Friday, 13 November 2009

Book 2, chapter 5, paragraph 04

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 36-37]

   Nous avons vu dans le chapitre précédent, que le nombre des propriétaires de terre était limité, qu’ils ne pouvaient ni accroître ni diminuer l’étendue de terres cultivables qui existaient dans un pays. Nous avons vu encore, que leur besoin de mettre leurs terres en valeur était absolu, dès qu’ils y trouvaient un avantage quelconque; que ce besoin ne dépendait pas de la grandeur de cet avantage, mais qu’il s’agissait pour eux d’en avoir un, ou de n’en point avoir. Nous avons vu d’autre part, que le nombre et le besoin des fermiers dépendaient uniquement de la valeur des profits qu’ils pouvaient obtenir, et que lorsqu’ils les voyaient s’accroître ou diminuer, ils se hâtaient d’accroître ou de diminuer leurs forces: c’est ici le cas d’appliquer la formule de Canard, et de conclure en contradiction avec lui, que toute imposition foncière diminuant la valeur de l’avantage qui devait se partager entre ces deux parties contractantes sera uniquement payée par le propriétaire.

[Translation]

   We have in the previous chapter seen that the number of landlords is limited and that they cannot increase or decrease the area of arable land which exists in a country. We have also seen that their need to make use of their estates is absolute when they find an advantage at all; that this need does not depend upon the magnitude of this advantage, but that it is important for them whether they will have an advantage at all, or not. We have seen, on the other hand, that the number and needs of farmers depend exclusively on the value of profits they can gain, and that, when they see profits rise or fall, they are ready to increase or decrease their powers; this is where we apply the formulation of Canard and reach the contrary conclusion that all sorts of land tax, diminishing the value of the advantage which should be divided between these two contracting parties, will be paid exclusively by the landlord.

Thursday, 12 November 2009

Book 2, chapter 5, paragraph 03

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 35-36]

   Depuis le moment où un fruit est demandé à la terre, jusqu’à celui où il parvient à son dernier consommateur, soit en nature, soit altéré par l’ouvrage des hommes, il passe souvent par les mains de dix ou de vingt contractants. Parmi ceux-ci, il est important de remarquer qu’il y en a deux, dont les besoins peuvent être, ou devenir absolus, et dont le nombre peut être invariable, ou du moins indépendant de la lutte qui s’établit entr’eux; ce sont les premiers et les derniers, les propriétaires de la terre, et les consommateurs; tandis que tous les intermédiaires, que tous ceux qui n’achètent ou ne produisent que pour vendre, n’ont point un besoin absolu de le faire, mais seulement un besoin relatif, autant qu’ils y trouvent du profit, et un profit égal à celui qu’ils pourraient faire de toute autre manière avec leur capital. Il résulte de leur liberté, que leur nombre, et leurs besoins ne dépendent que de leur propre choix. Ainsi d’après la formule trouvée par Canard, leurs forces étant en raison inverse de leurs besoins et de leur nombre, ils sont maîtres de les augmenter autant qu’ils veulent, et ils les augmenteront en effet de telle sorte, que le motif qui les détermine à produire demeure toujours de même importance. Par conséquent, ils ne peuvent jamais être forcés à supporter aucune partie de l’impôt, puisque celui-ci, s’il pesait sur eux, diminuerait l’importance des motifs qui les ont déterminés à produire.

[Translation]

   Since a fruit is pulled out of soil until it reaches its final consumer, whether it is as it was or transformed by human labour, it usually goes by way of the hands of ten or twenty contractors. It is important to note that there are two of them whose needs can be or are to be absolute, and whose number can be invariable or at least independent from the process of haggling which takes place among them. These are the first and the last contractors, namely the landlord and the consumer, while all the intermediaries, purchasing or producing only for sale, do not have an absolute but only a relative need for the contract as long as they find some profit there, and a profit equal to that which they could gain with their capital in any other way. Their freedom results in a circumstance where their number and needs depend only upon their own choice. Thus, according to the formulation found by Canard, since their powers are in inverse relation to their needs and number, they are free to increase the powers as they like, and they will indeed increase them so that the motive which determines them to produce always remains of the same importance. As a consequence, they can never be forced to share any part of the tax, because the tax, if it weighed upon them, would diminish the importance of the motives which have determined them to produce.

Wednesday, 11 November 2009

Book 2, chapter 5, paragraph 02

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 34-35]

   M.r Canard a exposé dans son Chap. III intitulé de la détermination du prix des choses, la manière dont la concurrence entre les vendeurs et les acheteurs amenait entr’eux la conclusion du marché. Son principe fondamental, qui est aussi le nôtre, c’est que le prix se fixe après une lutte, dans laquelle les forces de l’acheteur sont le nombre et les besoins des vendeurs, les forces du vendeur sont le nombre et les besoins des acheteurs. Après avoir le premier exposé d’une manière aussi claire ce principe ingénieux, il ne parait pas avoir apporté le même soin, à évaluer les causes qui peuvent influer, tant sur le nombre que sur le besoin des contractons; il a toujours supposé ce nombre et ces besoins comme étant en quelque sorte invariables, et c’est de là qu’il a tiré la conclusion aussi nouvelle qu’extraordinaire, qu’un impôt se partagerait toujours par égales portions entre tous les acheteurs et tous les vendeurs.

[Translation]

   In chapter 3, entitled of the determination of the price of things, Mr Canard has expounded the way in which competition between sellers and purchasers leads to the conclusion of a contract between them. His fundamental principles, which is identical to ours, is that the price is determined after a process of haggling, in which the powers of the purchaser are the number and the needs of sellers and those of the seller are the number and the needs of purchasers. After having expounding this ingenious principle in such a clear way, he does not seem to have applied the same carefulness to inquiry into circumstances which can affect the number as well as the needs of the both parties in contract. He has always assumed that this number and these needs are, as it were, constants, and has deduced from this assumption the new and extraordinary conclusion that a tax is always divided into equal portions between all purchasers and all sellers.

Tuesday, 10 November 2009

Book 2, chapter 5, paragraph 01

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 33-34]

   L’auteur ingénieux d’un mémoire couronné par l’Institut National, M.r Canard que nous avons cité déjà plusieurs fois, a cherché dans ses principes d’économie politique (Chap. VIII.), à détruire la distinction qui avait été admise de tout temps, entre les impôts sur la consommation, et ceux sur les biens-fonds, et à persuader que ni les uns ni les autres, n’étaient payés exclusivement par ceux qu’on croyait en être chargés; mais qu’ils se répartissaient également sur tous les citoyens. Quand on part de principes différents, il est tout simple qu’on puisse se disputer long-temps sans s’entendre, mais lorsqu’on part des mêmes principes, et que ceux-ci exprimés dans le langage mathématique, tels que nous les présente très habilement M.r Canard, semblent dépouillés de toute équivoque, il est fort extraordinaire qu’on puisse en tirer des conclusions diamétralement opposées.

[Translation]

   The ingenious author of a prize article for the National Institute, Mr Canard, whom I have already referred several times, has tried in his principles of political economy (chapter 8) to invalidate the distinction which was so far admitted between taxes upon consumption and upon immovables, and to persuade the reader that none of them is paid exclusively by those who were believed to be charged for it, but that they fall equally upon all the citizens. When two persons start with different principles, it is utterly normal that they can continue to dispute with each other for a long time without mutual understanding, but when they start with the same principles, and when the principles mathematically formulated, as Mr Canard presents them very skilfully, seem to have no ambiguity, it is very extraordinary that they can arrive at diametrically opposed conclusions from the principles.

Monday, 9 November 2009

Book 2, chapter 4, footnote 04

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 15-19

(4) Préface de sa traduction, p. 4.e M. Garnier, dans sa note XXIX, cherche à faire voir que le système des économistes peut être vrai, en même temps que celui de Smith; par cette note, il n’a point justifié son ancienne école, mais seulement il a replongé dans l’obscurité toutes les idées fondamentales dé l’auteur qu’il a traduit. En général, il ne lui a opposé que les dogmes de sa secte, voici la seule chose qui ressemble à un argument. Lorsque cent livres de blé, dit-il, sont une fois produites et séparées de la terre, toute leur valeur intrinsèque consiste dans la propriété qu’elles ont, moyennant la manipulation nécessaire, de nourrir un homme pendant environ quarante jours: d’où il conclut que leur valeur est la même au moment de la moisson, et comme l’on lie les gerbes, qu’au moment où le pain est retiré du four, et servi sur la table. Mais il prend la plus haute valeur à laquelle le blé puisse parvenir pour sa valeur constante; car la plus haute valeur de cent livres de blé, c’est de nourrir pendant quarante jours un homme dans le lieu où il trouve les plus grandes jouissances, c’est-à-dire, dans l’endroit où il préfère demeurer, encore que les vivres y reviennent plus cher. Le quintal de blé peut arriver à cette valeur-là, par le travail successif des hommes, mais il n’y est point parvenu comme il sort de terre, pas plus qu’un œuf n’égale en valeur une poule, quoique la poule ait été contenue dans l’œuf. Le pain produit par cent livres de blé nourrira un homme pendant quarante jours, sans qu’il lui en coûte aucun nouveau sacrifice, mais le blé en nature ne le nourrira pas si long-temps; car l’homme aura besoin d’un jour pour le moudre et d’un autre pour le cuire; il ne lui en restera donc que trente-huit de francs; si le blé est produit dans un lieu éloigné, il lui faudra un autre jour pour aller le chercher, il en fallut peut-être deux pour le battre et le cribler; en sorte que le quintal sur la place où il a été produit, ne valait réellement que trente-cinq jours de nourriture, puisque l’homme qui l’y possédait, n’avait pas sa subsistance assurée pour quarante jours, et l’emploi libre de ce temps, afin de produire autre chose; et puisque cinq de ces jours ont été employés à rendre son blé mangeable.
   Bien plus, si l’on fait le compte exactement, on doit supputer le temps qu’aurait mis le consommateur pour suppléer au moulin et au fout qu’il emploie, le travail que lui épargnent tous les instruments dont il fait usage, jusqu’au sac dans lequel il porte son blé, et jusqu’aux ponts et chaussées sur lesquelles il passe. On ne demande pas qu’il fasse toutes ces choses telles qu’elles sont, pour réduire en pain son quintal de blé, mais seulement qu’il fasse le travail qui lui aurait été nécessaire pour se servir lui seul, à supposer qu’il n’eût pas fait usage du travail accumulé par les autres hommes; cependant les cent livres de blé que l’habitant de Paris tirerait de la Normandie, lui reviendraient à ce compte, à plusieurs années de travail. Pour le consommateur Parisien, un quintal de blé existant à Rouen à sa disposition, serait d’une valeur fort inférieure à zéro. D’autre part, pour le producteur, tout le blé superflu à sa consommation serait sans valeur; c’est donc le travail du transport et de la manipulation qui crée la valeur de ce blé, et l’on voit bien distinctement ce que nous avons dit plus haut, que la plus grande partie des fruits de ce travail, tourne au bénéfice du consommateur, lequel ne paye pas, et ne pourrait jamais payer, six cents journées de travail, pour une quantité de blé qui ne doit le faire vivre que quarante jours. L’on peut aussi remarquer à cette occasion que sans le travail précédemment accumulé, le pain serait une nourriture trop dispendieuse, que des sauvages qui ne sont point comme nous assistés d’instruments, ne sauraient en faire usage, qu’il leur coûterait moins de travail pour vivre de gibier que de grain, lors même que celui-ci croîtrait naturellement chez eux, et qu’enfin ce grain, produit de la natures, tient toute sa valeur du travail de l’homme, et n’en a par lui-même aucune.
   Ce n’est point ainsi que raisonnent les économistes; faisons abstraction, disent-ils, des lieux et des temps, faisons abstraction de la convenance des consommateurs, de leurs moyens pour vivre, du travail qui leur reste à faire, des dangers à courir, et des avaries: fort bien, à force d’abstractions vous conclurez que la cargaison en blé d’un vaisseau échoué sur une côte déserte, où elle sera condamnée a la pourriture, a la même valeur qu’un poids égal en blé sur le marché de Paris, et qu’elle contribue tout autant à la richesse nationale. Il n’y a que les figures mathématiques qu’on puisse considérer d’une manière si abstraite, ce qui se rapporte aux hommes doit être vu avec tout l’enchaînement de circonstances qui lui appartient, autrement on s’écartera constamment de la vérité.

[Translation]

(4) In note 29 by him in the preface of his translation, p. 4, Mr Garnier tries to show that the system of the economists can be true at the same time as that of Smith. By this note, he has not justified his preceding school, but only obscured again all the fundamental ideas of the author he has translated. In general, he has only opposed the dogmas of the sect to Smith, a fact which is the only thing worth an argument. He says: once 100 pounds of wheat is grown and harvested from land, all its intrinsic value consists in the property it has to provide a man during about 40 days with necessary processing. From this he concludes that it has as much value when wheat is harvested and made sheaf of as when bread is made from flour and served to the table. But he mistakes the highest value the wheat can reach for its constant value, because the highest value of 100 pounds of wheat is to provide a man during 40 days in the place where he finds the greatest enjoyment, namely in the area where he likes to stay though living there ends up being more expensive. 100 pounds of wheat can arrive at that value by successive labour of men, but it has no more reached that value yet when it is harvested from land, than an egg equals a hen in value though the hen was contained in the egg. The bread made from 100 pounds of wheat will provide a man during 40 days with no new sacrifice on his side, but the wheat in kind will not provide him for so long, because it will take him a day to grind wheat into flour and another day to bake it into bread. Therefore, there remains only 38 francs of bread for him. If the wheat is produced at a distance, it will take him another day to go there to bring it back home, and so it will take him two days to grind and sift it, so that 100 pounds of wheat in the place where it has been produced was indeed of the value of only 35 days of provision, because the man who possessed it there had no subsistence which assured him of 40 days’ survival and of free employment of this time to produce another thing, and because five of these days was employed to make his wheat eatable.
   In addition, if you kept accounts exactly, you should estimate the time the consumer would have spent in compensating for the windmill and furnace he employs, the labour which all the instruments he uses save him, the sack in which he carries his wheat, and, moreover, the bridge and bank on which he passes. You do not demand that he should literally do all these things to make bread from his quintal of wheat, but only that he should perform the labour which would have been necessary for him alone to do so, on the supposition that he had not made use of accumulated labour by the other men. On this account, however, 100 pounds of wheat a habitant in Paris obtained from Normandy would come to be worth some years of labour for him. For the consumer in Paris, a quintal of wheat existent at Rouen at his disposal would be of much inferior value to zero. On the other hand, for the producer, all the wheat unnecessary for his consumption would be of no value. Therefore, it is the labour of transport and processing that creates the value of this wheat, and you can understand very well what we have said above, that the largest part of the produce of this labour is for the benefit of the consumer, who does not, and could not, pay 600 days of labour for that quantity of wheat which should let him survive only 40 days. It can also be noted on this occasion that, with no previously accumulated labour, bread would be too costly a food, that some savages, who are not aided by instruments as we are, would not know how to make use of them, that it would cost them less labour to live on wildlife than on grain, even when the latter naturally grows before them, and finally that this grain produced by nature derives all its value from labour of man, and has no value by itself.
   The economists do not think so. They tell us to take no account of time or place, to take no account of convenience of consumers, of their means for life, of the labour they have yet to do, of the risk to run, and of the damage. Such abstractions will lead to the conclusion that a cargo of wheat in a vessel wrecked on a deserted shore, where it will be forced to be decayed, has as much value as an equal weight of wheat on the market in Paris, and that it contributes as largely to the national wealth. There are only mathematical figures which can be considered in such an abstract way, and that which concerns man should be viewed in the light of the whole series of circumstances which belong to it; otherwise you will be far away from the truth for ever.

Sunday, 8 November 2009

Book 2, chapter 4, footnote 03

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 13]

(3) L’on sent que si nous n’avons point parlé des inconvénients de la dime, comme se proportionnant au produit brut, non au revenu, c’est que nous ne la considérons ici que sous un seul point de vue, celui d’un impôt sur un genre particulier de culture, ce qui rentre dans le plan de cet ouvrage, les prix et le commerce. Les avantages et les inconvénients des impôts en nature, appartiennent à l’application de l’économie politique au perfectionnement de l’agriculture, et non à cet ouvrage-ci.

[Translation]

(3) As you are aware, we have not discussed inconveniences of tithes as being in proportion to the gross produce, not the revenue, because we consider them here only from one point of view, namely from that of a tax upon a particular sort of cultivation. This is a theme which is included in the plan of this work, price and commerce, but advantages and inconveniences of taxes in kind belong to application of political economy to improvement of agriculture, not to this work.

Saturday, 7 November 2009

Book 2, chapter 4, footnote 02

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 8]

(2) L’effet ne suivra pas peut-être immédiatement la cause, parce qu’il faut un temp]s assez long avant qu’un nombre d’hommes qui ne font point corps en semble, connaissent leurs propres forces et puissent en faire usage: il en faut particulièrement sans doute un peu plus aux fermiers qu’à toute autre classe intermédiaire entre le propriétaire et le consommateur, parce qu’il leur est plus difficile de passer à d’autres professions, qu’il ne l’est aux marchands de passer d’un commerce à l’autre. Cependant leur empressement diminue immédiatement, et comme leur nombre diminue graduellement aussi, tandis que le degré de force des propriétaires est inaltérable, les fermiers parviennent toujours à la fin à se décharger absolument de l’impôt.

[Translation]

(2) It is probable that the effect will not follow the cause immediately, because enough time is needed long before a number of men who are not combined recognise their own powers and can make use of them. In particular, there is no doubt that a little more time is needed for farmers than for any other class intermediary between the landlord and the consumer, because it is more difficult for farmers to move to other professions than it is for merchants to move from one trade to another. However, their attachement immediately diminishes, and, as their number also diminishes gradually with the degree of power of landlords unchanged, the farmers always come after all to completely impute the tax [to some one else].