Sunday, 2 January 2011

Book 3, chapter 8, paragraph 28

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 417-418]

   La Suisse cruellement dévastée par une guerre aussi injuste que ruineuse, se relève du milieu de ses désastres, avec une force que personne n’attendait d’elle. Dans tout le Canton de Schwitz, théâtre de la déroute des Russes, on ne rencontre plus de ruines: Stantz, et Stantzstadt dans Underwald, qui avaient été barbarement brûlés, sont plus qu’à moitié rebâtis: le Canton d’Ury, où un incendie général mais accidentel, avait aggravé les malheurs de la guerre, répare avec activité ses pertes; ceux de Berne, de Lucerne, de Fribourg, le Vallais lui-même, sont prêts à oublier leurs maux passés, pourvu qu’on ne les redouble pas par de nouvelles calamités. La Suisse est encore riche, et le capital prodigieux qu’y avait accumulé l’industrie humaine, ferme partout les plaies qu’on lui a infligées. C’est un grand exemple que le sien à citer en faveur de la liberté du commerce, et de l’abolition de toutes les barrières, qui sous prétexte de balances défavorables, empêchent l’entrée des produits d’une industrie étrangère.

[Translation]

   Switzerland, cruelly devastated by a war both unjust and ruinous, is recovering from her disastrous condition, with such power as no one expected from her. Nowhere in the canton of Schwyz, the theatre of the rout of the Russians, can we see ruins any longer. Stans, and Stansstad in Unterwalden which had been barbarously damaged, are more than half restored. The canton of Uri, where a general but accidental fire had aggravated the misery of the war, is lively recovering from the losses. Those of Bern, Lucerne, Fribourg, and Valais are ready to forget their bad past, unless it is aggravated by new calamities. Switzerland is rich again, and the enormous capital accumulated there with human industry is closing the wounds inflicted upon her here and there. She herself is a great example in favour of free trade and of abolition of all restraints that, on the pretext of unfavourable balances, prohibit the produce of foreign industry from being imported.

Saturday, 1 January 2011

Book 3, chapter 8, paragraph 27

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 416-417]

   Après que toutes les voies de la circulation ont été saturées de capitaux, il en a surabondé encore, et les Suisses, outre le commerce étranger d’importation et d’exportation, ont entrepris aussi celui de transport. Des capitaux de Neuchâtel, de Bâle, de Lausanne, de Genève, étaient destinés à faire les échanges des Français entr’eux, ou avec d’autres nations; ceux des villes de Zurich, Schaffhausen, et Saint-Gall, rendaient le même service aux Allemands; ceux d’Altorf, de Lucerne, de Coire, et d’une foule de villages semés sur la pente méridionale des Alpes en faisaient autant pour l’Italie, où l’on trouve un nombre prodigieux de riches négociants Grisons, sortis de villages à peine connus. Dans tous ces Etats, l’on voit des colonies Suisses et Genevoises, colonies d’un genre bien différent de celles dont nous avons parlé au Chapitre précédent, puisqu’elles ne viennent s’établir chez les Peuples, que pour les assister de leurs richesses et de leur industrie.

[Translation]

   After all the channels of circulation were filled with capitals, there were still abundant capitals, and the Swiss did not only undertake foreign trade of importation and exportation but also shipping trade. In Neuchâtel, Basel, Lausanne and Geneva capitals were allotted for the French trading with them or with other nations. Those of Zurich, Schaffhausen, and St. Gallen rendered the same service to the Germans. Those of Altorf, Lucerne, Chur and many of cities scattered on the southern mountainside of the Alps rendered the same service to Italy, where we can see an enormous number of rich merchants from almost unknown cities of Grisons. In all these states, we can see Swiss and Genevan colonies. These are widely different in nature from those which we have discussed in the previous chapter, because they have settled themselves there only for the purpose of assisting the host countries with their wealth and industry.

Friday, 31 December 2010

Book 3, chapter 8, paragraph 26

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 415-416]

   Le commerce intérieur, dont l’importance est si grande, et qu’on n’estime jamais à sa vraie valeur, est porté en Suisse au plus haut degré d’activité. Quel doit être l’étonnement du voyageur qui suit pour la première fois les bords du lac Léman, et qui rencontre de deux lieues en deux lieues, des petites villes, toutes florissantes, où tous les habitants respirent l’aisance, sont bien nourris, bien vêtus, bien logés, et où presque toutes les maisons contiennent des magasins et des boutiques, qui ne redouteraient point la comparaison avec celles des villes les plus marchandes de la France. Tout commerce y est également libre, celui d’importation n’est point regardé de mauvais œil; aussi le consommateur Suisse peut-il obtenir à meilleur marché ses habits, ses instruments, et tout ce qui lui vient du dehors, qu’aucun autre peuple de la terre.

[Translation]

   Home trade, which is of so high importance, and whose true value is not appreciated, is brought in Switzerland to the highest degree of liveliness. What should surprise the traveller who goes along the shore of Lake Léman for the first time is the sight of a small but flourishing city every eight kilometres, where all habitants enjoy a high standard of living, well fed, dressed and lodged, and where all buildings contain stores and shops comparable to those in the most commercial city in France. All trade there is also free, and import trade is not given a suspicious eye. Therefore, consumers in Switzerland can obtain clothes, instruments and all others brought from outside, at a lower price than any other nation in the world.

Thursday, 30 December 2010

Book 3, chapter 8, paragraph 25

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 414-415]

   Pour faciliter les transports, les Suisses ont ouvert dans tous les sens, des chemins au travers de leurs montagnes; on ne peut les traverser, sans admirer l’immensité du travail qui les a tracés, et leur parfaite conservation; mais ces industrieux montagnards ne pouvaient vaincre complètement la nature; plusieurs de leurs chemins ne sont point praticables pour des chars; cette difficulté a renchéri les frais de voiture. Les marchandises les plus précieuses sont celles qui peuvent le mieux supporter ces frais considérables, et c’est sans doute pour cette raison, qu’il a convenu aux Suisses, lorsqu’ils ont entrepris des manufactures, de s’attacher à celles d’un prix élevé, et qu’on pouvait transporter plus au loin: les montres et la joaillerie du Locle et de la Chaux-de-Fond, les indiennes et les toiles de coton d’Appenzell, de Saint-Gall, de Zurich, etc. vont chercher des consommateurs jusqu’aux extrémités de l’Europe.

[Translation]

   For the purpose of making transportation easier, the Swiss have constructed highways across mountains in all directions; it is impossible to pass on them without admiring the immensities of the labour for the construction, and their perfect maintenance. However, these industrious mountain tribes were not able to win a complete triumph over nature; some of their highways are unpractical for coaches. This difficulty has made the carriage more expensive. The most precious commodities can support this more expensive carriage the best, and this is undoubtedly why it was appropriate for the Swiss, when they undertook manufactures, to choose those which demanded a higher price and which could be carried further: watches and jewellery of Le Locle and La Chaux-de-Fonds, india print and cotton textiles of Appenzell, St. Gallen, Zurich, and others, goes out for consumers up to the remotest regions of Europe.

Wednesday, 29 December 2010

Book 3, chapter 8, paragraph 24

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 413-414]

   Après que la plus productive de toutes les industries, l’agriculture, a été complètement saturée de capitaux, les Suisses ont destiné les leurs à commercer sur ses produits; un fonds très considérable est consacré à ce négoce; on en pourra juger en apprenant que le seul petit Canton de Schwitz, qui n’a pas quinze lieues quarrées de superficie, dont près de la moitié peut-être est occupée par des rochers stériles, ou des glaces éternelles, exporte chaque année par son port de Brunnen, trois mille vaches d’une si belle race, qu’elles ne se vendent pas moins de quinze louis, l’une dans l’autre; en sorte que son exportation en bétail seulement, qui passe presque tout en Italie, s’élève à 1.080000 fr. Il faut y ajouter celle en fromages, en bois et en merrains, qui est aussi très considérable. Les autres Cantons font aussi bien que celui-là un commerce immense sur les productions de la terre.

[Translation]

   After agriculture, the most productive of all industries, was entirely full of capitals, the Swiss allocated their capitals to trading the agricultural produce. A very large sum of fund is allotted to this trade. We can make this judgement from the knowledge that the small canton of Schwyz alone, which is fifteen square leagues large, and almost a half of which sterile rocky mountains and the eternal ices account for, exports three thousand cows of such good pedigree from its port of Brunnen, that one of them is sold, on average, for fifteen or more louis d’or. Consequently, its exportation of livestock alone amounts to 1,080,000 francs, beyond that of Italy as a whole. In addition, there is a huge amount of exportation of cheese, woods and antlers. The other cantons also do an immense trade in the produce of the earth.

Tuesday, 28 December 2010

Book 3, chapter 8, paragraph 23

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 411-413]

   Il faut espérer que le moment n’est pas éloigné, où la France donnera aux autres nations, l’exemple d’affranchir tout ensemble leur commerce et le sien; où elle les appellera sans scrupule dans ses ports, et où elle ne demandera d’autre faveur aux nations voisines ou rivales, que celle de ne pas se refuser à leur propre avantage, en lui fermant les leurs. La Suisse est jusqu’à ce jour la seule nation un peu considérable, qui ait adopté constamment pour règle de conduite, cette politique philanthrope. Jamais il n’a existé de tarif des douanes dans les bureaux des divers États de la Suisse; jamais on n’a cherché à y protéger l’industrie nationale, par l’exclusion de l’industrie étrangère, et aux dépens dés consommateurs. Toutes les portes de l’État sont ouvertes, et si l’on y perçoit des droits, ce sont des péages pour la réparation des chemins, et non point des douanes. On n’y a jamais fondé aucune manufacture qui ne pût soutenir la plus libre concurrence, mais aussi toutes celles que la Suisse possède sont prospérantes, et ne contribuent pas moins à l’avantage du consommateur, qu’à celui du fabricant. Les capitaux de la Suisse ont suivi la direction naturelle que nous avons indiquée dans le premier livre. Ils ont avant toute chose alimenté l’agriculture, et l’ont portée au plus haut point de perfection peut-être, où elle soit arrivée dans aucun pays du monde. Il faut se rappeler quel rude climat habitent les Helvétiens, et combien d’obstacles ils rencontrent, dans la rigueur des frimas, et dans l’âpreté du sol. Ils n’ont point pu, comme dans les belles plaines de la Lombardie, ou les heureuses collines de la Toscane, faire succéder une récolte à une autre; mais ils ont toujours se connaître ce qui était le plus propre à leur terre, ils ne lui ont demandé, que cela, et ils l’ont obtenu avec un degré de perfection qu’aucun autre peuple n’a su atteindre. Plus de la moitié de la Suisse ne peut produire que de l’herbe, mais nulle part on n’a mieux entendu l’art de faire produire en abondance à la terre de la bonne herbe, de conserver aux foins toute leur saveur et toute leur vertu, d’élever de beau bétail, et de tirer un grand parti de son laitage. Quelques collines d’un sol stérile d’ailleurs, se sont trouvées propres à la vigne, on les en a couvertes, et il n’existe pas dans l’Univers de plus beau vignoble, dont la culture soit mieux entendue, dont le produit soit plus prodigieux, et rembourse plus régulièrement les frais exorbitants qu’on ne regrette point de faire pour son exploitation, que celui des bords du lac Léman, et surtout de la Vaux. Peu de terres sont propres au blé; on n’a point cherché à en faire produire à celles qui s’y refusent, mais toutes les fois qu’on leur en demande, on leur prodigue tant de soins, qu’on est assuré d’obtenir d’elles d’abondantes récoltes.

[Translation]

   We must hope that it will not be long before France provides other nations with the example of freeing both their and her trade altogether. Then, she will unhesitatingly attract other nations to her ports, and will demand no other favour from neighbouring and rival nations than not to refuse their own advantage by closing their ports to her. Switzerland is thus far the only nation, with a little large magnitude, who has adopted this philanthropic policy constantly as rule of conduct. There is no tariff of customs in the offices of various states of Switzerland; they do not seek to protect the national industry by excluding foreign industry or at the cost of consumers. All ports of the state are open, and, if taxes are collected there at all, they are not customs duties but tolls for maintenance of loads. No manufacture has been founded unless it can withstand the freest competition, but also those extant in Switzerland are all prosperous, and contribute no less to the advantage of consumers than to that of manufacturers. The capitals of Switzerland have followed the natural direction that we have indicated in the first book. In the first place, they have supplied agriculture, and have brought it to the highest degree of improvement, probably, that any country has ever seen in her agriculture. It is to be remembered that the Swiss live in so harsh climate, and that they face so many obstacles in the rough winter and harsh land. They were not allowed, as in the beautiful plains of Lombardy or the blessed hills of Tuscany, to gather one harvest after another. However, they were able to recognise what was the most adequate for their land; they demanded nothing but that from their land, and improved its cultivation to the highest degree where any other nation ever reached. More than a half of the Swiss territory can provide nothing but pasture, but nowhere can we see more extension of the art of making land fertile in good pasture, of conserving all their taste and virtue in the hay, and of raising good livestock and obtaining a large amount of milk. Moreover, several hillsides of sterile soil have turned out appropriate for grapes, and, in fact, they have been converted into vineyards. The world knows no better land of grapes, where cultivation is more extensive and where the produce is larger and repays more regularly the extraordinary transport costs generously expended upon their exportation, than that on the lakesides of Leman and, above all, in Vaud. Little land is appropriate for corn; people have not endeavoured to grow corn on inappropriate soils, but, whenever they demand corn from land, they exercise so extreme care as to obtain an abundant harvest from there.

Monday, 27 December 2010

Book 3, chapter 8, paragraph 22

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 408-411]

   Les entrepreneurs de plusieurs manufactures se plaignirent amèrement, de ce qu’en ouvrant l’entrée de la France aux produits de l’Angleterre, on faisait tomber les profits qu’ils ne devaient qu’au monopole. Tous ceux des ateliers dont l’existence était artificielle, qui travaillaient chèrement, et dont le prix intrinsèque était plus élevé que le prix relatif libre, furent en effet ou fermés, ou du moins ralentis. Quoique ces ateliers ne fussent pas nombreux, et que leurs produits ne fussent que très peu de chose, comparés au produit total de l’industrie Française, leurs clameurs se firent entendre d’un bout de l’Empire à l’autre. Si l’on avait comparé l’industrie en souffrance, avec celle dont on avait augmenté la prospérité, on aurait trouvé que les fabricants qui réclamaient, ne produisaient pas dans l’année pour quinze millions de marchandises; tandis que la France produit, année commune, par le calcul le plus modéré, au moins pour trois cent millions de vin (6); et que cette production était bien autant favorisée, que la première était découragée. Au reste, nous avons examiné dans le Chapitre second de ce livre les réclamations de ces fabricants, et nous avons fait voir, que loin qu’il fallût s’étudier à leur conserver l’avantage que leur donnait notre tarif des douanes, cet avantage était une perte pour toute la nation, et qu’il fallait le détruire, non-seulement si par là on pouvait obtenir une faveur pour une industrie infiniment plus étendue; mais encore, lors même qu’on n’obtiendrait point de retour, et seulement en considération du mal qu’il occasionne à nos consommateurs, dont l’intérêt, ainsi que nous l’avons démontré, est le même que celui de la nation.

[Translation]

   Entrepreneurs of several manufactures complained bitterly that the permission of the English produce to enter into France reduced their profits that they owed to the monopoly alone. All the workshops whose existence was artificial, whose cost was high, and whose intrinsic price was higher than the free relative price, were, in fact, closed or, at least, sluggish. Although these workshops were not large in number, and their produce was only small, in comparison to the total produce of the French industry, yet their complaints extended from one end of the Empire to the other. If we had compared the declining industry with the increasingly prospering industry, we would have found that the complaining manufacturers did not produce fifteen million of commodities in the year, while France produces at least three hundred million of wine in the average year according to the most moderate calculation (6). Moreover, we would have found that the production of manufactures was as much favoured as the production of wine was discouraged. In addition, we have examined in the second chapter of this book the complaints of these manufacturers, and have shown that it is not necessary at all to endeavour to maintain for them the advantage accorded by mean of our tariff of customs, that this advantage is a loss for the entire nation, and that it is necessary to abolish it, not only if we could thereby promote by far more extensive industry, but also even if we would obtain no return, and if we would only consider the loss it makes consumers to incur. The consumers’ interest, as we have shown, is the same as that of the nation.