Friday, 17 July 2009

Book 1, chapter 9, paragraph 17

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 266]

   Le même commerce que les Anglois [Anglais] font avec les François [Français], les Genevois l’ont fait pendant long-tem[p]s avec les bijoutiers du royaume de Naples; l’effronterie de ces derniers qui ne consentoient [consentaient] jamais à payer le premier envoi qu’ils ne tinssent entre leurs mains le second, ne laissoit [laissait] point de doutes sur la manière dont ils se procuroient [procuraient] des fonds; aussi les marchands horlogers qui vouloient [voulaient] retirer les leurs de ce pays-là, étoient-ils [étaient-ils] obligés d’user de supercherie, et d’accepter des commissions qu’ils n’avoient [avaient] point dessein de remplir.

[Translation]

   The Genevan carried on the same sort of trade as the English people do with the French, with jewellers in the kingdom of Naples for a long time. The impudence of the jewellers, who did not consent to pay for the first cargo when they did not hold the second in hand, left no doubt on the way in which they made money. Therefore, merchants of watches who wanted to bring theirs from Naples were obliged to practice deception, and to receive commissions they did not plan to fulfil.

Thursday, 16 July 2009

Book 1, chapter 9, paragraph 16

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 264-66]

   Un François [Français] qui n’a absolument point de fonds, s’il peut obtenir du crédit chez les fabrican[t]s et les banquiers anglois [anglais], n’hésite pas à entreprendre le commerce de marchandises angloises [anglaises]: il achète dans le courant de l’année pour 10,000 sterl. payable dans quatre ou six mois, et il paye chaque envoi l’un après l’autre à l’échéance par une traite sur son banquier de Londrès; celui-ci lui fait crédit pour un tem[p]s au moins aussi long; le François [Français], à mesure qu’il fait de l’argent avec sa marchandise, envoie des remises au banquier, mais en même tem[p]s il tire de nouveau sur lui, et donne de nouvelles commissions au fabricant, en sorte que, quoiqu’il paroisse [paraisse] payer régulièrement, il peut cependant négocier toute sa vie, sans avoir d’autre capital que ce premier emprunt fait pour un an. La régularité de ses payemen[t]s augmentera son crédit, il pourra quitter ses premiers marchands pour s’adresser à d’autres, et sera sûr d’en être écouté. Les profits de son commerce se proportionneront toujours à ce capital qui n’est point à lui, et qu’il pare ne posséder que pour un an, tandis que dans le fait le premier envoi est un prêt fait à perpétuité, qu’il ne remboursera que lorsqu’il renoncera au commerce, et qu’il a réellement payé comptant tous les envois subséquen[t]s. Ses profits ne seront pas le seul avantage qu’en retirera la nation, elle sera effectivement enrichie de 10,000 liv. sterling, qu’elle possédera en marchandises de plus qu’auparavant; ces marchandises ne seront données au consommateur que contre une valeur réelle; et comme, à proprement parler, c’est seulement le second envoi de l’Anglois [Anglais] qui est payé, et que le premier ne l’est jamais, la valeur de ce premier forme indépendamment du profit du négociant, un capital de 10,000 liv. sterl. qui, entre les mains d’un commerçant françois [français] est nécessairement employé à mettre en activité une industrie françoise [française], avec laquelle il puisse payer l’Anglois [Anglais].

[Translation]

   If a Frenchman has no stock at all but can obtain some credit from English manufacturers and bankers, he does not hesitate to trade in English commodities. In the course of the year, he makes a purchase for 10,000 sterling payable in 4 or 6 months, and he pays for each cargo one by one at the due date by drawing a bill upon his banker in London. The banker gives him credit at least on as long term. The Frenchman, every time he makes money with his commodities, sends some commissions to the banker, but at the same time he draws another bill upon the banker, and gives new commissions to manufacturers. Accordingly, he can trade forever with no other capital in hand than the first loan made for one year though he appears to pay regularly. The regularity of his payments will increase his credit, and he will be allowed to break away with the first merchants for applying for other merchants, and will be sure of making his point. The profits of his trade are always proportional to that capital which is not in his hands but which he appears to possess only in a year. On the other hand, the first cargo is, in fact, a loan made in perpetuity, which will not be redeemed until he quits the commerce, and he has really paid in cash for all the subsequent cargos. His profits will not be the only advantage that the nation will reap from that, and the nation will be effectively enriched by 10,000 pounds sterling; it will possess 10,000 pounds sterling in kind, and will be the richer than before. His commodities will be given to consumers only for something of real value. Properly speaking, since only the second cargo of the Englishman is paid for, and since the first one is never paid for, the value of this first one forms a capital of 10,000 pounds sterling independently from the profit of the merchant, a capital which, in the hands of a French merchant, is necessarily employed to activate a branch of French industry, with which he can pay the Englishman.

Wednesday, 15 July 2009

Book 1, chapter 9, paragraph 15

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 263-64]

   Revenons cependant à l’accroissement progressif des capitaux; l’on sent que leur marche, lorsqu’ils vont chercher un emploi plus profitable dans un autre pays, doit altérer la balance des importations et exportations. La nation qui entreprend un commerce étranger qu’elle n’avoit [avait] pas auparavant devient prêteuse, et pour solder la balance, elle reçoit en échange d’un capital qui surabonde chez elle, non pas des marchandises d’égale valeur; mais des créances. Lorsqu’elle entreprend le commerce du dedans au dehors, elle prête une fois pour toutes la valeur de ses exportations; ce n’est pas qu’au bout de l’année on ne lui en paye le montant, mais à la même époque elle a déjà fait un second envoi aussi considérable que le premier, en sorte qu’elle est toujours à découvert pour la même somme vis-à-vis de la nation étrangère avec laquelle elle trafique. C’est ainsi que l’Angleterre est créancière de la France pour toute la valeur de ses exportations annuelles, qu’elle fait passer en contrebande des capitaux destinés à mettre en activité le commerce de sa rivale, et que dans cette lutte singulière, les Anglois [Anglais] trouvent leur intérêt à nous faire du bien malgré nous, tandis que nous employons toutes nos forces pour les en empêcher.

[Translation]

   But let us return to the progressive growth of capitals. It is thought that the course of capitals should alter the balance of imports and exports, because they search for more profitable employment in another country. The nation which undertakes a branch of foreign trade it did not carry on before becomes a creditor, and, to settle the balance, it does not only receive commodities of the same value but bills of credit, in exchange for the capital of which it has an overabundance. When the nation undertakes the exporting trade, it lends the value of its exports once and for all. It is not that at the end of the year the nation is paid in one lump sum, but by this time it have already shipped the second cargo as massive as the first, so that the nation is always credited with the same sum to the nation with whom it trades. It is thus that England is a creditor to France for all the value of annual exports, that England illegally exports capitals only to activate the commerce of its rival, and that in this singular rivalry the English people find their interest in doing us good against our will, while we put all our energies into stopping capitals from coming in from England.

Tuesday, 14 July 2009

Book 1, chapter 9, paragraph 14

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 261-63]

   Nous supposons toujours une société dont les capitaux sans cesse accrus par l’économie, remplissent bientôt tous les canaux dans lesquels ils coulent. L’agriculture, les manufactures, le commerce intérieur, et celui d’exportation, en ont retenu tout ce qu’ils en peuvent occuper; il en reste d’autres encore; certainement leurs propriétaires ne les laisseront pas oisifs: ils feront des commandites aux marchands étrangers, des prêts aux propriétaires, et aux chefs de manufactures des pays les plus éloignés, ils se présenteront pour tous les emprunts que feront tous les Gouvernemen[t]s du monde, eux-mêmes enfin ils entreprendront le commerce de transport de toutes les autres nations, ils approvisionneront les unes aux dépens des autres, et devenus les courtiers de l’univers, ils mettront leurs capitaux au service de tout le monde; leur pays n’en retirera que le profit, tandis que l’usage en sera cédé en entier à des étrangers. Les Hollandois [Hollandais] étoient [étaient] parvenus à ce faîte de prospérité, ainsi que quelques peuples plus petits, et dont l’histoire est moins brillante, tels que les Genevois, les Neuchâtelois, les Bâlois: la révolution a englouti les capitaux des uns et des autres; mais s’ils avoient [avaient] continué à multiplier, ils auroient [auraient] constamment trouvé de l’emploi, et procuré du profit à leurs maîtres; car les bénéfices des capitalistes ne devroient [devraient] s’arrêter, que lorsque la totalité de la surface du globe auroit [aurait] été portée au plus haut point de culture dont elle soit susceptible, que ses produits auroient [auraient] reçu du travail de l’homme tout le perfectionnement qu’ils peuvent en recevoir, et que la population pour les consommer seroit [serait] arrivée au point le plus élevé où elle puisse parvenir. Jusqu’alors il y aurait toujours quelque part du profit à faire en faisant du bien, et les capitaux qui non plus que les capitalistes ne sont point enchaînés an pays qui les a vu naître, iroient [iraient] constamment chercher l’avantage du public et le leur, jusquà ce que ce bien fût opéré: or, comme cette prospérité de la terre entière ne pourvoit se soutenir que par la paix de tout l’univers, l’abolition de l’ignorance et de la barbarie, et celle de tous les mauvais Gouvernemen[t]s du monde, elle est bien plus reculée dans le pays des chimères que la paix universelle de l’abbé de St. Pierre. Aussi long-tem[p]s qu’il y aura des despotes sur cette terre pour détruire le fruit des, efforts des capitalistes, on ne doit point craindre qu’à force de faire le bien, ceux-ci n’en trouvent plus à faire.

[Translation]

   We consistently suppose a society in which capitals, gradually growing due to economy, soon fill all the channels through which they flow. Agriculture, manufactures, inland trade, and exporting trade, above all, have provided all capitals can flow into. But capitals go somewhere else. No doubt their owners will not leave them unemployed. They will invest their capitals to foreign merchants, and will supply loans to landlords and master manufacturers in the furthest countries; they will subscribe all loans all the governments all over the world will make; and finally they will themselves undertake the commerce of transport of all other nations. They will accommodate one another, will become intermediaries of the universe, and will put their capitals at the service of the world. Their country will reap only the profit from their capitals, while the entire use of their capitals will be given up to foreign countries. The Hollanders had reached the peak of prosperity, like some other nations who are smaller and whose history is less honourable, such as those of Geneva, Neuchâtel, and Basel. The revolution swallowed up the capitals of the former as well as the latter. But they would constantly have found one or another sort of employment and procured some profit for their masters had they kept on growing. It is because profits of capitalists would not cease to come about until the whole surface of the globe has been carried into cultivation to the highest degree possible, until its produce receives all the possible improvements from human labour, and until the population to consume it has arrived to the highest point possible. Until then there would always be some profit to reap by making better use of them, and the capitals which are free from the country where they were born, as well as capitalists, would constantly search for the public and for their own advantage until this good is realised. But, since this prosperity on the whole earth could last only due to the peace of all the universe, due to the eradication of ignorance and barbarism, and due to the abolition of all evil governments of the world, it is much less feasible in the country of illusions than the universal peace of Saint-Pierre. As long as the earth has such despotic rulers as destroy the fruitage of efforts of capitalists, one should not fear that capitalists should find nothing to do by means of making better use of capitals.

Monday, 13 July 2009

Book 1, chapter 9, paragraph 13

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 260-61]

   Lorsque les capitaux d’une nation occupent tous ses ouvriers, remplissent tous les canaux de son industrie, de son agriculture, de son commerce intérieur, et qu’il en surabonde encore, les capitalistes qui ne peuvent les laisser oisifs sans perdre leurs revenus, cherchent à employer utilement le surplus au dehors. Dans les commencemen[t]s de la prospérité croissante de la nation dont nous suivons les développemen[t]s, les marchands étrangers apportoient [apportaient] dans ses marchés les productions étrangères dont elle avoit [avait] besoin, et y prenoient [prenaient] en échange celles qu’elle destinoit [destinait] l’exportation. Le capital de ces marchands en remplaçant celui du producteur national, redoubloit [redoublait] son activité; mais bientôt les capitalistes nationaux, ne trouvant plus assez d’occupation à l’intérieur, veulent partager le profit des importateurs; au lieu d’attendre chez eux les marchandises de l’Amérique ou de l’Inde, ils les vont chercher dans les contrées qui les produisent et y portent les leurs en échange. Placés plus avantageusement qu’aucun étranger pour acheter et vendre dans leurs propres marchés, si leur capital suffit pour faire tout leur commerce d’exportation, ils sont assurés de l’attirer à eux tout entier.

[Translation]

   When the capitals of a nation occupy all its labourers, fill all the channels of industry, agriculture, and inland trade and when it is overabundant with them, capitalists, who cannot leave them unemployed without losing their revenue, attempt to usefully employ the overabundance abroad. At the beginning of the growth of the national prosperity (whose developments we follow), foreign merchants carried into the markets the foreign produce the nation wanted, and took for exchange that which it appropriated for exportation. The capital of these merchants stimulated the activity of national producers by supplementing that of them. But the national capitalists, soon finding no longer enough opportunity at home, want to divide the profit of imports. Instead of waiting for commodities to come from America or India, they will try to find the same sorts of commodities in countries which produce them and carry back their produce in exchange. In a more advantageous position than any foreigner for purchase and sale in their own markets, if their capital is sufficient for all their commerce of exportation, they are sure that all the commodities will flow in.

Sunday, 12 July 2009

Book 1, chapter 9, paragraph 12

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 259]

   Quelqu’accroissement que prenne la richesse nationale, elle n’élèvera jamais les salaires des ouvriers jusqu’au point de ne plus laisser d’avantage à ceux qui les feroient [feraient] travailler. Dès l’instant qu’enhardis par la concurrence entre les entrepreneurs de manufactures, les ouvriers formeroient [formeraient] la prétention déraisonnable de priver les capitalistes de tout ou de presque tout profit sur leurs ouvrages, ceux-ci destineroient [destineraient] une assez grande masse de capitaux au commerce étranger, pour laisser un vide dans leur pays, et pour que les journaliers privés d’ouvrage fussent obligés de rabattre de leurs demandes. D’autre part ces ouvriers, pourvu que le commerce et les manufactures soient libres, supposition d’après laquelle nous partons toujours, seront constamment assurés, si leur pays est riche, d’y retenir en modérant leurs demandes, une masse de capitaux suffisante pour animer leur industrie.

[Translation]

   However huge the national wealth may become, it will never raise the wages of labourers to the point where there remains no advantage in the hands of those who would employ them. If labourers made an absurd demand to leave capitalists with little or no profit upon their works, presuming on competition among entrepreneurs of manufactures, the capitalists would immediately appropriate a sufficiently large amount of capital to foreign trade, leaving some room in their country, and forcing the unemployed day labourers to drop their demand. On the other hand, as long as trade and manufactures are free, an assumption accroding to which we always start, those labourers will be constantly sure of keeping home an amount of capital enough to animate their industry by dropping their demands, if their country is rich.

Saturday, 11 July 2009

Book 1, chapter 9, paragraph 11

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 258-59]

   Le bas prix de la main d’œuvre permet donc toujours aux pays pauvres de vendre certaines productions à meilleur marché que les pays riches; aussi l’Angleterre, la nation la plus riche de l’Europe, a-t-elle toujours besoin de celles qui ont moins de capitaux qu’elle, non-seulement pour les productions qui ne sont pas propres à son climat, mais encore pour celles dont le prix est surtout composé de main d’œuvre; tandis qu’elle peut vendre meilleur marché que toute autre nation celles dont le prix est surtout composé de profit; elle tire des dentelles et des toiles de la France et de l’Allemagne, de la bonnéterie [bonneterie] de l’Ecosse, et elle distribue des étoffes, de la quincaillerie et des marchandises qu’elle a importées des Indes, et non ouvré elle-même, à tout l’Occident.

[Translation]

   The low price of labouring hands, therefore, always permits poor countries to sell certain commodities at a lower price than rich countries. Thus, England, the richest nation in Europe, always needs those countries which have less capital than it, not only for the produce unsuitable for its climate but also for that whose price is composed almost of that of labouring hands. On the other hand, England can sell that whose price is composed almost of profit, at a lower price than any other nation. It imports lace and cloth from France and Germany and knitted fabrics from Switzerland, and distributes all over the West cloth, hardware, and commodities imported from India, without processing them for itself.