Sunday, 7 February 2010

Book 2, chapter 9, paragraph 02

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 120-121]

    On a vu à une époque d’horreurs et de violences, qui n’a pas sa pareille dans les fastes de la tyrannie, un Gouvernement fixer le prix de toutes les choses qui pouvaient être un objet de commerce entre les hommes, et substituer partout la force, à la plus libre de toutes les transactions, la circulation de la richesse mobilière. L’établissement du maximum est un des événements les plus dignes de remarque de la révolution; sans cette épreuve extraordinaire, on n’aurait jamais pu croire qu’on pût rencontrer tant de démence dans un Gouvernement, ni tant de soumission chez un grand Peuple: on n’aurait on croire non plus que la société humaine fût liée et maintenue par un principe de vie assez actif, pour qu’un régime si extravagant ne la détruisît pas. En voyant substituer une force étrangère aux lois de la nature, il me semble voir un opérateur substituer une pompe foulante à l’action du cœur, pour forcer la circulation dans les artères et les veines d’un corps vivant.

[Translation]

   We have seen that at a time of horror and violence, which has no counterpart in making a display of tyranny, a government fixed the price of all things which could be objects of commerce among men, and replaced the greatest freedom in circulation of the movable wealth by enforcement everywhere. The establishment of the Law of the Maximum is one of the most noteworthy events in the revolution. Without this extraordinary hardship, no one could have come to believe that he can see so much insanity of a government, or so much subjection of a great nation; no one could have come to believe, either, that the human society is organised and maintained according to a principle which is so robust that that eccentric regime could not destroy it. Seeing the laws of nature replaced by an external force seems to me to be like seeing an operator replace the organ of heart by a compressing pomp, to force the circulation in the arteries and veins of a living body.

Saturday, 6 February 2010

Book 2, chapter 9, paragraph 01

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 120]

   Il serait sans doute superflu de répéter que le prix relatif d’une marchandise, lorsque le commerce est libre, étant fondé sur le plus bas de tous les prix intrinsèques, on ne pourrait forcer le vendeur à donner sa marchandise au-dessous, sans occasionner une perte, qui serait supportée, ou par le revenu, ou par le capital des classes productives de la nation; perte qui arrêterait bientôt la production; il ne nous reste donc qu’à examiner les différentes manières dont le Législateur a pu forcer cette réduction des prix, et à calculer l’étendue des pertes occasionnées par ces lois désastreuses.

[Translation]

   It would, no doubt, be redundant to repeat that, with trade left free, if the relative price of a commodity were founded upon the lowest of all intrinsic prices, no one could force the seller to relinquish his commodity below it without causing such a loss as is sustained with the revenue or capital of productive classes of the nation—a loss which would soon bring production to a halt. Therefore, we have yet to examine different ways in which the legislator has managed to force this reduction on prices, and to calculate the extent of the losses resulting from these disastrous laws.

Friday, 5 February 2010

Book 2, chapter 8, paragraph 12

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 118-119]

   De plus lorsque le monopole n’occasionnerait d’autre mal que celui de prendre aux uns pour donner aux autres, il ferait toujours une chose fort injuste et fort impolitique: fort injuste, car les loix protectrices de la propriété doivent être égales pour tous; une acception de personnes est plus odieuse dans celles-là que dans aucune antre; fort impolitique, en ce qu’on ne peut favoriser de grands profits, sans occasionner une grande dissipation, sans créer à côté de la richesse née d’un jour, le luxe qui la dévore en peu d’heures, et sans induire les favoris de cette loi inégale, à faire du revenu qu’on leur donne, un usage moins profitable que n’en auraient fait ceux à qui on l’a arraché.

[Translation]

   Moreover, even if the monopoly caused no other evil than to take some thing from some people to give it to others, it would always be extraordinarily unjust and impolitic; it is unjust, because the laws protecting the property should be equal for every one, and there is nothing more horrible than for them to have a favouritism for some one; it is impolitic, in that no one can promote large profits without causing extravagance, without leading the new rich to the luxury which eats their wealth in a short time, and without inducing those protected by this unequal law to use the revenue given to them in a less profitable way than those who has been deprived of it would have.

Thursday, 4 February 2010

Book 2, chapter 8, paragraph 11

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 117-118]

   L’on pourrait dire en faveur de quelques monopoles, qu’ils ne causent pas à la nation deux pertes pour un profit, si avant leur établissement le prix intrinsèque des marchandises ne surpassait pas leur prix relatif, et si par conséquent ce prix intrinsèque étant le plus bas que le consommateur pût obtenir, quelque liberté qu’on eût laissée à ses approvisionnements, il ne lui occasionnait point de dommage. Le monopole ne causerait alors au consommateur d’autre perte que celle du surplus de profit que ferait le monopoliste, en sorte que pour la nation il y aurait compensation entre l’avantage du vendeur et le désavantage de l’acheteur: mais premièrement il est douteux qu’il ait jamais existé de monopole qui appartînt à cette classe. En effet toutes les fois que les marchands ont demandé au Législateur d’en établir un, ils se sont fondés sur ce que sans ce secours la branche particulière de commerce pour laquelle ils le sollicitaient, ne pourrait se soutenir, c’est à-dire, ne ferait point un profit égal à celui de toute autre branche; ou encore, sur ce que le consommateur trouverait à se pourvoir ailleurs, à un prix moins élevé que leur prix intrinsèque des choses qu’ils voulaient lui fournir.

[Translation]

   You could say in favour of some monopolies that they do not cause two losses for one profit to the nation, if the intrinsic price of commodities exceeded their relative price before their establishment, and if, as a consequence, this intrinsic price being the lowest that the consumer can obtain, no matter how free he might be left to choose his provisions, it did not do him harm. Then, the monopoly would cause no other loss to the consumer than that of the surplus of the profit gained by the monopolist, so that for the nation there would be compensation between the advantage of sellers and the disadvantage of buyers. But, first of all, it is doubtful whether there has ever existed such monopoly as comes under this description. In fact, whenever merchants asked the legislator to establish a monopoly, they were founded upon the thought that, without this aid, the particular branch of commerce for which they solicited him could be sustained, or, that is to say, would not gain a profit equal to that of any other branch; or again, upon the thought that the consumer would find his necessaries elsewhere at a lower price than their intrinsic price of those which they wanted to provide for him.

Wednesday, 3 February 2010

Book 2, chapter 8, paragraph 10

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 116-117]

   Je ne sais comment quelques personnes ont pu croire que le monopole du vendeur n’élevait pas les prix, ou qu’après les avoir élevés pendant quelque temps, il tendait à les rabaisser par la suite. C’est le métier du négociant de vendre aussi cher qu’il peut; lorsqu’on lui donne tout pouvoir pour cela, il faudrait qu’il eût une générosité bien extraordinaire, s’il n’en faisait pas usage. Au moment où ses forces augmentent, il faudrait qu’il fût autre qu’un homme pour diminuer ses prétentions; aussi toutes les fois qu’il a existé un monopole, a-t-on vu ceux en faveur de qui il était établi, solliciter toute la rigueur des lois contre ceux qui violaient leurs privilèges, ou qui cédaient leurs marchandises au plus bas prix intrinsèque possible, au prix qui seul donne un profit au négociant sans causer de perte à personne. Les monopolistes avaient donc élevé le leur au-dessus de ce prix seul légitime, autrement ils n’auraient rien eu à redouter de la concurrence de ceux qui trafiquaient en contravention de leurs privilèges.

[Translation]

   I do not know how some people have enabled themselves to believe that the monopoly on the side of seller does not raise prices, or that, after having raised prices for some time, it tends to lower them soon. It is the business of the merchant to sell as dear as he can. If he were given all powers to do so but did not make use of them, he would certainly be extraordinarily generous. There would be no such man as diminishes his demands the moment his powers increase. Thus, wherever there has existed a monopoly, those in favour of whom it was established have been seen asking for utter rigour of the laws against those who violated their privilege, or who yielded their commodities at the lowest intrinsic price possible, which is the price which alone gives a profit to the merchant without causing a loss to any one. Monopolists had, therefore, raised their price beyond this only legitimate price; otherwise, they would not have had to live in fear of the competition with those who trade in contravention of their privileges.

Tuesday, 2 February 2010

Book 2, chapter 8, paragraph 09

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 115-116]

   Les forces des vendeurs dans la lutte qui doit fixer le prix relatif sont en raison inverse de leur nombre et de leurs besoins. Les besoins des capitalistes, comme nous l’avons vu, ne sont jamais absolus, mais seulement relatifs; tout dépend donc de leur nombre; plus on diminue celui-ci et plus on augmente la force qu’ils peuvent opposer aux acheteurs: mais quoique nous ayons adopté de Canard l’expression purement mathématique de ces forces, leur augmentation morale est réellement plus rapide que la diminution des nombres. Si deux mille négociants disséminés sur un grand État se trouvent réduits à quinze cents, comme ils s’efforceront chacun pour soi de vendre aussi cher qu’ils pourront, ils tendront bien à profiter de cette augmentation de forces, mais ce ne sera qu’en tâtonnant, et d’une manière douteuse; tandis que si la loi les réunit et en forme des corporations, ils connaîtront immédiatement toutes leurs forces, et au lieu de lutter les uns contre les autres pour s’enlever mutuellement des pratiques, ils réuniront leurs efforts, pour les opposer en commun aux acheteurs; aussi toutes les fois qu’on facilite une combinaison entre les marchands, on arrache au consommateur sa dernière sauvegarde, et on le livre à la merci de ses adversaires.

[Translation]

   Powers of sellers in the course of haggling which should determine the relative price are in inverse relation to their number and their needs. The needs of capitalists, as we have seen, are never absolute but only relative. Therefore, everything depends upon their number; the smaller their number, the more power they can exert against purchasers. But, though we have adopted the purely mathematical expression of these powers from Canard, their moral increase is really more rapid than the diminution of numbers. If 2,000 merchants scattered all over a country are found reduced to 1,500, since they will try respectively to sell as dear as they can, they will tend largely to profit from this increase of powers, but by trials and errors and in a sceptical way. On the other hand, if the authority unites them and form corporations of them, they will immediately understand all their powers, and, instead of competing with one another for customers, they will unite their efforts to oppose them in cooperation to purchasers. Thus, whenever combination is promoted among merchants, the consumer is deprived of the last protection, and is left at the mercy of his adversaries.

Monday, 1 February 2010

Book 2, chapter 8, paragraph 08

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 113-115]

   La concurrence la plus libre est la base du prix relatif; toutes les fois que cette concurrence est gênée, il existe un principe de monopole. Si la loi éloigne seulement les marchands et les capitaux étrangers, elle donne aux marchands et aux capitaux nationaux un premier monopole contre les consommateurs, elle le fait par les règlements des douanes. Si elle rend l’entrée du commerce difficile pour ceux qui ne sont pas encore commerçants, en écartant la concurrence d’une partie des citoyens industrieux, elle donne à ceux qui exercent déjà cet état un plus grand empire sur la marché; c’est un second monopole qu’elle crée contre le consommateur, au moyen des statuts d’apprentissage. Si elle hérisse de nouvelles difficultés le passage d’un genre de négoce à un autre, elle donne à chaque branche du commerce national, un monopole non-seulement contre les consommateurs, mais aussi contre les commerçants des autres branches; c’est le troisième qu’elle crée par l’institution des jurandes et corps de métiers. Si elle réunit ce commerce en un seul corps ou une seule compagnie à qui elle accorde un droit exclusif pour l’exercer, elle crée par là un quatrième et dernier monopole intérieur, le plus puissant et le plus ruineux de tous. Elle peut enfin chercher à étendre le monopole national sur l’étranger, soit qu’elle fonde des colonies pour avoir des nations sujettes à ses lois, soit qu’elle cherche à lier ses rivales par des traités de commerce. Nous examinerons séparément dans le livre suivant ces divers monopoles; dans celui-ci nous devons nous borner à rendre compte de leur théorie générale, ainsi que de leur effet, soit immédiat sur les prix, soit médiat sur la richesse nationale.

[Translation]

   The freest competition is the base of the relative price. Whenever this competition is obstructed, there is a principle of monopoly at play. If the authority only expels foreign merchants and capitals, it gives the utmost monopoly against consumers to home merchants and capitals, and it does so by regulations of customs duties. If the authority makes it difficult for those who are not yet engaged in a branch of trade to enter there, keeping a part of industrious citizen from competition, it gives a larger control over the market to those who are already engaged in this trade. This is another monopoly which it creates against consumers by means of the statute of apprenticeship. If it obstructs the mobility from a sort of trade to another with new difficulties, it gives each branch of the national commerce a monopoly which is not only against consumers but also against those engaged in the other trades. This is the third monopoly that it creates by the council of guild leaders and trade unions. If it unites this trade in a sole body or a sole company to whom it accords an exclusive right to engage in it, it creates thereby the fourth and last monopoly at home, the most powerful and the most ruinous of all. Finally, the authority can be eager to extend the home monopoly abroad, whether it builds colonies in order to acquire nations subject to its laws, or tries to ally its rivals by commercial treaties. We shall examine these monopolies separately in the following book; in this book we should confine ourselves to accounting for their general theory, as well as their effect, be it direct upon the price or indirect upon the national wealth.