Wednesday, 2 September 2009

Book 2, chapter 2, paragraph 09

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 314]

   Comme il est reconnu que l’or et l’argent avaient en 1750 la même valeur qu’en 1650, les mêmes marchandises qui comparées avec ces métaux, s’échangeaient en 1750 contre un poids plus grand ou moindre, avaient réellement augmenté ou diminué de valeur; soit que le premier effet eût été produit par la multiplication des impôts, ou le second par le perfectionnement des arts: tandis que la valeur de l’or et de l’argent étant réduite au moins au quart de ce qu’elle était il y a quatre siècles, les marchandises qui s’échangent aujourd’hui contre quatre fois le poids de métal contre lequel elles s’échangeaient alors, peuvent cependant n’avoir pas changé de prix: en comparant des temps éloignés, l’or et l’argent ne sont donc plus une mesure commune et exacte de valeurs différentes.

[Translation]

   As it is recognised that gold and silver were of as much value in 1750 as in 1650, the same commodities compared with these metals were exchanged in 1750 for a larger or smaller weight, and had really risen or fallen in value, whether the first effect had been produced by a tax increase or the second by improvement of arts. On the other hand, as the value of gold and silver is reduced at least to a quarter as much as four centuries ago, the commodities which are exchanged today for four times the weight of metal for which they were exchanged then can remain unchanged in price. Comparing distant times, therefore, gold and silver are no longer a common and accurate measure of different things of value.

Tuesday, 1 September 2009

Book 2, chapter 2, paragraph 08

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 312-14]

   Nous avons vu Liv. I. Chap. v. que la valeur du numéraire ne dépend nullement de son poids ou de son volume, mais du rapport qui existe entre la totalité des métaux précieux, et la totalité des richesses du monde commerçant; que la valeur totale du numéraire ne changeant point, la valeur de chacune de ses parties augmente ou diminue en raison inverse de leur nombre; que pour que la valeur de ces parties demeure la même, et exprime avec justesse celle des marchandises qui leur sont comparées, il faut que la somme des métaux produite annuellement par les mines soit égale à la somme qui en est annuellement consommée; qu’enfin cet équilibre avait été détruit pendant les siècles qui précédèrent la découverte de l’Amérique, et pendant le siècle qui la suivit: dans la première période les mines ne suffisaient plus à la consommation des métaux, toutes celles du monde alors connu étant pauvres et mal exploitées, en sorte que le prix de l’or ou de l’argent, comparativement au prix des fruits du travail, allait toujours en augmentant. Dans la seconde période au contraire, les mines d’Amérique versèrent dans la circulation beaucoup plus d’or et d’argent que la consommation n’en put soustraire, en sorte que la valeur des métaux précieux baissa rapidement dans tout l’Univers. Adam Smith a démontré (Liv. I. Chap. XI. p. 3.e) que l’équilibre entre leur production et leur consommation s’était rétabli dans les XVII.e et XVIII.e siècles. Quelques économistes pensent qu’il s’est altéré de nouveau à la fin du dernier; nous n’avons pas de données suffisantes pour décider cette question.

[Translation]

   We have in book 1, chapter 5 seen the following; first of all, that the value of specie does not depend upon its weight or volume, but upon the relation which exists between the total amount of precious metals and that of the wealth of the commercial world; secondly, that, with the total value of specie unchanged, the value of each of its divisions increases or decrease at the inverse rate of their number; thirdly, that, for the value of these parts to remain the same and to justly represent that of commodities which are compared to them, it is necessary that the sum of metals annually produced from the mines should be equal to the sum of those annually consumed; finally, that this equilibrium had been disturbed for some centuries preceding the discovery of America, and for the century following it. In the first period the mines were no longer sufficient for consumption of metals, and all mines all over the world then known were so poor and insufficiently exploited that the price of gold or silver gradually rose in comparison to the price of the fruits of labour. In the second period, on the contrary, mines in America poured more gold and silver into circulation than the consumption could take out of circulation, so that the value of precious metals rapidly fell all over the world. Adam Smith demonstrated (book 1, chapter 11, p. 3) that the equilibrium between their production and consumption was recovered in the 17th and 18th centuries. Some economists think that it was disturbed again in the end of the last century. We have not had enough data to decide this question.

Monday, 31 August 2009

Book 2, chapter 2, paragraph 07

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 312]

   L’argent est donc une juste mesure de la valeur des choses, dans le même temps et le même pays, mais cette mesure peut induire en erreur, soit que l’on compare un temps avec un autre, ou un pays avec un autre.

[Translation]

   Therefore, money is a just measure of the value of things at the same time and in the same country, but this measure can be misleading when one compares one time to another or one country to another.

Sunday, 30 August 2009

Book 2, chapter 2, paragraph 06

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 311-12]

   Cette inutilité des métaux précieux est peut-être un de leurs plus grands avantages pour en faire une mesure commune des prix; car en même temps que tous les hommes sont également disposés à les recevoir en échange, chacun d’eux ne les reçoit point pour en faire usage soi-même, mais pour les échanger de nouveau; il ne leur attache donc point un prix d’affection ou de convenance, mais celui-là même qu’il croit que tous les hommes leur attachent, et chacun pour soi s’efforçant à ne les estimer qu’à leur juste valeur, le commerce réussit toujours à rendre cette valeur uniforme dans un lieu et dans un temps donnés.

[Translation]

   This uselessness of precious metals is perhaps one of their greatest advantages in making them a common measure of prices. The reason is that, at the same time as all the humans are equally ready to receive metals in exchange, each of them receives metals not to make use of them themselves but to exchange them for another commodity. He attaches to them not a price of affection or convenience but the very price he believes all people attach to them. As long as each tries to estimate them only at their just value, the commerce always succeeds in making this value uniform in a given place and at a given time.

Saturday, 29 August 2009

Book 2, chapter 2, paragraph 05

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 310-11]

   Plusieurs des inventions qui ont signale l’origine des sociétés humaines, sont le fruit d’une force de conception, bien admirable dans les premiers âges du monde, et lorsque les objets de comparaison devaient manquer aux penseurs, telle est entr’autres l’invention du numéraire. Comment un homme a-t-il pu former le projet de persuader ses semblables, de recevoir en échange contre les choses qu’ils prisaient le plus, un métal qui ne leur était d’aucune utilité, et auquel ils n’auraient attaché aucun prix, s’il ne leur avait assuré qu’ils pourraient l’échanger de nouveau? Comment a-t-il réussi à faire adopter cette idée à tous les hommes? tandis qu’elle ne devait pas leur inspirer moins de défiance que la proposition d’un nouveau papier-monnaie en inspirerait de nos jours; car le prix relatif ayant toujours dû, dans l’origine dés sociétés, se calculer d’après l’utilité, celui de l’or et de l’argent a dû être mille fois inférieur à leur prix intrinsèque, en sorte que les propriétaires en se dessaisissant de choses vraiment utiles, ont dû trembler que l’or qu’on leur donnait en échange, ne perdît tout à coup la valeur idéale qu’on venait de lui attribuer et ne trouvât plus d’acheteurs. Quel dut être le génie de celui qui parvint à calmer ces craintes, et à convaincre le genre humain, que les métaux précieux avaient de si grands avantages sur toute autre espèce de richesses, comme mesure commune des valeurs, qu’on ne les abandonnerait jamais pour en adopter une antre.

[Translation]

   Some of the inventions which have marked the origin of human society are the fruitage of power of conception, well admirable in the early age of the world, and the invention of specie, above all, is a case in point because no object of comparison were certainly available to thinkers. How did a man get able to plan to persuade his fellow-creatures to receive a piece of metal useless for them (to which they would have attached no price had it assured them that they could exchange it for another), in exchange for the things they value the most? How did he succeed in making all human beings adopt this idea, while it must have inspired no less unconfidence than did the proposal of a new sort of paper money of our day? For, in the origin of societies, the relative price must have been calculated according to the utility, and that of gold and silver must have been a thousandth as high as their intrinsic price, so that the proprietors relinquishing really useful things must have fear that the gold they are given in exchange should suddenly lose the ideal value people had attributed to it, and should no longer find purchasers. How ingenious it must have been to manage to appease this fear and to convince the human race that precious metals, as common measure of values, had so great advantages over any other sort of wealth, and that people would never abandon them to adopt another sort of money.

Friday, 28 August 2009

Book 2, chapter 2, paragraph 04

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 310]

   Les Arabes n’ont point dû trouver dans le bétail le même avantage que les Tartares, s’ils ont voulu en faire une monnaie commune. Leurs arides déserts n’en peuvent nourrir qu’une petite quantité, leur stérilité met un obstacle sans cesse renaissant à sa multiplication; aussi est-il comparativement fort cher en Arabie; tout le mobilier d’un Bedouin mis ensemble, n’a pas une valeur légale à celle de son cheval; or il faut que l’unité de la mesure commune soit d’une valeur moindre que l’unité de presque toutes les marchandises qu’on veut lui comparer.

[Translation]

   The Arabs must have found no same advantage in the livestock as the Tartars, if they wanted to make common money of it. Their futile deserts can feed a small quantity of it and their sterility put an incessantly haunting obstacle to its proliferation. Thus it is comparatively expensive in Arabia. All the movables of a Bedouin as a whole do not have as much value as his horse. But it is necessary that a unit of common measure should be of less value than a unit of almost every commodity people want to compare to it.

Thursday, 27 August 2009

Book 2, chapter 2, paragraph 03

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 308-09]

   Chez un Peuple Nomade qui possède d’amples et riches pâturages, auxquels tous les membres de la société ont un droit égal, quoique le bétail soit l’élément de la richesse, chaque vache ou chaque brebis n’a qu’une valeur peu considérable, à cause de la facilité d’en élever un grand nombre; cette valeur est inférieure à celle de presque tous les objets qu’on veut échanger, ce qui la rend propre à servir de commune mesure; elle l’est d’autant plus qu’il n’y a pas un individu de la nation, qui ne soit en tout temps disposé à recevoir en échange, du bétail qu’il est toujours sûr de nourrir. Il ne peut être ou devenir propriétaire, qu’autant qu’il en possède. Chez un Peuple agriculteur, le bétail augmente fort de prix, et ne peut plus servir de commune mesure aux objets d’une valeur inférieure à la sienne. Il ne peut de plus être reçu en échange que par les propriétaires de terre, et proportionnellement à l’étendue de leurs prairies: ce n’est donc plus une richesse qui convienne à tout le monde, c’est un objet de consommation qui peut être échangé, tandis qu’il ne peut plus servir à faciliter les échanges.

[Translation]

   Among a nomad nation who possesses ample and rich pastures, to which all the members of the society have an equal right, though the livestock is an element of the wealth, each cow or each ewe is of little value, because it is easy to proliferate. That is inferior in value to almost every object people want to exchange, an inferiority which makes it proper to serve as common measure. It is all the more proper if every individual of the nation is always ready to receive the livestock in exchange which he is consistently sure to feed. Only when he possesses some livestock can he be or become a proprietor. Among an agricultural nation, the livestock rises well in price, and no longer can serve as common measure of objects of inferior value to it. Moreover, it can be received in exchange only by landlords and in proportion to the extent of their meadows. Therefore, this is no longer a means convenient for every one, but an object of consumption which can be exchanged, while it can no longer serve to facilitate exchanges.