Wednesday, 10 March 2010

Book 3, chapter 1, paragraph 09

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 150-152]

   Cette tendance des capitaux à rechercher les plus grands profits, assure au consommateur, non-seulement que les arts qui lui sont le plus éminemment nécessaires, mais encore que tous les autres, seront exercés avec une activité proportionnée aux capitaux nationaux et à ses besoins. En effet, le plus important de tous est celui qui procure à l’homme sa nourriture; et si tous les capitaux d’une nation ne suffisaient que tout juste à produire ce qui lui est nécessaire pour la nourrir; comme ce besoin est le plus impérieux de tous, l’art qui lui correspond deviendrait si fort le plus profitable, qu’il attirerait à soi sans exception tous les capitaux nationaux; mais dès que ces capitaux peuvent suffire à procure au Peuple quelque chose au delà de sa nourriture, d’autres besoins se font entendre; l’art du laboureur est saturé de capitaux, les autres ne le sont pas; ce sont donc les autres qui offrent de plus grands profits, et chacun d’eux réclame une portion du capital national proportionnée à son indépendance. Jusqu’à ce qu’il l’ait obtenue, il offre des profits plus considérables que les arts qui le rivalisent, et enchérit sur eux.

[Translation]

   This tendency of capitals to seek the highest profits assures the consumer, that not only the arts which are the most eminently necessary to him, but also all the others, will be shown with the vigour which is in proportion to the national capitals and to his needs. In fact, the most important art of all is that which procures man his provisions; and if all of capitals of a nation were only just sufficient to produce what is necessary for her subsistence, since this need is the most imperious of all, the art corresponding to it would become by so far the most profitable that it would attract all the capitals to itself without exception. But no sooner can these capitals be sufficient to provide the nation above her subsistence than she comes to feel the needs for others. The art of the husbandman is full of capitals, and the others are not so. The latter, therefore, offer higher profits, and each of them claims for a portion of the national capital in proportion to its independence. Until it has obtained a due portion of capital, it offers higher profits, and is more expensive than the arts in competition with it.

Tuesday, 9 March 2010

Book 3, chapter 1, paragraph 08

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 150]

   Plus les besoins des consommateurs sont pressants, plus ainsi que nous l’avons vu, ils augmentent le prix relatif qu’ils consentent à payer; aussi la branche de commerce qui est la plus utile à la nation, si elle n’est pas suffisamment fournie de capitaux, offre-t-elle des profits plus considérables qu’aucune autre; car la plus utile est toujours celle où les besoins des consommateurs sont les plus impérieux, et où par conséquent le prix relatif peut s’élever davantage. Mais pourvu que le passage des capitaux d’un commerce à un autre soit libre, et que rien n’arrête l’industrie dé ceux qui les possèdent et veulent les employer, comme chaque capitaliste cherche toujours pour soi les profits les plus grands, l’industrie qui donnerait les plus grands de tous si on la privait de capitaux, sera toujours la première servie. La liberté du commerce assure donc au consommateur que les arts dont il a besoin seront ceux qu’on exercera avec le plus d’activité.

[Translation]

   The more urgent the needs of consumers are, as we have seen, the higher relative price they consent to pay for them. Thus, the branch of trade which is the most useful to the nation, if it is not sufficiently provided with capitals, offers higher profits than any other. This is because the most useful is always the branch of trade where the needs of consumers are the most imperious and where, as a consequence, the relative price can be higher. But, provided that the transfer of capitals from one branch of trade to another is free, and that nothing bring to a halt the industry of those who possess them and like to employ them, since every capitalist always seeks the highest profits for himself, the industry which would give the highest profits of all for lack of capitals will always be provided with capital in the first place. The freedom of trade, therefore, assures the consumer that the arts that he needs will be shown with the most vigour.

Monday, 8 March 2010

Book 3, chapter 1, paragraph 07

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 149-150]

   Cet intérêt exige impérieusement que la passage des capitaux d’une industrie à une autre soit le plus libre qu’il est possible, et que rien n’obstrue leur circulation.

[Translation]

   This interest imperiously demands that the transfer of capitals from one branch of industry to another should be the freest possible, and that nothing should obstruct their circulation.

Sunday, 7 March 2010

Book 3, chapter 1, paragraph 06

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 149]

   La science de l’économie politique est si difficile, elle est encore aujourd’hui si peu répandue, tandis toutes les autres ont fait des progrès rapides, qu’il ne faut pas s’étonner si au milieu des ténèbres du moyen âge elle était absolument ignorée; mais le jour viendra bientôt sans doute, où la France profitera du progrès des lumières, et se rappellera en réformant sa législation commerciale, que l’intérêt du consommateur est toujours le premier intérêt de la nation.

[Translation]

   The science of political economy is so difficult and so unknown still today, while all the others have made rapid progress, that it should not be surprising that, in the middle of the darkness of the middle age, it was completely ignored. But the time will come soon without doubt when France will benefit from the progress of the insights, and will be reminded, in reforming her commercial legislation, that the interest of the consumer is always the premier interest of the nation.

Saturday, 6 March 2010

Book 3, chapter 1, paragraph 05

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 146-149]

   Lorsque le commerce commenta à renaître en Europe, vers le treizième siècle, ses premiers succès excitèrent la jalousie des grands Feudataires, et de tous les gentilshommes, qui semblaient voir dans l’opulence de quelques hommes nouveaux, les premiers germes de la puissance qui devait les renverser un jour. Les Grands, conjurés contre les négociants qu’ils méprisaient et qu’ils enviaient, veillaient les occasions de les dépouiller, mais les coups qu’ils croyaient leur porter, retombaient tous sur eux-mêmes: ils multiplaient les exactions, redoublaient les péages sur les marchandises qui traversaient leurs terres, et ne s’apercevaient pas qu’eux ou leurs sujets payaient ensuite comme consommateurs, toutes les sommes qu’ils avaient levées sur le commerce. Cependant l’anarchie allant toujours en croissant, les marchands s’étaient tous retirés dans les villes, seul endroit où ils fussent à l’abri de vexations plus directes de la part des Seigneurs. Lorsque le lien de la société est presque dissous, c’est par des associations partielles que les citoyens suppléent à l’énergie défaillante de l’association générale. J’ai développé dans un autre ouvrage(1), l’histoire de ces associations des villes commerçantes. C’est en elles qu’il faut chercher l’origine commune de la Souveraineté des cités, et de l’importance politique des corps de métiers. Ceux-ci nommèrent des Consuls et souvent des Juges, donnèrent force de loi à leurs délibérations, s’affilièrent les artisans qui dépendaient d’eux, et formèrent enfin des compagnies de milices, obligées de marcher sous l’étendard du métier dominant. Avec une organisation si complète, dans un siècle où le Souverain perdait chaque jour de ses forces, ils virent bientôt croître les leurs. On verra dans l’ouvrage déjà cité, quel rôle les corps de métiers jouèrent dans les Républiques de l’Italie: quant aux villes de la France et de l’Angleterre, comme elles ne parvinrent jamais à l’indépendance, les corps d’arts et métiers ne purent y posséder que la partie de la Souveraineté qu’elles s’étaient arrogées; du moins, ils l’obtinrent sans partage. Dans un temps où les marchands donnaient des lois à leur patrie, il ne faut pas s’étonner qu’ils dictassent seuls celles du commerce. Presque tous les usages et les règlements municipaux du négoce, datent de cette époque, où les villes à peu près indépendantes étaient gouvernées par des commerçants. Lorsque le pouvoir Législatif passa des mains des bourgeois à celles des Parlements et à celles des Rois, ces derniers crurent ne pouvoir rien faire de plus sage, que de confirmer ce que des gens du métier avaient décidé sur leurs propres affaires, qu’ils paraissaient entendre seuls; et lorsqu’ils jugèrent à propos de faire à ces lois quelques corrections, ils se firent un devoir de consulter ces mêmes négociants, sur celles qu’ils crûrent convenables. C’est ainsi que dans cette lutte qui doit subsister sans cesse entre le consommateur et son pourvoyeur; le Gouvernement, loin de chercher à tenir la balance égale, s’est rangé constamment du côté du dernier, et l’a favorisé de toutes ses forces. En sorte que si le monopole ne pèse pas plus rudement encore sur tous les besoins de la nation, ce n’est point à la protection du Législateur qu’elle en doit rendre grâce, mais à la modération des négociants, qui n’ont pas demandé tout ce qu’ils auraient pu obtenir.

[Translation]

   When commerce began to revive in Europe around the thirteenth century, its earliest success excited jealousy of great feudal lords and all gentlemen, who seemed to see the opulence of some new men as the first omen of the power which would surely overthrow them some day. The great feudal lords, conspiring with one another against the merchants they despised and envied, watched for opportunities to denude them, but the blows which they believed would strike at the merchants fell upon them themselves. They multiplied tax-collections, reinforced tolls upon commodities passing across their estates, and did not notice that they or their subjects would later paid, as consumers, all of what they had levied upon commerce. However, as anarchy was constantly spreading out, all merchants had retired into towns, the only places where they were free from more direct tyrannies from the side of lords. In the case where the bond of society is almost dissolved, it is by some partial associations that citizens supplement the weakened energy of general association. I have in another work expounded(1) the history of these associations of commercial towns. It is in these associations that we must try to find the common origin of the sovereignty of towns and of the political importance of corpses of artisans. These nomi¬nated some consuls and often some judges, gave legal effect to their deliberations, affiliated the artisans who depended upon them, and, finally, formed companies of militias, obliged to march under the flag of dominant trades. With such a complete organisation, in a century when the monarch was less and less powerful, the corpses were soon more and more powerful. You will in the already cited work see what role the corpses played in the Republics of Italy. As for the towns of France and England, since they did not achieve independence, corpses of artisans and craftsmen could only possess that part of sovereignty which the towns had acquired, though the corpses obtained it as a whole. In a period when merchants gave laws to their fellow-countrymen, it must not be surprising that they should be the only ones to dictate laws of commerce. Almost all municipal uses and regulations of commerce date from that age when merchants governed almost independent towns. When the legislative power passed from the hands of bourgeois to those of parliaments and kings, the latter believed that there could be nothing wiser than to affirm that which men of trade had decided as to their own business, which they alone seemed to understand. Moreover, when they judged it proper to make amendments to these laws, they thought themselves obliged to consult these same merchants, as to what they believed proper. Thus, in that process of haggling which should continue incessantly between the consumer and his supplier, the government, far from trying to keep the balance equal, has constantly stood on the side of the supplier, and has favoured him by all means. As a consequence, if the monopoly has not yet fallen harshly upon the needs of the nation, it is not to the protection of the legislator that she should be grateful for that, but it is to the moderation of the merchants, who have not demanded all that they could have obtained.

Friday, 5 March 2010

Book 3, chapter 1, paragraph 04

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 145-146]

   Presque toute la législation actuelle du commerce n’est autre chose que la création de différents monopoles: presque tous sont le résultat des demandes des marchands: on n’en est pas encore venu à comprendre que lorsqu’il s’agit ou de les maintenir, ou d’en établir de nouveaux, c’est l’avis des consommateurs qu’il faut demander, bien plutôt que celui des négociants, et qu’avant de porter une loi inégale, on doit, si l’on veut être juste, songe à obtenir l’assentiment de ceux qui y perdent, et non pas celui de ceux qui y gagnent.

[Translation]

   Almost every act of the present legislation of commerce is only creation of one or another monopoly; almost every monopoly is a result of demands from merchants. There is no general recognition yet that, when it comes to maintenance of them or establishment of new ones, it is mandatory to consult the opinion of consumers, rather than that of merchants, and that, before establishing an unequal law, we should, if we wants to be just, ask consent from those who lose due to it, not that of those who gain.

Thursday, 4 March 2010

Book 3, chapter 1, paragraph 03

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 144-145]

   Mais l’on ne doit point s’attendre que les commerçants répondent toujours d’une manière si noble et si désintéressée; quoique l’intérêt d’une nation commerçante veuille bien qu’on les laisse libres, l’intérêt particulier de chacun d’eux demanderait souvent que l’on chargeât d’entraves, tant ceux qui peuvent leur faire concurrence, que ceux avec qui ils ont à traiter. Le monopole, qui est la ruine d’une nation, est une source d’opulence pour celui à qui on l’accorde. Demander à un monopoleur s’il convient d’augmenter ses privilèges, ce serait demander à un traitant s’il juge à propos d’augmenter les bénéfices de la ferme. Il ne faut pas attendre de l’homme qu’il préfère toujours les intérêts du public aux siens propres; et quand il serait assez honnête pour vouloir constamment le faire, pour peu que la question qu’on lui proposerait, pût admettre de doute, il serait difficile que son jugement ne fût pas aveuglé par la contrariété de ces deux intérêts.

[Translation]

   But we must not expect that merchants always made such a noble and disinterested answer. Although the interest of a commercial nation required them to be left free, the particular interest of each of them would often demand that restrictions should be put upon those who can be in competition with them as well as those with whom they have to haggle. Monopoly, which is the ruin of a nation, is a source of opulence for those to whom it is accorded. You might as well ask a monopolist whether it is proper to multiply his privileges as ask a tax-collector whether he thinks it proper to raise margins of tax-collection. You must not expect that he always prefer the public interests to his own interests, and, if he were to be honest enough to want constantly to do so in the face of such a question as can admit of little doubt, it would be difficult for his judgement not to be distracted by the conflict between these two interests.