Monday, 13 December 2010

Book 3, chapter 8, paragraph 08

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 384-385]

   L’avantage que le traité négocié par M.r Methuen a procuré aux Portugais sur les Anglais, est d’une autre nature. Ce ne sont pas les marchands Portugais qui sont favorisés, mais les marchandises de leur pays, en sorte qu’au lieu d’attirer leurs capitaux hors de Portugal, on les fixe en plus grand nombre chez eux, en y favorisant la culture de la vigne. L’animosité des Anglais contre les Français, leur a fait outrepasser la promesse qu’ils avaient faite au Portugal; car en réunissant tous les subsides sur le vin, celui de Portugal entré au port de Londres sur un vaisseau Anglais, y paye à peine la moitié de ce que paye le vin Français; et ces impôts sont si exorbitants, qu’ils ne laissent plus de choix au consommateur entre les vins des deux pays: l’impôt seul est si fort supérieur au prix d’achat, et aux frais de port de l’un et l’autre vin, que ces dernières circonstances sont celles qui influent le moins sur la vente. Les Anglais pour favoriser le Portugal ont donc pris l’engagement de payer à un plus haut prix, un vin qu’en général ils estiment moins, et de le transporter chez eux à plus grands frais, plutôt que d’admettre celui qu’ils ont à leur porte. Toute la perte que fait à cet égard l’Angleterre, ne tourne pas au profit du Portugal; le seul avantage réel que celui-ci recueille du traité, c’est que la demande de l’Angleterre faisant hausser le prix relatif de ses vins, au-dessus de l’intrinsèque, ses marchands obtiennent sur les Anglais le bénéfice du monopoleur, et trouvent, ou du moins peuvent trouver, un plus grand profit dans la culture de la vigne, que dans le déploiement d’une autre branche d’industrie.

[Translation]

   The advantage that the Portuguese have enjoyed over the English, due to the treaty negotiated by Mr Methuen, is of different nature. It is not the Portuguese merchants but the commodities from their country that are favoured, so that, instead of going out of Portugal, a larger amount of their capital remains at home, with cultivation of vineyards promoted. The animosity of the English against the French led them to do more than they had promised Portugal to do, because, due to the conjunction of all the subsidies upon wine, the Portugal wine, carried into the ports of London by an English vessel, is charged with, at most, half as much as the French wine. Moreover, this tax is so exorbitant that they leave no choice for consumers between the wines from the two countries any longer. The tax alone is so much higher than the purchase price or than the transport cost of both the wines, that the last two costs have the least effect upon the sale. In order to favour Portugal, therefore, the English took a commitment to pay a higher price for the wine that they generally estimate as lower, and to transport it to their country at a higher cost, rather than to admit that which they have at their port. All the loss that England incurs in this regard does not turn to the profit of Portugal. The only real advantage that Portugal gains from the treaty is that the demand of England raises the relative price of her wines beyond the intrinsic price, and, therefore, that her merchants obtain the monopoly profit on the English market, and find, or at least can find, more profit in cultivation of vineyards than in any other branch of industry.

Sunday, 12 December 2010

Book 3, chapter 8, paragraph 07

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 383-384]

   Il n’est pas douteux que les marchands suisses ne gagnassent à une exemption qui augmentait leur profits, mais pour savoir si leur nation y trouvait elle-même son avantage, il faudrait connaître quelle était à cette époque l’état de ses capitaux, et s’assurer qu’elle en eût déjà alors de surabondants à sa circulation intérieure; autrement, en attirant vers un commerce étranger plus de fonds qu’il n’en aurait admis sans cette faveur, on pouvait faire un plus grand mal au gros de la nation, qu’on ne faisait de bien à quelques particuliers; car on pouvait faire languir les manufactures et l’agriculture du pays, où le capital suisse ne maintenait que des ouvriers suisses pour mettre en activité par une circulation plus lente, un plus petit nombre d’ouvriers moitié Suisses moitié Français.

[Translation]

   There is no doubt that the Swiss merchants gained by that exemption from taxes which increased their profits, but, to know whether or not their nation as a whole found an advantage there, it would be necessary to understand how her capitals were at that time, and to ascertain that then the nation already had sufficient capitals for her home circulation. Otherwise, drawing more capitals to foreign trade, than it would have admitted without this preferential treatment, may have led to more harm to the majority of the nation, than good to several individuals. This is because it may have led to a slump in manufactures and agriculture in the country, where the Swiss capital maintained only Swiss labourers, to set a smaller number of labourers in motion by slower circulation, half of whom were Swiss and the rest of whom were French.

Saturday, 11 December 2010

Book 3, chapter 8, paragraph 06

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 382-383]

   Si la nation favorisée est absolument affranchie de l’impôt que payent les autres, comme l’étaient les Suisses par leur capitulation avec la France; le Fisc perd tout l’impôt qu’il aurait pu percevoir sur le commerce de cette nation; le prix des marchandises pour les Suisses, se trouvant alors moins élevé, que le prix des mêmes marchandises importées par des Allemands ou d’autres étrangers, les premiers pouvaient les céder au consommateur à meilleur compte: ce n’est pas cependant qu’ils les cédassent au prix intrinsèque, car leur nombre ni leurs capitaux n’étant pas proportionnés au nombre des consommateurs, ils ne pouvaient suffire seuls à les fournir. Ils forçaient donc les autres marchands à rabattre quelque chose de leur prix, tandis qu’ils élevaient le leur au même niveau; tout ce qu’eux-mêmes faisaient payer aux Français de plus que le prix intrinsèque, pour les marchandises qu’ils leur vendaient, était une perte pour ceux-ci, car c’était un profit de monopoleur, qui parvenait aux marchands suisses, au lieu de parvenir au fisc.

[Translation]

   If a most favoured nation is completely free from the tax levied upon the others, as was the case with the Swiss nation after her capitulation to France, then the treasury loses all the tax which it could have collected from the trade of this nation. Then, the price of commodities for the Swiss merchants becomes less high than that of the same commodities imported by the Germans or other foreigners, and, therefore, they were able to offer these commodities to consumers at a lower price. This is not to say, however, that they offered the commodities at the intrinsic price, because, with their number and capital out of proportion to the number of consumers, they alone were not able to supply a sufficient amount of the commodities. Therefore, other merchants were forced to give some discount to their price, while they increased their price to the same level. All by which they made the French pay more than the intrinsic price for the commodities they sold to the French was a loss for the French, because it was a monopoly profit that did not go to the Treasury but to the Swiss merchants.

Friday, 10 December 2010

Book 3, chapter 8, paragraph 05

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 382]

   Une pareille stipulation, dérange l’équilibre du commerce, et établit une espèce de monopole; elle enlève aux uns ce dont elle fait un profit pour les autres, et elle cause à tout prendre, plus de perte que d’avantage.

[Translation]

   Such a stipulation disturbs the balance of trade, and establishes a kind of monopoly. That strips some merchants of those from which they make a profit, for the sake of others, and ends up causing more of loss than of advantage.

Thursday, 9 December 2010

Book 3, chapter 8, paragraph 04

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 381-382]

   Pour procurer aux marchands nationaux le monopole d’un pays étranger, l’on n’ira pas jusqu’à demander que la nation avec laquelle l’on traite, exclue de ses marchés tout autre négociant; mais l’on a obtenu, et l’on peut obtenir encore, qu’elle exempte les premiers des droits que payent toutes les autres nations, ou qu’elle surcharge les autres nations de droits supérieurs à ceux que paye la plus favorisée. C’est ainsi que les marchands Suisses obtinrent dès l’année 1571, par le traité du corps Helvétique avec Charles IX, d’être exemptés de tous les droits de la douane du Roi, pour toutes, ou presque toutes les marchandises sur lesquelles ils négociaient; c’est de même, que les Portugais obtinrent par leur traité de 1703 avec l’Angleterre, lequel sera bientôt examiné sous un autre rapport, que les vins de France paieraient toujours à leur entrée en Angleterre, un tiers de plus que ceux de Portugal.

[Translation]

   In order to secure the monopoly in a foreign country for the home merchants, a negotiator will seldom go so far as to demand that the nation with whom he negotiates should exclude all others from her markets. However, he has got, and can still get, her to exempt his fellow countrymen from taxes levied upon all others, or to levy heavier taxes upon all others than the most preferential nation. Thus, the Swiss merchants was authorised, as early as 1571 by the treaty of the Swiss confederation with Charles IX, to be exempted from all customs duties levied by the King upon all, or almost all, commodities dealt in by them. Likewise, the Portuguese merchants were accorded a preferential treatment by their treaty of 1703 with England, a treaty which will be examined below from another viewpoint. This provided that the French wine should pay a higher tax, every time entering England, by a third than the Portuguese wine.

Wednesday, 8 December 2010

Book 3, chapter 8, paragraph 03

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 380-381]

   Les négociateurs qui ont conclu des traités de commerce, ne se sont pas tous proposé le même but; les uns ont procuré à leurs marchands un monopole, dans le pays avec lequel ils traitaient; les autres sans considérer autant l’intérêt des marchands, ont voulu s’assurer la pratique des pays, avec lesquels la balance du commerce était supposée favorable; d’autres enfin plus raisonnables, ne se sont proposé que d’ouvrir aux productions de leur pays, un marché libre et étendu dans un pays voisin, de manière à multiplier les échanges, et à animer l’industrie. Examinons l’effet de ces trois sortes de traités.

[Translation]

   All negotiators who have concluded treaties of commerce have not taken the same aim. Some of these have secured a monopoly for their merchants in the country with which they negotiated; others have not so much considered interest of merchants but wanted to secure regular customers in the countries with which the balance of trade was supposed to be favourable; finally, still others, being more sensible, have only endeavoured to open a free and extensive market in a neighbouring country for the produce of their country, in order to promote trade and animate industry. Let us examine the effect of these three species of treaties.

Tuesday, 7 December 2010

Book 3, chapter 8, paragraph 02

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 379-380]

   Ce n’est pas que la Législation commerciale d’une nation, ne puisse devenir préjudiciable à ses voisines; surtout lorsque celles-ci sont déjà arrivées au degré d’opulence, où il serait désirable pour elles de pouvoir se livrer au commerce extérieur. Comme le commerce libre est avantageux pour les deux personnes qui contractent, toutes les fois qu’on les empêche de contracter, on nuit à l’une et à l’autre: tous les règlements des nations Européennes qui sont désavantageux à leurs sujets, le sont aussi par contrecoup à ceux qui négocieraient avec eux. Ainsi, lorsque les Espagnols ont exclu les nations Européennes de leurs colonies d’Amérique, ils n’ont pas seulement fait du tort à leurs colons et à eux-mêmes, ils en ont fait aussi aux fabricants étrangers, qui auraient travaillé pour eux, avec plus d’activité, et pour de plus fortes sommes, qu’ils ne le font aujourd’hui. Ce profit qu’on leur enlève n’est pas compensé par le profit supérieur que font les interlopes, dans leur commerce de contrebande. Mais outre qu’on peut douter si ces inconvénients sont égaux à ceux qu’entraîne une guerre de commerce, ce n’est pas pour soutenir une demande aussi raisonnable que celle de la liberté du négoce, qu’on a livré des batailles, ou négocié des traités; c’est pour extorquer des autres Peuples, des avantages déraisonnables, et souvent onéreux pour celui qui les accorde, en même temps qu’inutiles pour celui qui les obtient.

[Translation]

   It is not impossible for the commercial legislation of a nation to be detrimental to her neighbouring nations; it may be possible, especially when they have already come so opulent that it would be safely desired for the nations to devote themselves to foreign trade. Since free trade is advantageous to the two persons in contract, whatever keeps them from making a contract is to be detrimental to both parties. All the regulations of European nations that are disadvantageous to their subjects are, as a roundabout result, as disadvantageous to those who would deal with them. When the Spaniards excluded other European nations from their colonies in America, therefore, they did not only do harm to the habitants of their colonies and to themselves, but also to foreign manufacturers, who would have worked for them with more briskness and for larger sum of money than they do today. This profit taken away from them is not compensated for by the higher profit accruing to smugglers, dealing with the contraband. However, not only can there be some doubts as to whether these inconveniences are comparable to those occasioned by a commercial war; nations have given battle or negotiated for treaties, not in order to meet a reasonable demand such as that for freedom of commerce, but in order to extort from other nations advantages which are unreasonable, and often costly to those who accord them, and, at the same time, useless to those who obtain them.