Friday, 27 August 2010

Book 3, chapter 5, paragraph 07

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 283-284]

   On peut dire, il est vrai, qu’en restreignant le nombre des maîtres, on ne fixe pas toujours celui des ouvriers, lequel s’accroît ou diminue proportionnellement aux besoins du marché: c’est-à-dire, que l’on fait deux classes des artisans, l’une qui profite de tous les accroissements du marché, et l’autre qui souffre de tous les accidents, qui le diminuent. Les maîtres obtiennent un monopole qui va croissant comme leur marché devient plus étendu, les compagnons sont exclus de la faculté de partager les avantages dérivants du crédit que gagne leur profession. Les inconvénients attachés aux maîtrises subsistent en leur entier, par rapport à la société, mais par rapport aux artisans, ils sont partagés inégalement et injustement entr’eux.

[Translation]

   You may say, it is true, that even if you limit the number of masters, you do not always fix that of labourers, which increase or diminish in proportion to the needs of the market; that is to say, that artisans are divided into two classes, one of whom profits from all extensions of the market, and the other of whom suffers from all accidents which check it. Masters enjoy a monopoly which is going to grow as their market extends, and their assistant artisans are excluded from the right to share advantages derivative from the credit gained by their profession. The inconveniences attached to masters subsist as a whole with respect to the society, but, with respect to artisans, are divided unequally and unjustly among artisans.

Thursday, 26 August 2010

Book 3, chapter 5, paragraph 06

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 280-283]

   Le marché dans lequel les charpentiers exercent leur industrie est excessivement resserré; ou ils travaillent sur place, ou s’ils transportent leurs ouvrages les moins volumineux, ce n’est qu’à une fort petite distance; les autres métiers ont un marché plus ou moins étendu, en proportion du volume de leurs productions, comparé à leur prix, et de la facilité des communications dans leur voisinage. Le marché de tout producteur est circonscrit par le nombre de consommateurs pour lesquels le prix intrinsèque de sa marchandise rendue chez eux est aussi bas que leur prix relatif; or le nombre des artisans de tout métier doit nécessairement se proportionner au marché pour lequel ce métier travaille. Jusqu’à ce qu’il le fournisse tout entier, il n’y a point d’inconvénient à ce que ce nombre s’augmente, et l’on peut toujours être assuré que si le commerce et l’industrie sont libres, ou il ne passera pas au delà de la proportion requise, ou il y reviendra dès qu’il l’aura dépassée. Mais l’institution des maîtrises empêche le nombre des artisans de se proportionner au marché pour lequel ils travaillent; en le soumettant à une fixation arbitraire, elle doit nécessairement faire le mal, ou des consommateurs, ou des marchands et artisans; car il n’y a qu’une chance pour que le nombre convenable et le nombre légal se rencontrent, et il y en a mille pour qu’ils ne s’accordent pas. Si le nombre des maîtrises, ou celui des marchands, est fixé par un statut au-dessous de ce que demande le marché pour lequel ils travaillent; ce marché n’étant pas suffisamment fourni, ceux qui le pourvoient seront les maîtres d’élever le prix relatif de leurs ouvrages au-dessus du prix intrinsèque, et d’augmenter ainsi les dépenses de la nation. C’est ce qui arrive à l’ordinaire, puisque les marchands sont presque toujours les Législateurs de leur propre corps, et que leur avantage se trouve dans cette disproportion; mais il arrive aussi quelquefois que le marché d’un métier se resserre, le nombre des consommateurs dont le prix relatif est égal au prix intrinsèque du producteur allant en diminuant, soit que de nouvelles fabriques se soient établies plus à leur portée, que les transports soient devenus plus dispendieux, ou que la mode ait abandonné cette branche particulière de consommation. Dans ce cas les producteurs seront trop nombreux comparativement aux consommateurs, et la législation des maîtrises retardera le rétablissement de l’équilibre, en les attachant à leur corps, et en leur fermant l’entrée des autres professions. Ils sont donc forcés de travailler pour quelque chose de moins que le prix intrinsèque, et par conséquent de souffrir de la misère; en même temps que par la suppression de leurs profits légitimes, ils privent la nation d’une partie de ses revenus. En fixant le nombre de ceux qui exercent chaque métier, on l’empêche donc de se proportionner à ce que l’intérêt des consommateurs, celui des classes productives, et celui des artisans eux-mêmes auroient demandé.

[Translation]

   The market for which carpenters exert their industry is excessively narrow. They work, not moving from place to place, or transport their least voluminous works at an extremely short distance if they can. The other professions have a market more or less extensive, depending upon the volume of their produce in proportion to its price, and upon the easiness of communication in the neighbourhood of the market. The market of any producer is limited by the number of consumers who think the intrinsic price of his commodity delivered to them to be as low as their relative price. The number of artisans in any trade should necessarily be in proportion to the market for this trade. Until it is entirely full, there is no obstacle to the increase of this number. We can always be certain that, with free trade and industry, it will not pass beyond the due proportion, or will come back to it as soon as the number has passed beyond it. However, the institution of masters keeps the number of artisans from being in proportion to the market for which they work. By fixing the number to an arbitrary level, the institution should necessarily do harm to consumers or merchants and artisans. This is because only by chance are the appropriate number and the legal number equal, and in most cases they are not. If the number of masters or merchants is legally fixed below the level demanded by the market for which they work, this market will not be sufficiently filled, and those remaining in the market will be allowed to raise the relative price of their works above the intrinsic price, and, therefore, to have the nation run up expenses. This usually happens because merchants are almost always the legislators of their own association, and because their advantage is found in this disproportion. However, it happens some times, too, that the market for a trade shrinks, and that the number of consumers whose relative price is equal to the intrinsic price of the producer diminishes gradually. It does not matter whether this is because some new manufactories are established more within the reach of consumers, because the cost of transport has been higher, or because this particular branch of consumption has gone out of fashion. In any of these cases, the producers will be too large in number in comparison to the consumers, and the legislation for masters will put the restoration of the balance on hold, sticking them to their association, and keeping them from entering into another profession. Therefore, they are forced to work for some thing below the intrinsic price, and, as a consequence, to suffer from misery. At the same time, the suppression of their legitimate profits deprives the nation of a part of her revenue. The specification of the number of those who engage in each trade, therefore, means that it can be out of proportion to the demand from the interest of consumers, of productive classes, and of the artisans themselves.

Wednesday, 25 August 2010

Book 3, chapter 5, paragraph 05

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 280]

   Lorsque l’industrie et le commerce sont libres, le nombre d’ouvriers dans chaque métier, celui de commerçons dans chaque négoce, doit se proportionner toujours aux besoins de la consommation. S’il n’y a de l’ouvrage que pour dix charpentiers dans une ville, au cas qu’il s’en forme douze ou quinze, ceux-là ne faisant que l’ouvrage pour lequel dix auraient pu suffire, ne retireraient entr’eux tous que le salaire qu’on aurait donné à ces dix; ils gagneraient donc moins qu’ils n’auraient pu gagner en embrassant tout autre métier: les moins habiles d’entr’eux, ou passeraient à une autre profession, ou quitteraient le pays en cherche d’ouvrage, et personne ne se présenterait pour remplir leur poste, jusqu’à ce que l’équilibre entre les divers métiers fût rétabli.

[Translation]

   With free trade and industry, the number of labourers in each business, and that of merchants in each trade, should always be in proportion to the needs of consumption. If there were employment only for ten carpenters in a city in the case where there are twelve or fifteen carpenters, they would only do work for which ten would have been sufficient, and would receive the wages the ten would have been given by the gross. Therefore, they would gain less than if they had tried any other trade; that is, if the least skilful men among them had transferred to another profession or had left the country for employment. In this case, no one would make the appearance to supply their vacancies, until the balance among different trades is restored.

Tuesday, 24 August 2010

Book 3, chapter 5, paragraph 04

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 278-280]

   La première et la plus ordinaire de ces entraves, c’est de limiter le nombre des maîtrises, et d’attacher le droit d’y parvenir à des conditions plus ou moins difficiles à remplir (2). L’on a représenté au dépositaire de la souveraineté, d’une part que si l’on ne limitait pas le nombre des maîtres, il se multiplierait à l’infini; de l’autre que si l’on n’exigeait pas d’eux un examen pour leur réception, ils négligeraient de s’instruire dans leur art, et que l’industrie tomberait en décadence; on l’a induit en errera, quant à l’une et à l’autre de ces suppositions.

[Translation]

   Of all these obstacles the first and most ordinary is to limit the number of masters and to attach some conditions hard to meet to the right to be a master (2). The depositary of sovereignty has been told, on the one hand, that masters would proliferate infinitely if he did not limit their number, and, on the other hand, that they would neglect to master their art were they not required to take an examination to be a master, and the industry would fall into decline. This way he has been led into error concerning both these suppositions.

Monday, 23 August 2010

Book 3, chapter 5, paragraph 03

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 278]

   Toutes les fois que l’on accorde aux gens qui exercent le même métier le droit de s’assembler, d’élire des officiers, de se donner des statuts, et d’agir en corps, on leur fournit les moyens de se combiner et de s’entendre, pour combattre contre tout le reste de la société. Les statuts qui naissent des délibérations de ces corporations, loin d’être une compensation du danger qui y est attaché, sont le plus souvent eux-mêmes vicieux, et donnent de nouvelles entraves au commerce, que l’on devrait chercher à affranchir.

[Translation]

   Whenever men engaging in the same trade are accorded the right to assemble, elect officials, enact statutes and behave in cooperation, they are provided with the means to combine and be listened to, to fight against the rest of the society. The statutes originating from deliberations of these corporations, far from compensating the danger attached to them, are the most often vicious in themselves, and give new obstacles to trade, the freedom of which we are desirous of.

Sunday, 22 August 2010

Book 3, chapter 5, paragraph 02

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 276-278]

   Une ligue entre des acheteurs ou des vendeurs, dont le nombre ou les besoins sont invariables et absolus, n’augmenterait pas pour long-temps leurs forces, mais une ligue entre des gens qui disposent de leur propre nombre, et qui peuvent régler leurs besoins, les augmente considérablement. Si des marchands prennent la résolution de ne pas vendre ou de ne pas acheter au delà d’un certain prix, ils peuvent la tenir sans perte pour chaque branche de commerce en particulier, mais des propriétaires de terre ne peuvent tenir celle de ne pas affermer leurs terres, sans perdre leur revenu, ni des ouvriers celle de ne pas travailler, sans perdre leur subsistance, ni enfin des consommateurs celle de ne pas acheter, sans se priver de ce qui leur est le plus nécessaire. Une ligue entre des marchands pour faire hausser les prix, peut donc se tramer lentement, et se continuer pendant des années, tandis qu’une ligue d’ouvriers pour faire hausser les salaires, ou une ligue de consommateurs pour faire baisser les prix peut être qu’une effervescence momentanée, que les besoins de chaque individu doivent calmer. Il est vrai que pour cette raison même, les ligueurs se trouvant dans un état violent, et qu’ils sentent ne pouvoir durer, donnent à leur coalition tous les caractères du tumulte et de la sédition; tandis que les marchands peuvent masquer la leur de tous les dehors de la tranquillité et de l’ordre; mais puisque les unes et les autres de ces combinaisons, tendent également à altérer l’équilibre naturel entre les acheteurs et les vendeurs, à dénaturer les prix, et à augmenter les dépenses, ou deminuer les revenus nationaux, un Gouvernement juste doit les réprimer également, et se tenir plus en garde peut-être, contre celles qui s’enveloppent d’un voile, et n’excitent point de trouble dans l’État, comme étant ordinairement les plus puissantes et les plus dangereuses, que contre celles que le désordre qui les accompagne démasque au premier coup d’œil.

[Translation]

   A league among purchasers or sellers whose number or needs are invariable and absolute would not increase their powers in the long run. However, a league among men who can change their number at their will and can control their needs increases their powers to a considerable degree. If merchants decide not to sell or not to buy at any higher than a certain price, they can stick to the decision without loss for any branch of commerce in particular, but landlords cannot stick to the decision not to rent their estates without losing their revenue, nor can labourers that not to work without losing their subsistence, nor can consumers that not to buy without being depriving of what is the most necessary for them. A league among merchants for higher prices can, therefore, be slowly hatched, and be maintained for some years, while a league among labourers for higher wages, or among consumers for lower prices, can be only a temporary enthusiasm, which must soon clam down due to the needs of each individual. It is true that, for the very reason, members of the league, finding themselves in a situation which is violent and which they feel cannot last for so long, attach all characters of turmoil and sedition to their coalition, while merchants can make theirs look tranquil and orderly. However, since both these combinations tend equally to change the natural balance between purchasers and sellers, to divert prices from their natural level, and to increase expenses or decrease national revenues, the just government should suppress both these combinations equally, and should be on its guard, probably, more against those which are veiled and do not make trouble for the state, as being ordinarily the most powerful and dangerous, than against those which are debunked at first sight from the disorder accompanying them.

Saturday, 21 August 2010

Book 3, chapter 5, paragraph 01

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 274-275]

Les marchands qui donnèrent des lois au commerce dans les onzième et douzième siècles, ne crurent point encore avoir assez fait pour s’assurer d’un monopole contre les consommateurs, lorsqu’ils eurent hérissé de difficultés l’entrée du commerce et des arts, en exigeant un apprentissage de tous ceux qui voudraient les exercer, et en rendant cet apprentissage pénible, long et fastidieux; ils jugèrent convenable de se réunir en corporations, de se donner des chefs et des règlements, de convenir entr’eux d’une certaine subordination, et de fixer par une loi expresse le nombre de ceux qui pourraient exercer leur métier. Dans toute l’Europe presque toutes les branches de commerce se sont réunies de cette manière, leurs règlements ont été presque partout sanctionnés ensuite par l’autorité souveraine, et sont restés en vigueur, jusqu’à l’époque de la révolution pour la France, dans d’autres pays jusqu’à ce jour. Cependant chaque institution de corporation, est une ligue formée contre le consommateur et la société, en sorte que le Gouvernement, loin de les confirmer, aurait dû chercher à prévenir leur naissance, ou à les détruire, autant que cela pouvait s’accorder avec la liberté de tous (1).

[Translation]

The merchants who gave laws to commerce in the eleventh and twelfth centuries did not believe that there was much enough done to ensure them a monopoly against consumers, when they had made it difficult to enter into commerce and arts, imposing an apprenticeship upon all those who would like to engage in them, and making this apprenticeship painful, long, and disgusting. They judged it adequate to combine into associations, to create a leadership and regulations therein, to reach an agreement on certain subordination, and to have a rule specify the number of those who could engage in their trade. In almost all branches of commerce all over Europe, combinations were given birth to in this way; their regulations were later sanctioned almost everywhere by the sovereign authority, and were effective until the time of the revolution in France and have been so until today in other countries. However, every institution of association is a league formed against the consumer and the society, so that the government, far from sanctioning them, should have sought to prevent their establishment, or to dissolve them, as long as it conforms to liberty for all (1).