Sunday, 15 February 2009

Book 1, chapter 3, paragraphs 12-13

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 65-67]

   Aussi long-tem[p]s que les capitaux destinés à maintenir le travail procurent du profit à leur propriétaire, celui-ci ressent un besoin habituel de les faire circuler, afin de vivre de leur produit, et de pouvoir consacrer à ses jouissances la rente de sa fortune et non pas son principal; il ne se décourage point, encore que le profit qu’il tire de ses fonds diminue, à moins qu’il ne vienne à tomber absolument à rien, parce que jusqu’à cette époque le riche ne peut se déterminer à manger son capital (4).
   Non seulement dans tous les pays les dissipateurs sont bien rares, mais si nous étudions les mœurs de chaque nation, nous observerons par-tout que l’esprit d’économie s’accroît avec la diminution des profits mercantiles; il étoit [était] porté au point le plus élevé en Hollande, où les négocian[t]s se contentoient [contentaient] du profit le plus bas; le luxe et l’amour de l’ostentation étouffoient [étouffaient] au contraire tout esprit d’économie chez les négocian[t]s de Cadix, dont les profits étoient [étaient] assez considérables pour avoir fait monter à dix pour cent le taux de l’intérêt. En France enfin la diminution du capital national, et l’augmentation du profit du commerce, ont accru le luxe et diminué les épargnes des négocian[t]s. Cette marche est dans la nature; en effet lorsque le capitaliste voit diminuer le profit qui forme son revenu, il doit beaucoup plus songer à le maintenir ou à l’accroître, qu’à dissiper le capital d’où il le tire. Lorsqu’au contraire il voit augmenter ses profits et ses revenus, il se livre bien plutôt au désir de se procurer des jouissances, et n’éprouve point autant celui d’accroitre un capital qui suffit déjà à ses besoins.

[Translation]

   As long as the capital employed to maintain labour procures profit for its owner, he usually feels like making it circulating, in order to live on its produce and to be able to buy his enjoyments not with principal but with rent of his fortune. He is not yet discouraged when profit of his stock is in decrease, unless it has fall to zero, because until this time the rich cannot determine to eat his capital (4).
   It is not only that in all countries spendthrifts are very rare, but also if we study the manners of each nation we will observe everywhere that the notion of economy prevails with the diminution of mercantile profit. The notion was carried in Holland to the highest point where merchants were contended with the lowest profit. Luxury and love of ostentation, on the contrary, smothered all the notion of economy among merchants in Cádiz, Spain, where profit was high enough to raise the interest rate to 10%. Finally, in France, the diminution of the national capital and the rise of commercial profit have encouraged luxury and discouraged saving among merchants. This course of affairs is entirely natural; indeed, when a capitalist sees his profit, his revenue, in decrease, he must be much more inclined to maintain or raise it, than to waste his capital from which he gain the profit. When, on the contrary, he sees his profit and revenue in increase, he quite yields to a desire to procure enjoyments, and does not have so much desire to increase his capital, which is already sufficient for his wants.

Saturday, 14 February 2009

Book 1, chapter 3, paragraph 11

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 63-65]

   Quel que soit le nombre des ouvriers proportionnellement au capital qui doit les nourrir, ils ne pourront se contenter long-tem[p]s d’un salaire moindre que celui qui leur est absolument nécessaire pour vivre: la misère seroit [serait] bientôt suivie de la mortalité, et l’équilibre seroit [serait] rétabli par ce contrepoids aussi redoutable qu’efficace (3). Quel que soit d’autre part le nombre ou la valeur des capitaux destinés à maintenir le travail, ils ne pourront jamais être réduits à ne donner aucun profit net; car s’il ne restoit [restait] plus dans le pays aucun emplacement où leurs propriétaires les pussent faire circuler avec avantage, ils s’empresseroient [empresseraient] de les faire travailler dans l’étranger, et par l’emploi au dehors d’une partie des richesses de la nation, ils rétabliroient [rétabliraient] l’équilibre intérieur. Si l’on pouvoit [pouvait] supposer que la terre entière ne présentât plus d’emploi profitable, ou si le Gouvernement trouvoit [trouvait] [le] moyen, de mettre obstacle au commerce extérieur, et à l’emploi des capitaux hors des limites de la nation, les propriétaires préféreroient [préféreraient] alors de les dépenser en objets de luxe, de les consommer sans produire mais d’une manière qui flattât leurs sens ou leur vanité, plutôt que de les faire consommer par des ouvriers productifs, qui dans aucun tem[p]s ne peuvent flatter ni leur vanité ni leurs sens; et qui dans le cas supposé ne leur procureroient [procureraient] point de profit. Une masse considérable de capitaux employée dès lors à maintenir un travail improductif seroit [serait] consommée sans remplacement, et sa dissipation rétabliroit [rétablirait] l’équilibre.

[Translation]

   Whatever the number of labourers may be in comparison to the capital which should feed them, they cannot be contended for a long time with lower wages than absolutely necessary for them to live on. Misery would soon give way to mortality, and the equilibrium would be recovered thanks to this effective but formidable counterweight (3). Whatever the amount or value of the capital allocated for maintenance of labour may be, on the other hand, the capital can never fail to bear net profit at all. This is because if it were no longer for any room where capitalists could make their capital circulating to advantage, they would immediately make it at work in a foreign country, and, by employment of part of the national wealth abroad, the domestic equilibrium would be recovered. If you could suppose that no land offered any profitable opportunity to capital, or if the government found the means to put an obstacle to foreign trade and to employment of capital beyond the boundaries of the nation, then capitalists would prefer buying luxuries with their capital to consume it in a not productive but complacent and vain way, to making productive labourers consume it, who cannot satisfy their vanity or sense anytime, and which would not procure them any profit in the supposed case. Therefore, a considerable amount of capital employed to maintain unproductive labour would be consumed with no replacement, and its dissipation would recover the equilibrium.

Friday, 13 February 2009

Book 1, chapter 3, paragraph 10

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 62-63]

   Plus il y a en circulation de capitaux destinés à faire travailler, plus les capitalistes élèvent les salaires des ouvriers, en luttant les uns contre les autres pour les attirer à eux; et en se contentant d’une moindre part de leur travail superflu ou du profit, plutôt que de laisser leur capital sans emploi. Plus d’autre part il y a d’ouvriers qui demandent du travail, proportionnellement au capital qui doit les mettre en mouvement, et plus ces ouvriers rabaissent de leurs prétentions, plus la part dans le superflu de leur travail qu’ils consentent à abandonner au capitaliste est grande, plus enfin le salaire qu’ils demandent est restreint, parce qu’ils aiment mieux se réduire à l’étroit nécessaire en travaillant, que d’en rester privés en même tem[p]s que d’ouvrage. La concurrence entre les capitaux détermine donc la proportion du profit au prix total, et la concurrence entre les ouvriers détermine la proportion du salaire au même prix; mais il y a de part et d’autre des bornes immuables, que cette double concurrence ne peut faire passer.

[Translation]

   The more circulating capital is allocated for employment of labour, the higher wages capitalists pay to labourers. For capitalists compete with each other to lure labourers into their respective undertakings, and would rather have a smaller part of their surplus labour or profit than leave their capital unemployed. On the other hand, the more labourers demand for employment in comparison to the capital which should put them at work, the less demand these labourers make for a rise in wage; they consent to yield up to capitalists the more of the surplus of their labour, and finally demand the lower wages. The reason is that they would better live on the necessary minimum as long as employed than to have no minimum or employment. Therefore, the competition among capitals determines the proportion of profit to the whole price, and the competition among labourers determines the proportion of wages to the same price. But there are immutable limits beyond which this double competition cannot make either party go.

Thursday, 12 February 2009

Book 1, chapter 3, paragraphs 08-09

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 61-62]

   La Chine et l’Indostan ont souvent éprouvé des invasions semblables; c’est alors que l’argent enfoui dans la terre par leurs habitan[t]s, en est retiré, en sorte qu’après la retraite des Tartares, le numéraire peut être aussi abondant qu’avant leur irruption; mais les métaux précieux ne peuvent non plus que les capitaux fixes [fixés] remplacer la vraie richesse mobiliaire [mobilière], aussi ne saurait-on en faire qu’un seul usage, celui de les exporter en entier, pour racheter au dehors le mobilier de la nation: vouloir empêcher cette exportation du numéraire, ce seroit [serait] condamner tous les habitan[t]s à l’inaction, et à la famine qui en seroit [serait] la suite.
   Tout travail productif dépendant donc des propriétaires de la richesse mobiliaire [mobilière], il ne s’en fera jamais aucun, sans que ceux-ci participent à son produit. Leur portion est ce qu’on appelle le profit, par opposition au salaire, qui est la portion de l’ouvrier. Ces deux parts réunies à la rente de l’immeuble qui a produit la matière première, composent le prix de l’ouvrage; et la proportion entr’elles est fixée par leur concurrence respective.

[Translaiton]

   China and Hindustan have often gone through some similar invasions. It is then that the money buried into the ground by their habitants is dug from there, so that after the withdrawal of Tartars specie can be as abundant as before their invasion. But precious metals cannot compensate any more for the real movable wealth than can fixed capital, and all the habitants can do with precious metals is to export all of them in order to buy movables of the nation from abroad. Any attempt to stop this exportation of specie would force all the habitants into inaction, and into famine which would follow the inaction.
   All productive labour depends therefore upon owners of movable wealth, and no productive labour will be performed without a part of the produce belonging to them. Their share is what we call profit, in contrast to wage, which is labourers’ share. These two parts (plus the rent of the immovable which have produced raw materials) compose the price of the work; and the proportion between the two is determined by their respective competition.

Wednesday, 11 February 2009

Book 1, chapter 3, paragraph 07

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 59-60]

   Le capital fixé ne peut point suppléer au défaut de richesse mobiliaire [mobilière]; supposons une nation qui ait été extrêmement riche, qui ait en conséquence fixé un capital immense pour bonifier la terre, construire des habitations, bâtir des usines, et former des ouvriers industrieux. Supposons ensuite qu’une irruption de barbares saisisse immédiatement après la récolte, toute sa richesse mobiliaire [mobilière], tout ce qui est susceptible d’être enlevé: encore que ces barbares en emportant leur butin, ne détruisent point les maisons ni les ateliers, et qu’ils ne puissent ôter aux campagnes leur fertilité, ni aux ouvriers restan[t]s leur industrie; tout travail cessera aussi-tôt; car pour rendre à la terre son activité, il faut des charrues et des bœufs pour la labourer, du grain pour l’ensemencer, et sur-tout du pain pour faire vivre les ouvriers jusqu’à la récolte prochaine. Il faut pour que les usines travaillent, du grain au moulin, du métal à la forge, et par-tout de la nourriture à l’ouvrier; enfin, il faut à la masse des hommes industrieux, des outils, des matières premières, et des vivres. On ne travaillera donc point en raison de l’étendue des champs, du nombre des usines, et de celui des ouvriers, mais en raison du peu de richesse mobiliaire [mobilière] qui aura échappé aux barbares; tous ceux qui ne pourront point en obtenir quelque portion, demanderont en vain du travail, et seront moissonnés par la famine (2).

[Translation]

   Fixed capital cannot compensate for the shortage of movable wealth. Let us suppose that a nation had been extremely rich and had consequently fixed immense capital in improvement of land, building of dwellings and plants, and education of industrious labourers. Let us suppose next that barbarians irrupted immediately after the harvest and took all movable wealth, or all that can be taken; but that these barbarians did not destroy the dwellings and plants in taking the haul, and could not take the fertility from the fields or the industry from the remaining labourers. Then all labour would stop immediately, because there is no plough or ox necessary to cultivate the fields, no grain to sow seeds, and above all no bread to enable labourers to live up to the next harvest. All plants would stop because there is no grain to carry to mills, no metal to forges, and no provisions to labourers anywhere. Finally, there are no tools, raw materials and foods necessary for the industrious mass. Therefore, if labour be performed at all, it will not be due the extent of the fields, the number of the plants, or that of the labourers, but due to what movable wealth will have eluded the barbarians. All those who will have no chance to obtain any movable wealth will expect any labour in vain and will ruin themselves to famine (2).

Tuesday, 10 February 2009

Book 1, chapter 3, paragraph 06

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 56-59]

   Plus la population et la richesse font de progrès, plus il devient impossible qu’il se fasse aucun travail, sans qu’un capital le mette en mouvement. Avec l’avancement de la civilisation, les besoins de chaque homme se multiplient; or, il faut un capital pour avancer à l’ouvrier de quoi les satisfaire, jusqu’à ce que les produits de son travail soient vendus; il en faut un second pour lui procurer les matières premières et les outils sans lesquels il ne peut; enfin, il en faut souvent un troisième, pour pourvoir à sa consommation et à son instruction jusqu’à ce qu’il soit rendu capable de faire l’ouvrage dont il s’est chargé. Le capital qui l’a mis en mouvement, n’est donc autre chose que les alimen[t]s, les vêtemen[t]s, les outils, et les matières premières qu’il a consommées; ce n’est point le numéraire qui les représente, et au moyen duquel il les à obtenues; car s’il a toutes ces choses et point d’argent, il travaillera fort bien, mais s’il a de l’argent, et qu’il ne puisse l’échanger contre toutes ces choses il lui sera impossible de travailler. Un homme actif et industrieux, ne pourra donc trouver aucune occupation utile, s’il n’obtient préalablement un capital qui le nourrisse pendant qu’elle dure, et jusqu’à ce qu’elle soit achevée, d’autres capitaux qui aient mis à sa disposition les matières premières, les outils, et même le talent nécessaire à son ouvrage, le capital d’un marchand qui se charge de le porter au consommateur dès qu’il sera achevé, et qui en attendant remplace le sien. (1). L’horloger Genevois qui destine partie de ses montres aux consommateurs des grandes Indes, s’il ne trouvoit [trouvait] pas un capital déjà consacré au commerce d’horlogerie, et tout prêt à remplacer le sien, seroit [serait] obligé au moment où il auroit [aurait] terminé ses montres, de s’en procurer un pour faire les frais nécessaires à leur envoi aux Indes, et un second pour continuer l’ouvrage pendant leur voyage, jusqu’à ce qu’elles fussent vendues, payées, et que la valeur du payement fût rentrée entre ses mains: or, comme ce retour se fait attendre au moins deux ou trois ans, quoiqu’il eût les fonds nécessaires pour faire une première montre, il seroit [serait] obligé de fermer son atelier, s’il n’en avoit [avait] pas toujours de nouveaux, pour continuer pendant ce long espace de tem[p]s. Tout travail est donc le fruit d’un capital; aussi seroit-il [serait-il] fort inutile d’augmenter le besoin du premier chez une nation, si l’on n’augmentoit [augmentait] en même tem[p]s le second, qui seul peut appeler les gens industrieux à l’ouvrage; maxime importante, souvent oubliée, et que nous aurons lieu de rappeler plusieurs fois.

[Translation]

   The more progress the population and wealth make, the more impossible it is that a capitalist obtains any labour without capital to employ it. According to advancement of civilisation, wants of each human being multiply. A portion of capital is necessary to advance a labourer as much as to satisfy his wants until the produce of his labour has been sold. Another portion is necessary to procure him raw materials and tools without which he cannot labour. Finally, still another portion is often necessary to satisfy his consumption and instruction, until he is enabled to achieve the tasks of which he is in charge. The capital which has put him at work therefore consists of nothing but foods, clothing, tools, and raw materials all of which he has consumed. It does not consist of specie which represents them and by means of which he has obtained them. The reason is that he will labour properly if he has all these and has no money, but that it will be impossible for him to labour if he has some money but cannot exchange it for all these. A practical and industrious man will try in vain to find any useful occupation if he does not have a form of capital in advance which would feed him while it lasts and until it has been finished, some other forms of capital which would have put at his disposition raw materials, tools and even talent necessary for his work, and the capital of a merchant which carries on the traspoart to consumers as soon as it is finished, and which supplements his capital for the time being (1). Let us suppose that a Genevan watchmaker, who distributes some of his watches to consumers in India, did not find any capital already allocated for the trade of watches and ready to supplement his capital. Then, the moment he has completed his watches, he would be obliged to use a part of his capital in order to pay the cost necessary to send them to India, and another part in order to continue the work during the transport, until the watches have been sold and paid for and the value of the payment has got in his hands. And yet this return takes at least two or three years. He would be obliged to close his shop, if he had the stocks necessary to make a watch at first, but if he did not always had some new stocks in order to continue during this long time. Every portion of labour is therefore the fruitage of capital; so it would be useless to increase the demand for labour among a nation, if you did not increase capital at the same time, which is the only way in which you can put the industrious at work. This is an important maxim, which we have often forgotten and of which we will have every reason to be reminded repeatedly.

Monday, 9 February 2009

Book 1, chapter 3, paragraphs 04-05

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 55-56]

   C’est au profit que retire le capitaliste, qu’il faut attribuer la conservation de la richesse nationale; car s’il n’en trouve aucun à faire travailler des gens industrieux, il ne chercheroit [chercherait] à faire d’autres échanges, que ceux qui conviendroient [conviendraient] à sa consommation; il employeroit [emploierait] successivement à son usage tout ce qu’il posséderoit [posséderait], sans rien produire, jusqu’a ce qu’il eût tout consommé.
   Le profit du capitaliste doit toujours être proportionné au capital qu’il emploie; car de même qu’il n’auroit [aurait] aucun avantage à faire travailler des ouvriers, si les marchandises que produiront ceux-ci ne valoient [valaient] pas plus que celles qu’il leur donne à consommer, il n’en auroit [aurait] aucun à mettre en œuvre un capital considérable plutôt qu’un petit, si le profit ne se proportionnoit [proportionnait] pas à la somme qu’il destine à son entreprise.

[Translation]

   It is to the profit gained by the capitalist that the maintenance of the national capital must be attributed. The reason is that he would try to make no other exchange than would satisfy his consumption if he had no means to make the industrious people perform labour. He would successively put all his possessions to personal use without producing anything until he has consumed all.
   The profit of the capitalist must always be proportional to the capital he employs. The reason is that, as he would not expect any advantage from employment of labourers if the commodities produced by them were of no more value than those which he provides to them for consumption, so he would not from employment of a large capital, rather than a small, if the profit were not proportional to the sum allocated for his undertaking.