Friday, 5 November 2010

Book 3, chapter 7, paragraph 24

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 354]

   La totalité des blancs établis dans ces isles fertiles, et dont le climat n’est point partout mal sain, n’arrivait pas avant leurs désastres à 60,000; tandis que l’Amérique libre compte cinq millions d’habitants originaires d’Europe, que le Canada en possède 200,000 sortis de France, et que la Louisiane en 1793 en comptait 50,000. Ni les inondations du Meschacébé, ni les exhalaisons des Marais de la Caroline, ni les guerres sanguinaires et toujours renaissantes des sauvages, ni celle pour la liberté de l’Amérique, n’ont pu arrêter la population, dans des pays où l’esclavage n’était point assez commun, pour rendre le travail honteux aux yeux des hommes libres; tandis que la paix et la fertilité des Antilles n’ont pu leur conserver qu’une faible partie de la population qu’elles avaient reçue d’Europe, lorsque la mollesse se reposant sur l’esclavage, eut tari la source de la reproduction.

[Translation]

   The total number of the whites settled in those fertile islands where the climate is not everywhere unhealthful had not amounted to 60,000 before their disasters. Meanwhile, America counts 6,000,000 habitants of European origin, Canada possesses 200,000 habitants from France, and Louisiana had 50,000 in 1793. Floods in the River Mississippi, sultriness of swamps in Carolina, bloody and periodic battles against savages, or the war for the independence of America, put no end to population growth in the country where slavery was not common enough to make labour disgraceful in the eye of free men. By contrast, peace and fertility in the Antilles were able to secure the islands only a small part of the population received from Europe, when effeminacy resulting from slavery had dried up the source of reproduction.

Thursday, 4 November 2010

Book 3, chapter 7, paragraph 23

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 350-352]

   La traite et l’esclavage des Nègres, qui n’ont pas été attaqués seulement avec les armes de la philosophie, et d’après les principes de la révolution, mais qui sont également contraires à la religion, à la justice éternelle, à la politique, et à la raison, ont amené sur les Colonies la situation critique où elles se trouvent aujourd’hui, et d’où il est difficile de les tirer. En écartant les Créoles d’un travail bien moins rude que celui que faisaient leurs ancêtres les boucaniers, on a arrêté la multiplication de leur race, car d’après un ordre immuable établi dans l’Univers, la mollesse et la fainéantise mettent un obstacle insurmontable à la multiplication de l’espèce humaine; ordre maintenu par cette Providence bienfaisante, qui a constamment allié les intérêts bien entendus des hommes, à l’exercice des vertus qu’elle leur prescrit, qui venge les souffrances des opprimés sur la race des oppresseurs, et qui n’a pas voulu que l’homme féroce ou tyrannique inspirât jamais de la crainte, sans sentir l’effroi qu’il occasionne, répercuté dans son propre cœur. D’un bout à l’autre de l’Univers on a vu prospérer le sang du laboureur libre, et déchoir avec une effrayante rapidité la race du maître, avec celle de l’esclave qu’il opprime. Comparez Sparte écrasant ses Hilotes d’un sceptre de fer, à l’antique et libre Etrurie; Rome libre, agricole, et guerrière, à Rome maîtresse du monde, qui se dépeuplait sous son joug; le Germain libre, au Musulman qui ne connaît que la servitude; le planteur laborieux de l’Amérique libre, aux orgueilleux et efféminés Européens établis dans les deux Indes. Partout la même cause morale produit les mêmes effets; dans les climats les plus éloignés; dans tous les périodes de la société humaine, la servitude, l’oisiveté, les vices et la dépopulation ont marché ensemble, comme d’autre part la liberté, l’industrie, la tempérance et la population. La comparaison entre les colonies d’Amérique, fondées en même temps, par les mêmes moyens, et qui ne diffèrent entr’elles que pour avoir attendu leur richesse, les unes du travail des citoyens, les autres de celui des esclaves, fait ressortir plus qu’aucune autre, l’effet de ces deux systèmes.

[Translation]

   The Negro slave trade, which has not only been attacked by the arms of philosophy and according to the principles of the revolution, but which is also contrary to religion, eternal justice, polity, and reason, has led to the critical situation where the colonies are found today, and from which it is difficult for them to extricate themselves. Kept from a labour much less rude than that in which their buccaneering ancestors were engaged, the Creoles ceased to grow in number. This is because effeminacy and indolence place an insurmountable obstacle to multiplication of the human race, according to an invariable order established in the universe. That benevolent Providence, maintaining this order, has always allied extensive interests of men to the exercise of virtues that she prescribes them, revenges sufferings of the oppressed upon the oppressing race, and has never hoped that the fierce or tyran¬nical person would inspire fear without feeling the terror that it causes echoed back to his own heart. From one pole to the other of the universe, we have seen offsprings of free farmers prosperous, and the race of masters declining with surprising rapidity, along with the slaves oppressed by them. Let us compare Sparta, tormenting Helots with tyranny, to the ancient and free Etruria; free Rome, agricultural, and warlike, to Rome the master of the world, which was depopulated under tyranny; the free Germanics to the Muslims who know nothing but servitude; laborious planters in free America, to the arrogant and feeble Europeans established in the East and West Indies. Above all, the same moral cause produces the same effects. For all climatic differences, in the all stages of human society, servitude, indolence, vice and depopulation have gone hand in hand, as have freedom, industry, temperance, and population. A comparison between two colonies in America, which were founded at the same time, by the same means, and which differ only in sources of wealth (labour of citizens for one, and that of slaves for the other), makes the effect of these two systems more remarkable than any other does.

Wednesday, 3 November 2010

Book 3, chapter 7, paragraph 22

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 349-350]

   Un ami de l’humanité doit regretter bien amèrement, que cette première population des Antilles, composée de boucaniers et de flibustiers, ait été dégoûtée de la vie active et laborieuse à laquelle elle s’était vouée, et repoussée vers l’oisiveté et la mollesse qui distinguent les Créoles, par l’introduction de l’esclavage dans les Isles. Dès l’instant où le travail de l’agriculture devint le partage d’une race asservie et dégradée, il fut impossible que des hommes libres, enorgueillis par leurs succès dans la carrière militaire, suivissent la même vocation: ce n’était que par une rigueur égale à celle que l’on exerçait contre les Nègres, que l’on pouvait attacher à la culture de la terre, les malheureux Européens qui s’étaient engagés pour ce service, et que l’on connaissait aux Colonies sous le nom de Trente-six mois. Bientôt même l’usage de ces engagements cessa, et le travail tout entier fut fait par des Nègres; non que le soin qu’exigent les plantations soit aucunement au dessus des forces d’un Européen, ou que le climat leur fit perdre leur vigueur, mais parce qu’il n’y en avait pas un qui ne se crut déshonoré, s’il avait fait un ouvrage réservé aux seuls esclaves.

[Translation]

   A friend of humanity must acutely regret that this first population of the Antilles, comprised of buccaneers and freebooters, were discouraged from living an active and laborious life to which they had been devoted, and were pressed toward indolence and laxity which distinguish the Creoles by introduction of slavery into islands. As soon as agricultural labour was allocated to an enslaved and degraded race, it was impossible that free men, proud of their success in their military careers, would follow the same vocation. Only with resort to a rigour comparable to that with which Negros were treated was it probable to attach to land cultivation the bad-off Europeans who had been engaged in that service, and who were known by the name of Trente-six mois. Soon, however, the use of this kind of employment ceased, and agricultural labour as a whole came to be imposed on the Negros. The reason is not that plantations demanded more carefulness than Europeans were capable of, or that the climate deprived them of vigour, but that all of them believed it to dishonour them to do a work allocated to slaves alone.

Tuesday, 2 November 2010

Book 3, chapter 7, paragraph 21

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 349]

   Le goût pour les entreprises hasardeuses avait fait passer de France en Amérique un grand nombre d’aventuriers, qui y signalèrent leur valeur contre les Espagnols, et qui leur enlevèrent la plupart des établissements qu’y possède aujourd’hui la France, dans un temps où celle-ci était bien loin d’être assez riche et assez peuplée, pour que la nature l’appelât à fonder des colonies, ou à maintenir avec elles sur son capital, un commerce aussi éloigné, et dont les retours étaient aussi lents.

[Translation]

   A leaning to risky undertakings took a large number of adventurers from France to America, who proved their value there against the Spaniards, and who expelled them from the most part of the settlements now possessed by France. In those days, France was far from being rich and populous enough for her to be called on by nature to found colonies, or to do a continual trade with them upon her own capital, which was such a long-distance trade, and the returns of which took such a long time.

Monday, 1 November 2010

Book 3, chapter 7, paragraph 20

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 348-349]

   Sans le régime exclusif, ne cesse de répéter de Pradt, il n’y a pas de Colonies: non, il n’y en a pas en effet dans le système mercantile, mais il peut fort bien y avoir des Provinces; plus une Colonie trouverait de moyens de se soutenir par elle-même et plus devenue Province, traitée à l’égal de toutes les autres parties de l’Etat, et ne se croyant plus sacrifiée à l’intérêt de ses concitoyens, elle aurait des moyens de prouver son dévouement à la métropole, et de lui rester attachée, en dépit d’une puissance maritime prépondérante. Si la belle Isle de St. Domingue peut être rendue à l’ordre et à la prospérité, telle est sa grandeur, et l’étendue de son marché intérieur, qu’elle n’aurait guère plus à souffrir d’une guerre maritime, que n’en souffrait la Bretagne: une Colonie continentale, si la France vient à en posséder une de florissante, en souffrirait moins encore: les neutres viendraient au secours de l’une et de l’autre, et pourvu que des lois absurdes ne poussassent pas forcément les Colons vers l’indépendance, en ne leur laissant pour subsister d’autre ressource que la violation et le renversement du régime exclusif, ils resteraient tout aussi fidèles à leur métropole, que les habitants des Provinces les plus rapprochées du centre de l’autorité.

[Translation]

   De Pradt incessantly repeats that without the exclusive regime there is no colony. In fact, there is no colony in the mercantile system but may well be provinces. The more means a colony would find to support itself for itself, the more capable it would be of becoming a province. Treated on equal terms to the other parts of the state, and no longer believing itself sacrificed in the interest of its fellow-countrymen, the colony would have means to prove its loyalty to the home country, and to be attached to it, in spite of a preponderant maritime power. If the beautiful island of Santo Domingo can be restored to order and prosperity, such are its grandeur and the extent of its interior market that it might no more have to suffer from a maritime war than Britain. If France came to possess a flourishing continental colony, the colony would suffer much less from war; neutral countries would come to the aid of both of them. If absurd laws did not forcefully press the colonies towards independence by leaving them no other resource for living on than violation and overthrow of the exclusive regime, the colonies would remain exactly as loyal to their home country, as the habitants of the provinces which are the nearest to the centre of the authority.

Sunday, 31 October 2010

Book 3, chapter 7, paragraph 19

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 346-348]

   Sans doute lors de leur fondation, les Colonies furent destinées comme des fermes, à produire et consommer; c’est le but général de la société humaine. Il serait fort heureux qu’elle pût en tous lieux ne suivre que celui-là, c’est-à-dire s’élever par le travail à l’aisance, aussi bien qu’au développement des facultés intellectuelles que cette aisance occasionne d’ordinaire. Si toutes les nations convenaient entr’elles comme le voudrait de Pradt, de ne jamais détourner les Colonies de ce but, il n’est pas douteux que notre Europe ne profitât indirectement de leur bonheur: mais c’est aussi attendre trop de philosophie et de renoncement à soi-même, tant de la part de nos Gouvernements, que de celle de nos concitoyens, que de leur demander de faire une Utopie pour les antres, et de se placer en dehors. Il est dans la nature des choses que les hommes dans les Colonies tout comme ailleurs, forment des nations, ou des parties de nations, qu’ils soient appelés par l’inconséquence des Gouvernements et par les vices attachés à toutes les humaines, à des dissensions intestines, à des guerres extérieures, enfin à toutes ces causes de désordre, qui engagent en tous lieux les hommes à détruire d’une main les richesses qu’ils accumulent de l’autre, à faire périr une population, que leurs penchants les appellent à multiplier.

[Translation]

   No doubt, at the earliest time of the colonies, they were intended, like farms, for production and consumption. This is the general aim of the human society. It would be impeccably desirable that it can everywhere pursue this aim alone, that is to say, more comfort by means of labour, and higher intellectual faculties that generally follow that comfort. If all the nations consented, as de Pradt would like, not to divert the colonies from this aim, there is no doubt that our Europe would benefit at second hand from their well-being. But we might as well expect thus much of philosophy and self-effacement from both our government and our fellow-countrymen, as demand them to make a Utopia for the rest and to keep off it. According to the nature of things, men in the colonies as well as everywhere else form nations or parts of nations, and may be called on, due to the aimlessness of the governments and to the vice attached to all human things, for civil disturbances, foreign wars, and, finally, all those causes of disorder which everywhere lead men to destroy the wealth on the one hand which they accumulate on the other hand, and to diminish a population which their propensity calls on them to multiply.

Saturday, 30 October 2010

Book 3, chapter 7, paragraph 18

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 346]

   Quoique les principes que nous venons d’exposer soient conformes à bien des égards à ceux qu’a développé M. de Pradt dans ses trois âges des Colonies; quoique nous ne regardions pas leur émancipation comme un malheur, parce que nous ne regardons pas non plus l’étendue de l’Empire, ni même la supériorité de sa puissance militaire, comme un bonheur; nous ne croyons point comme lui que leur séparation soit nécessaire, nous pensons même que tout bon Gouvernement peut l’éloigner indéfiniment, en ne les considérant plus comme des fermes destinées à produire, mais comme des Provinces égalés en droit à toutes les antres, et dont les accroissements, la richesse et la population, ne doivent pas moins l’intéresser que ceux d’aucune autre partie de la nation.

[Translation]

   True, the principles that we have expounded may conform in many ways to those developed by Mr de Pradt in his Trois Âges des Colonies. In fact, we may not regard their emancipation as undesirable, as we may not regard the enlargement of the Empire or the superiority of her military powers as desirable. Yet we do not believe with him that their separation is necessary; we think that any good government can put off that emancipation indefinitely, no longer considering the colonies as farms devoted to production, but provinces which are equal in right to all others, and whose growth, wealth and population must no less interest the government than those of any other part of the nation.