Thursday, 5 August 2010

Book 3, chapter 4, paragraph 04

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 255-256]

   Il eût été difficile d’empêcher les négociants ou les maîtres d’un métier d’arrêter entr’eux de semblables conventions; mais l’autorité souveraine ne pouvait sans aveuglement les confirmer (2). Elle autorisait par là, elle consolidait une double ligue formée contre la société entière, d’une part pour tenir dans la dépendance la classe des gens industrieux, de l’autre pour réduire les consommateurs sous le joug des négociants.

[Translation]

   It had been difficult to prevent master merchants or manufacturers from seceding from similar conventions among them, but the sovereign authority could not confirm them without indiscretion (2). That means that it authorised and consolidated a double line formed against the whole society, to put the class of industrious men in dependence on the one hand, and to force consumers to be under the control of merchants on the other hand.

Wednesday, 4 August 2010

Book 3, chapter 4, paragraph 03

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 252-255]

   Une fois maîtres d’ouvrir et de fermer la porte des professions lucratives, ils attachèrent les conditions les plus onéreuses à la condescendance qu’ils voulurent bien avoir encore d’enseigner leur métier; les jeunes gens reçus en apprentissage, non-seulement s’engagèrent à travailler pour eux sans rétribution, pendant un espace de temps toujours long, et toujours disproportionné à l’instruction qu’ils devaient recevoir, mais encore ils durent se soumettre à n’être que les domestiques de leurs égaux, se plier à une obéissance avilissante, et s’abaisser à des fonctions auxquelles les usages de la société ont attaché du ridicule ou du mépris. L’on sait que dans les villes d’Allemagne, les apprentis négociants doivent, un falot à la main, comme feraient les autres domestiques, aller chercher la femme de leur maître, à la porter des assemblées dont l’entrée leur est interdite. Une politique bien peu honorable a suggéré sans doute aux négociants allemands le projet d’avilir ainsi l’état par lequel ils ont tous dû passer. Ils ont voulu par là s’assurer d’écarter de leur profession, ceux que leur naissance et leur éducation rendraient plus délicats sur le rang qu’ils consentiraient d’occuper, parce que c’était ceux-là même, qui, possédant ordinairement le plus de capitaux, pouvaient leur faire la concurrence la plus dangereuse pour eux, et la plus utile pour le consommateur. Les négociants français n’ont point imité cette morgue allemande, ils n’ont pas poussé non plus la rapacité comme les Anglais, jusqu’à demander à l’apprenti, outre un service de sept ans, une compensation pécuniaire. La durée des apprentissages fixée par les statuts des six corps de marchands de Paris, était de trois ans pour les moins rigoureux, et de cinq pour les plus sévères, à la réserve du corps des orfèvres et joailliers qui exigeait un apprentissage de huit ans (1). Ces apprentissages étaient presque toujours gratuits de part et d’autre. Les statuts étaient cependant conçus de manière à assurer le monopole des marchands, sans pourvoir le moins du monde à l’instruction des élèves; car d’une part il était interdit à un marchand de tenir plus d’un apprenti il la fois, et de l’autre il n’était point obligé à en avoir un; ceux qui craignaient d’introduire dans leur maison quelqu’un qui pût se mettre au fait de leurs affaires, ou qui aimaient mieux l’obéissance implicite d’un domestique , que celle toujours incertaine d’un jeune homme doué de fierté, pouvaient donc ensevelir toutes leurs connaissances dans le secret, sans qu’il fut permis à leurs confrères de suppléer à leur négligence, en formant un plus grand nombre d’élèves.

[Translation]

   Once masters opened and closed the door to lucrative businesses, they attached the most bothersome conditions to the condescension that they badly wanted from teaching their trade. Young men allowed to enter into apprenticeship were not only found to work for the masters with no pay, usually for too long a time to match with the instruction that they had to receive; they also continue to resign oneself to being no better than domestic servants of their equals, living in degrading obedience, and carrying out duties to which the social convention attached ridicule and scorn. It is generally known that in German cities, apprentices for retailers should, as their other domestic servants would, go looking for the wife of their master with a lantern in hand, to the door of assemblies that they are forbidden from enter. Certainly, dishonourable calculation inclined German master retailers to degrade in this way the state through which they must all have gone. They hoped that this would certainly keep from their trade those whom birth and education would make more delicate in the ring that they would consent to occupy, because that these men, usually with the most capital, were able to be in the competition which is the most dangerous to the masters and the most useful to consumers. French retailers have not imitated this German arrogance, nor have they pursued greed so far as to demand apprentices a pecuniary compensation, besides seven years of service, like English counterparts. The duration of apprenticeship, specified by statutes of the six associations of merchants in Paris, was three years for the least rigorous, and five years for the most severe, except the associations of goldsmiths and jewellers which asked for eight years of apprenticeship (1). These species of apprenticeship were almost always without reward on both sides. The statutes were, however, intended to assure merchants of monopoly, without providing instruction for students in the least. That is because a merchant was prohibited from maintaining more than one apprentice at the same time on the one hand, and because he was not obliged to have one apprentice on the other hand. Those who feared introduction into their house of some one who was well informed of their affairs, and who liked the implicit obedience of a domestic servant, better than the uncertain obedience of a young man talented with pride, could, therefore, hold back all their knowledge, without allowing their colleagues to train a large number of students and to supply their negligence.

Tuesday, 3 August 2010

Book 3, chapter 4, paragraph 02

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 251-252]

   Dans chaque métier, les statuts d’apprentissage ont été faits originairement par ceux qui étaient déjà reçus maîtres; il n’est point étrange que ceux-ci cherchassent à écarter de nouveaux venus, qui pouvaient leur faire concurrence, et diminuer leurs profits en les partageant: aussi tous les métiers ont-ils cherché à rendre difficile l’entrée de leurs corps. Ils ont fait choix pour cela de deux expédients, celui d’empêcher tout homme d’exercer leur profession, s’il n’avait pas dûment accompli toutes les conditions qu’il leur plairait de lui prescrire, et celui de rendre ces conditions aussi dures et aussi pénibles qu’ils le pourraient. Comme il n’y a point d’école pour les arts mécaniques, ni pour le commerce, ces maîtres se trouvaient déjà avoir le pouvoir de repousser tous ceux qui pourraient par la suite rivaliser avec eux, en leur refusant l’instruction qu’eux seuls étaient en état de leur donner. Cependant, comme d’une part les gens à talent, pouvaient par la seule force de leur esprit, et leur constante application, suppléer à l’instruction qu’on leur refusait; et comme de l’autre, l’intérêt d’éloigner des concurrents n’était pour les marchands qu’un intérêt de corps, qui chez chacun d’eux pouvait être étouffé par l’intérêt particulier; ils jugèrent à propos de se lier par des règles communes, de les faire sanctionner par l’autorité souveraine, et d’exclure au moyen de cette même autorité, de toute participation aux métiers qu’ils exerçaient, ceux qui pourraient leur faire concurrence par leurs seuls talents naturels.

[Translation]

   In every trade, the statutes of apprenticeship were originally erected by those already recognised as masters. It is not absurd that they seek to oust new comers who might compete with them and might fetch their profits down by taking a part from them. Thus, in all trades they sought to make it difficult for any other person to entry into their trade associations. For this purpose, they chose from two expedients, one of which was to forbid every man from engaging in their business if he did not properly meet all conditions arbitrarily imposed upon him, and the other of which was to make the conditions as tough and bothersome as they could. Since there is no school for these technical arts or commerce, it transpired that these masters were already entitled to reject those who could soon be their rivals, by denying them the instruction that the masters are alone able to give them. However, talented men were able to supply their lack of instruction with all their own intellect and constant application, on the one hand, and it was only in the interest of their association for the merchants to escape competition, with the result that the association might be broken up due to their different individual interests, on the other hand. Therefore, the masters felt more like being under general regulations, having the regulations sanctioned by the sovereign authority, and wishing this authority to exclude every one who could compete with them with all his own natural talents, from any participation in the trades in which they were engaged.

Monday, 2 August 2010

Book 3, chapter 4, paragraph 01

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 250-251]

Je n’ai point entrepris de traiter de toutes les parties de l’économie politique; mes forces ne suffiraient point pour parcourir une aussi vaste carrière. On pourrait par exemple, faire beaucoup de recherches non moins importantes que curieuses, sur les moyens de communiquer de l’instruction aux classes industrieuses de la société, et de les mettre en état d’exercer leurs professions avec une plus grande intelligence, et un plus grand succès; mais il faudrait pour s’y livrer, réunir une masse d’observations et de connaissances qui me sont étrangères. En traitant des apprentissages, je n’ai donc dessein d’examiner autre chose, que le monopole que sous ce prétexte les statuts mercantiles accordaient, soit aux marchands, soit aux maîtres ouvriers; monopole détruit par la révolution, et que plusieurs marchands désireraient que les lois renouvelassent.

[Translation]

I have not attempted to deal with all parts of political economy; I would not be able enough to cover such a vast area. You could, for instance, do much research not only curious but also important, concerning how to give instruction to the industrious class of society, and to enable them to do their business with more intelligence and more success. But, in order to devote yourself to that research, you would need to be successful in many observations and acquaintances which are unfamiliar to me. In dealing with apprenticeship, therefore, I only aim to examine the monopoly which was accorded on this pretext by mercantile laws to master merchants or manufacturers. This monopoly was destroyed by the revolution, and is expected to be restored through laws by several merchants.

Sunday, 1 August 2010

Book 3, chapter 3, footnote 09

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 242]

(9) Pour développer les moyens d’assurer la perception des droits conservés, et de mettre obstacle à la contrebande, il faut des connaissances pratiques d’administration auxquelles je suis loin de prétendre. On peut trouver des idées lumineuses à cet égard dans les Recherches sur l’impôt du tabac, par Fabre de l’Aude, membre du Tribunat. Ses deux propositions, de réunir sous une seule régie la surveillance et la perception de toutes les contributions indirectes, et d’exiger des acquits-à-caution pour la circulation des marchandises taxées, méritent de fixer toute l’attention du Législateur.

[Translation]

(9) In order to develop the means by which to ensure the collection of remaining taxes, and to prevent smuggling, it is necessary to have practical knowledge of administration, from which I am far. You can find some enlightening ideas in this respect in the Recherches sur l’impôt du tabac, by Fabre from Aude, a member of the tribunate. His two proposals to put the surveillance and collection of all indirect taxes into the hand of a single ministry, and to demand bond notes for circulation of taxed commodities, are worth all attention of the legislator.

Saturday, 31 July 2010

Book 3, chapter 3, footnote 08

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 239-240]

(8) L’impôt de l’excise que les Anglais ont imité des Hollandais, fut établi en 1643, sur les baissons seulement, par le Parlement Républicain. Depuis, il a été étendu à une foule d’objets consommés dans l’intérieur de l’Etat; non sans exciter cependant de fréquentes réclamations contre le droit de visiter à toute heure les magasins des marchands d’objets taxés, qui est attribué aux officiers de l’excise; et contre la procédure sommaire et arbitraire par-devant deux Juges de paix, au moyen de laquelle les fraudes sont punies. Blackstone. Comment. on the laws of Engl. B. I. Ch. VIII, p. 318, and Book IV. Ch. XX. p. 281.

[Translation]

(8) The tax of excise, which was introduced to England from the Netherlands, was established in 1643, only on drinks, by the Republican Parliament. Ever since, it has been extended to a host of objects consumed within the state. As a consequence, there have been frequent complaints against the tax which incessantly falls upon the stores of merchants dealing with taxed objects, and which is attributed to the officers of excise. Moreover, there have been frequent ones against the formal and arbitrary procedure before two justices of peace, by means of which frauds are punished (Blackstone, Commentaries on the Laws of England, book 1, chapter 3, p. 318, and book 4, chapter 20, p. 281).

Friday, 30 July 2010

Book 3, chapter 3, footnote 07

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 238-239]

(7) Des 51,500,000 fr. que percevait la Régie générale, la plus grande partie, mais non pas cependant la totalité, provenait des droits d’aides sur les boissons. Les seules Généralités assujetties à ces droits étaient les suivantes, Amiens, Bourges, Châlons, Lyon, Moulins, Orléans, Paris, Poitiers, Rouen, Caen, Alençon, Soissons, Tours, et la moitié de celle de la Rochelle. Leur population réunie s’élevait à 10,166,660 habitants, et l’étendue de leur territoire à 10620 lieues quartées; c’est donc environ le tiers de la France actuelle. Il est vrai que dans plusieurs généralités d’ailleurs affranchies, la Régie avait conservé les droits de courtiers, jaugeurs, et inspecteurs aux boissons, dont le produit n’était pas considérable. Dans d’autres, telle que celles de Lille et de Rennes, des droits analogues étaient perçus pour le compte de la Province, et ne sont pas portés ici en compte. Neck. Adm. des Fin. T. I. Chap. XI. On peut conclure de cette comparaison, que si la totalité de la France devoir payer sur les boissons un impôt égal â celui que payaient les Généralités soumises aux Aides, cet impôt rendrait au moins 120 millions par an.

[Translation]

(7) Of 51,500,000 francs which was raised with direct tax collection, the largest part, though not all, derived from the customs upon drinks. Only the following areas was subjected to this tax: Amiens, Bourges, Chalôns, Lyon, Moulins, Orléans, Paris, Poitiers, Rouen, Caen, Alençon, Soissons, Tours, and a half of La Rochelle. Their population, added up, amounted to 10,166,650 habitants, and the area of their territories amounted to 10,620 leagues square. In short, this is about one third of the present France. It is true that in several areas free from this tax, other taxes had been collected directly from brokers, measurers, and inspectors of drinks, whose product was not large. In other areas such as Lille and Rennes, similar taxes were collected for account of the province, and were not paid into the account of them (Necker, administration des finances. vol. 1, chapter 11). It can be concluded from this comparison that, if the all areas of France had to pay a similar tax upon drinks to that paid by the areas subjected to the customs, this tax would raise, at least, 120 million per year.