Sunday, 31 January 2010

Book 2, chapter 8, paragraph 07

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 113]

   Les divers moyens d’augmenter le profit mercantile se réduisent en dernière analyse à un seul, celui de rendre le marchand maître du prix relatif, ou de lui donner le monopole du marché. Lorsque le marchand est vendeur, il profite de ce monopole pour élever le prix relatif et vendre chèrement; lorsqu’il est acheteur, il en profite pour l’abaisser, et acheter bon marché. Dans le premier cas son profit est une perte pour le consommateur, dans le second il est une perte pour le producteur, soit propriétaire foncier, soit ouvrier.

[Translation]

   Various means to increase mercantile profits are reduced, after all, to one means: that is, by making the merchant free to decide the relative price or giving him a monopoly of the market. If the merchant is a seller, he takes advantage of this monopoly to raise the relative price and sell dear; if he is a purchaser, he does so to lower it and purchase cheap. In the former case, his profit is a loss for the consumer, and, in the latter case, it is a loss for the producer, be he a landlord or labourer.

Saturday, 30 January 2010

Book 2, chapter 8, paragraph 06

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 111-113]

   Les profits légitimés du commerce contribuent puissamment à enrichir une nation, puisqu’ils forment une des trois grandes sources de son revenu; ils ne forment cependant que l’une des trois, et de plus, ce n’est pas proportionnellement à son revenu qu’une nation s’enrichit, mais proportionnellement aux épargnes qu’elle fait sur lui. Tel homme avec vingt mille francs de rente ne s’enrichira point, s’il les dépense chaque année; tel autre dont le revenu est de moitié moindre, s’il met chaque année cinq mille francs en réserve, s’enrichira rapidement. Une nation fait de même des progrès plus ou moins accélérés vers l’opulence selon que son revenu se trouve placé entre les mains de gens plus ou moins disposés à l’économie: or la facilité à dépenser son biens est toujours proportionnée à la facilité qu’on a trouvée à le gagner; aussi, quoique les négociants, comme je l’ai remarqué dans un autre ouvrage, forment de toutes les classes de la société, celle qui économise le plus sur ses revenus, parce que c’est celle qui les regarde le plus comme incertains; d’autre part, ils économisent d’autant plus, leur vie est d’autant plus frugale, et leur maison d’autant plus modeste, que leurs profits sont moindres proportionnellement au capital qu’ils emploient. Lors donc que l’on augmente la proportion de ces profits, l’on corrompt la simplicité de ceux qui les font, l’on encourage leur dissipation, et l’on diminue l’espoir que la nation pouvait fonder sur l’accumulation de leurs richesses. C’est pour n’avoir point considéré le profit mercantile sous tous ses rapports, que la plupart des Gouvernements Européens en voulant l’accroître l’ont dénaturé, et n’en ont fait qu’une extorsion dirigée contre les consommateurs.

[Translation]

   Legitimate profits of commerce contribute largely to the wealth of a nation, because they form one of three great sources of her revenue. They form, however, only one of the three, and, moreover, a nation grows richer, not in proportion to her revenue, but to the savings she makes upon it. Such a man as has 20,000 francs of rent will not grow richer if he uses them up every year; such a man as has half as much revenue will grow richer rapidly if he makes a saving of 5,000 francs. In like manner, a nation makes more or less accelerated progress toward opulence according to more or less parsimony of the men under whose hand her revenue comes. And yet the ease with which she expends her wealth is always in proportion to the ease with which she gains it, even though merchants, as I have noted in another work, form that class who economise the most upon its revenue of all classes of society, because they regard their revenue as the most uncertain. On the other hand, they make all the more economy, their life is all the more frugal, and their house is all the more moderate if their profits are smaller in proportion to the capital employed by them. Therefore, a rise in the rate of these profits will destroy the frugality of those who gain them, encourage their extravagance, and diminish the hope the nation was able to found upon the accumulation of their wealth. Almost all the European governments have marred the mercantile profit, intending to increase it, and have only made a sort of extortion directed to consumers, because they have not considered the mercantile profit from every viewpoint.

Friday, 29 January 2010

Book 2, chapter 8, paragraph 05

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 110-111]

   Je crois avoir suffisamment éclairci dans le cours de cet ouvrage, la nature du profit mercantile, avoir fait voir qu’il est partie nécessaire du prix intrinsèque, et que lorsque celui-ci se trouve réduit à son taux le plus bas, ce profit existe sans occasionner de perte à personne, puisqu’il n’est alors autre chose qu’une participation à la mieux value, d’un travail productif, secouru par un capital, sur un travail productif qui n’est pas assisté par des capitaux. Je crois avoir démontré aussi que ce profit n’était légitime, qu’autant que le négociant pouvait le trouver en vendant sa marchandise au prix relatif, puisque celui-ci se réglait toujours sur le prix intrinsèque le plus avantageux au consommateur; enfin, j’ai fait voir que, toutes les fois que le vendeur au prix intrinsèque forçait l’augmentation du prix relatif, il y avait deux pertes dans la nation pour un bénéfice, savoir, la perte que faisait le marchand, du profit légitime qu’il aurait pu trouver dans tout autre commerce, perte égale au profit injuste qu’il faisait, et la perte que ce profit injuste causait au consommateur; en sorte qu’il serait réellement plus facile que les extorsions et les volereaus des maltôtiers, qui ne causent d’autre mal que celui dont ils profitent, enrichissent une nation, que de la voir enrichie par un commerce dont le désavantage est toujours double du profit.

[Translation]

   I believe that I have made the nature of mercantile profits sufficiently clear in the course of this work, that I have shown that mercantile profits are a necessary part of the intrinsic price, and that, when it is reduced to its lowest rate, these profits exist without causing any loss to any one, because then they are nothing but a share in additional prices by productive labour assisted by capital over unassisted productive labour. I believe that I have also demonstrated that these profits are legitimate only as long as the merchant can find them in selling his commodity at the relative price, because the relative price is always regulated upon the intrinsic price which is the most advantageous to the consumer. Finally, I believe that I have shown that, whenever the seller at the intrinsic price forces the rise of the relative price, there are two losses to the nation for one benefit: namely, the loss sustained by the merchant of legitimate profits he could have found in any other branch of commerce, a loss equal to the unjust profits he gains, and the loss caused by these unjust profits to the consumer, so that it might be really easier to see the nation enriched by extortions and deceits of tax collectors, which do not produce any other evil but that from which they profit, than to see it enriched by a commerce, whose disadvantage is always twice as much as its profits.

Thursday, 28 January 2010

Book 2, chapter 8, paragraph 04

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 109-110]

   Aucun travail, aucune industrie n’enrichit si promptement que le commerce, on lui voit en peu d’années, quelquefois en peu de mois, élever des fortunes colossales; d’où l’on a conclu que favoriser l’accroissement de ces fortunes colossales, c’était travailler à la prospérité de toute la nation: on ne pouvait pas tirer une conclusion plus hasardée; car enfin, il fallait avant tout, s’assurer si tout profit mercantile était une accession à la richesse nationale, ou si une grande partie de ce profit, ne faisait que passer d’une bourse dans une autre, sans que la nation y trouvât aucun avantage. On pouvait s’éclairer par des comparaisons: on avait vu les mignons d’une cour élever des fortunes tout aussi rapides sur la ruine de leurs prédécesseurs; l’on avait vu les maltôtiers arriver par un chemin tout aussi court à une opulence effrayante, fondée sur les larmes et le sang du Peuple; l’on avait vu enfin les joueurs acquérir plus promptement encore leurs richesses: et je ne crois pas qu’on ait jamais dit que les largesses d’une cour dissipatrice, les extorsions des financiers, et les fureurs du jeu, aient enrichi aucune nation. Il pouvait en être de même des négociants, si leurs profits étaient le résultat d’une perte égalé de la part des acheteurs.

[Translation]

   No other business or industry develops so promptly as commerce, and it is observed to accumulate huge fortunes in a few years or sometimes a few months. The conclusion was drawn from this that to promote the growth of these huge fortunes was to lead the whole nation to prosperity. No more uncertain conclusion could be reached, because it, after all, required the knowledge, above all, of whether every mercantile profit was an accession of the national wealth, or a large part of this profit only passed from one hand to another hand with no advantage there found to the nation. You could be enlightened by comparisons. Mistresses at Court were seen multiplying fortunes as rapidly upon the ruin of their predecessors; tax collectors were seen to reach tremendous opulence in as short a time, ultimately thanks to tears and bloods of the nation; finally, gamblers were seen acquiring their wealth more promptly. And yet I do not believe that it has ever been said that a nation owes its wealth to generosities of an extravagant court, extortions of tax collectors, or excitement of gambling. This could be true of merchants if their profit were a result of an equal loss on the side of purchasers.

Wednesday, 27 January 2010

Book 2, chapter 8, paragraph 03

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 108-109]

   Ce système dont l’exposition seule paraît démontrer l’absurdité, s’est élevé sur la confusion de toutes les idées d’économie politique, et surtout sur l’obscurité dont s’enveloppait le profit mercantile. Il s’agissait d’enrichir la nation, on a cherché quels étaient dans son sein les individus qui s’enrichissaient le plus vite, et l’on a supposé qu’une nation ferait des pas d’autant plus rapides vers la prospérité qu’elle compterai un plus grand nombre de ces nouveaux enrichis.

[Translation]

   This system, the exposition of which alone seems to demonstrate the absurdity, was build up on the confusion of all ideas of political economy and, in particular on the obscurity concerning the mercantile profit. When it comes to enriching a nation, people searched themselves for individuals who were rising in riches the most quickly, and supposed that a nation would make all the more rapid progress toward prosperity if she included a larger number of these new rich.

Tuesday, 26 January 2010

Book 2, chapter 8, paragraph 02

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 107-108]

   Comme le Gouvernement est plus souvent acheteur que vendeur, on aurait pu redouter, que l’ignorance des vrais intérêts nationaux ne lui fît confondre les siens avec ceux du commerce, et qu’il n’employât tous les moyens en son pouvoir, pour forcer la baisse des prix, et procurer dans les marchés tout l’avantage à l’acheteur; mais quoique l’on ait eu à reprocher à plusieurs Gouvernements, et pendant un temps à celui de la République, une semblable violence; cependant en général ils ont senti de bonne heure, que l’intérêt bien entendu de l’acheteur, n’était pas d’obtenir une marchandise au-dessous de sa valeur, puisqu’alors on cesserait de la produire; mais seulement de l’avoir au plus bas de tous les prix intrinsèques, en sorte que le consommateur et le vendeur gagnassent tous deux à traiter ensemble. C’était là qu’il fallait s’arrêter, mais par une bizarrerie qu’on a toujours peine à comprendre, presque tous les Gouvernements de l’Europe ont passé à l’autre extrême, et réuni tous leurs efforts pour élever les prix, et forcer les consommateurs à payer ce dont ils auraient besoin, au taux que les vendeurs y voudraient mettre; ce qu’il y a de vraiment étrange, c’est que c’est en la forçant à acheter tout chèrement, qu’on a voulu enrichir la nation.

[Translation]

   Since the government is more often a purchaser than a seller, you might have feared that the ignorance of the true national interests would make it confuse its own interests with those of commerce, and that it would use all the means in its power in order to lower prices and to give all the advantages in the market to the purchaser. But, though several governments, including the government of the Republic in a period, have been accused of a similar act of violence, in general they have known for a long time that naturally it is not in the extensive interest of the purchaser to obtain a commodity below its value, because no one would then produce it, but only to have it at the lowest of all the intrinsic prices, so that the consumer and seller gain to take both as a whole. They should have stopped there, but a strange idea which is always difficult to understand has led almost all the governments in Europe to the other extreme: to unite all their efforts for raise prices, and to force consumers to buy what they would need at the price at which sellers would want to offer it. It is really strange that the imposition of such a high price upon the purchaser have been meant to enrich the nation.

Monday, 25 January 2010

Book 2, chapter 8, paragraph 01

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 107]

Après avoir vu ce qu’était le prix des choses, et quel était l’intérêt national dans sa fixation, nous avons examiné de quelle manière le Législateur avait été forcé de l’altérer pour procurer un revenu au Gouvernement; il nous reste à considérer les cas où il l’a fait de son propre gré, croyant par là procurer l’avantage public.

[Translation]

After seeing what the price of things is and in what national interest it is to fix a price, we have examined in what way the legislator has been forced to change a price in order to procure revenue for the government. We have yet to consider the cases in which the government has done so of its own accord, believing it to be to the public advantage.