hand to hand by means of metallic coins; it is created by a transfer or a sale of these coins a lender makes to a borrower; its fruits, interests, are paid in specie; and people always talk about it as if it were an amount of actually existent specie. Therefore, the earliest writers on political economy believed that capitalists were actual owners of specie even after they had hand it over. Up to today this way of thinking of credit forms a popular onion, and even that of most merchants, for whom it is difficult to separate two ideas every one tends to confuse, the idea of money and that of capital.

Monday, 27 April 2009

Book 1, chapter 6, paragraph 04

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 161-63]

   On comprend facilement qu’on a pu considérer comme de même nature toute richesse renfermée dans un portefeuille, et qui paroissoit [paraissait] n’avoir de matériel que les papiers qui servent de titre pour la réclamer; il est cependant fort important de distinguer en deux classes ces papiers qui peuvent constituer la propriété d’un capitaliste. Les uns comme les assignats, les billets de la caisse d’escompte, ceux de la banqué d’Angleterre, et en général tous ceux qu’on comprend sous le nom de papier-monnoie [monnaie], sont ou payables à volonté en numéraire par celui qui les a émis, ou recevables en payement de tous les marchés au lieu d’argent, par tous ceux qui dépendent de l’État: comme ils ne portent point d’intérêt, chaque détenteur est empressé de s’en défaire, au moins tout autant qu’il le seroit [serait] d’employer du numéraire chômant dans son coffre-fort. Les autres, comme les créances portant hypothèque, les billets de dépôt, et les comptes courais des négocian[t]s, même les lettres de change, quoiqu’ils puissent être négociés volontairement de part et d’autre, ne sont point transmissibles en payement, aussi sont-ils le plus souvent conservés par le même propriétaire jusqu’à leur remboursement. Leur possession est toujours fructueuse, ils portent intérêt, ou ils donnent droit à un dividende et lors même que cet intérêt ne pare point exister, comme dans les lettres de change, leur porteur en a toujours acquis la propriété moyennant une bonification proportionnée au délai auquel il doit se soumettre, et qui est connue sous le nom d’escompte. Ces deux classes de titres ou de billets sont d’une nature absolument distincte; les premiers font partie de la valeur totale du numéraire dont ils représentent une fraction, les seconds représentent au contraire une fraction de la valeur de la richesse mobiliaire [mobilière] dont ils font partie. C’est principalement pour les avoir confondus, que l’on a élevé plusieurs systèmes faux, contradictoire, ou dangereux, sur la nature de cette richesse immatérielle qui déroutoit [déroutait] tous les spéculateurs.

[Translation]

   It is easy to understand that it was possible to consider as of the same nature every kind of wealth that was contained in a portfolio, and that seemed to consist only of paper which serves for the right to claim for it. It is extremely important, however, to divide into two sorts those paper notes which can constitute the property of a capitalist. One sort is payable on demand in specie by those who have issued it, or receivable in payment in every deal instead of money by all those dependent upon the state. This sort includes assignats, bills of discount houses, notes of the Bank of England, and, in general, all meant by the name of paper money. As this sort of paper note does not bear interest, every holder is as eager to hand it over, at least as he would be to employ idle specie in his safe. The other sort, even though it can be negotiated voluntarily from one party to another, is not transferable in payment, and, therefore, is in the most cases kept in the hand of one person until its redemption. This sort includes mortgage securities, certificates of deposit, current accounts of merchants, and even bills of exchange. Their possession is always profitable, for they bear interest or represent a right to a dividend. Even when this interest may not seem to exist as in the case of bills of exchange, their bearer has always gained from the negative spread in proportion to the length of term which he must accept and which is known in the name of discount. These two sorts of titles or bills are of completely distinct nature; the former comprises a part of the total value of money (a fraction of which they represent), and the latter, on the contrary, represents a fraction of the value of the movable wealth (a part of which they comprise). It is principally because of their confusion that some false, contradictory, or dangerous systems were erected concerning the nature of that intangible wealth which puzzled all the speculators.