Friday, 1 May 2009

Book 1, chapter 6, paragraph 09

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 166-67]

   Les premiers spéculateurs avoient [avaient] fort contribué à l’invention et au maintien du système mercantile dont nous souffrons encore; les seconds sont les inventeurs du papier-monnoie [monnaie], auquel nous venons d’échapper, après qu’il a eu dissipé presque toute notre fortune; car tel est le malheur de la France, qu’elle emprunte toujours de chaque système de finances ce qu’il a de plus ruineux. C’est d’après les économistes qu’elle a écrasé les campagnes de l’impôt foncier; d’après les mercantiles elle a entravé le commerce de ses douanes, et appauvri le consommateur; d’après les disciples, de Law, elle a dissipé à deux reprises la fortune publique, avec celle des capitalistes, par la création des billets de banque, puis des assignats; le ciel nous préserve des prosélytes de Mrs. Canard d’une part, et Ramel de l’autre, ou nous courons risque de lui voir bientôt rétablir la gabelle du sel, et porter un coup funeste à notre industrie, en faisant renchérir par là les salaires.

[Translation]

   The first sect of speculators had contributed very much to the invention and to the maintenance of the mercantile system from which we still suffer. The second invented paper money, from which we escaped before it had ruined our fortune. This is because France is so miserable that it always adopts from every system of finance the most ruinous recommendation it has. Following the Economistes, it oppressed the campaign for land tax. Following the mercantilists, it discouraged commerce by means of its customs, and tortured consumers. Following the disciples of Law, it destroyed again the public fortune as well as that of capitalists by issuing bank notes, namely assignats. God save us from the proselytes of Mrs Canard on one part, and from Ramel [Dominique-Vincent Ramel de Nogaret, 1760-1829] on the other hand, or we run a risk to see it recover salt tax soon and give a fatal blow to our industry by raising wages due to the tax.

Thursday, 30 April 2009

Book 1, chapter 6, paragraphs 07-08

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 165-66]

   Il me semble qu’il est satisfaisant de trouver une preuve évidente et soumise au calcul de la fausseté de ce système qui quoique le plus naturel de tous, et celui que l’on est le plus disposé à embrasser avant d’y réfléchir, s’obscurcit plus on le médite, et semble échapper au raisonnement par les voiles dont il s’enveloppe. Cet argent que le capitaliste a livré étoit [était] sa propriété, mais l’est il encore parce que celui qui l’a reçu le lui doit? Si celui-ci l’aliène, comment peut-on le suivre? comment l’argent se trouve-t-il avoir, deux maîtres, celui qui le possède et qui peut-être ne doit rien, et celui à qui il est dû? telles sont, et bien d’autres encore, les questions qui se présentent, et auxquelles on ne sait que répondre.
   Une seconde secte de faiseurs d’hypothèses, frappée déjà sans doute de la disproportion entre l’argent dû et l’argent existant, imagina que la valeur des créances étoit [était] une affaire d’opinion, que le crédit créoit [créait] des capitaux qui n’existoient [existaient] pas, et qu’une nation ne pouvoit [pouvait] en faire un meilleur usage que celui de s’enrichir en papier.

[Translation]

   It seems to me that it is satisfying to find a proof evident and subject to the calculation of the falsity of this system, which is more obscure the more one meditates on it, and seems to be beyond reasoning due to what veils it, though it is the most natural of all and is that which one is the most inclined to embrace before reflecting upon it. That money a capitalist has handed over was his property, but is it his property because the receiver of it owes it to him? If the receiver alienates it, how can you follow it? How does the money come to have two masters, one of whom possesses it and possibly owes nothing, and the other of whom has lent it? These questions are among those which are presented and to which no one knows what to anser.
   The second sect of speculators, already struck probably by the disproportion between due money and existent money, imagined that the value of bills of credit was a matter of opinion, that the credit created nonexistent capitals, and that a nation could make no better use of it than to enrich itself in paper.

Wednesday, 29 April 2009

Book 1, chapter 6, paragraph 06

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 163-65]

   S’il n’y a d’autre capital immatériel que celui qui résulte d’une hypothèque sur l’argent, il est absolument nécessaire d’en conclure, que la somme de capital immatériel produisant un revenu dans une nation, est égale à la somme d’argent en circulation chez cette même nation; or certainement les créanciers de l’État sont tout aussi bien que les créanciers des particuliers au nombre des propriétaires du capital immatériel. Le numéraire de la Grande Bretagne est estimé de dix-huit à vingt-cinq millions sterlings, et sa dette qui s’élevé aujourd’hui à 538 millions sterlings, surpasse au moins de vingt fois la valeur de son numéraire; elle est par conséquent supérieure à la valeur de tout celui qui circule dans toute l’Europe, et comme les propriétaires de créances sur les particuliers, soit avec hypothèque, soit par simple billet, forment une masse probablement supérieure à celle des créanciers de l’État, on ne peut douter que les propriétaires anglois [anglais] de capital immatériel, n’aient une créance fort supérieure à la valeur de tout le numéraire en circulation dans l’univers entier. Qu’arriveroit-il [arriverait-il] donc si tous les créanciers, non pas de l’Angleterre seulement, mais de l’Europe, mais de tout l’Univers, demandoient [demandaient] en même tem[p]s le remboursement de leurs créances en numéraire? tout le métal caché dans les entrailles de la terre ne suffiroit [suffirait] pas pour les satisfaire. Ce capital cependant est une valeur réelle quoique invisible, puisque chacune de ses parties peut se convertir en argent à volonté, et que chacune prêtée à un fabricant, suffit pour mettre en activité sa manufacture; mais il faut bien que cette valeur ne soit point métallique, et que son hypothèque soit autre que le numéraire.

[Translation]

   If there is no other intangible capital than that which derives from a mortgage upon money, it is completely necessary to conclude from it that the amount of intangible capital procuring a revenue for a nation is equal to the amount of money in circulation in the hands of the same nation. But certainly creditors to the state just as well as those to individuals are counted among owners of intangible capital. The amount of specie of Great Britain is estimated at 18 to 25 million sterlings, and her debt, which amounts to 538 million sterlings today, is at least over 20 times as enormous as the value of the specie. Consequently, it is more enormous than value of all the specie in circulation in the whole of Europe, and, since creditors to individuals, whether they holds a mortgage or just a simple bill, are probably larger in number than creditors to the state, there is no doubt that the English owners of intangible capital have far more credit than the value of all the specie in circulation all over the world. What would happen, therefore, if all the creditors, not only in England, but in Europe, but all over the world, all at once demanded the redemption of their credit in specie? All metals buried in the earth would not be sufficient to meet the demand. This capital, however, is a real if not visible value, because each portion of it can be converted into money on demand, and because each portion lent to a manufacturer can make his operation active. Nonetheless, this value must not be metallic, and its mortgage must not be in specie.

Tuesday, 28 April 2009

Book 1, chapter 6, paragraph 05

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 163]

   Comme elle est transmise de mains en mains au moyen d’espèces métalliques, qu’elle est créée par la cession ou la vente de ces espèces que fait le prêteur à l’emprunteur, que ses fruits les intérêts sont payés en numéraire, et que toutes les fois qu’on en parles, on la désigne toujours comme une somme de numéraire actuellement existante; les premiers qui ont écrit sur l’économie politique, ont cru que les capitalistes étoient [étaient] les propriétaires actuels du numéraire, même après qu’ils s’en étoient [étaient] défaits: cette manière de considérer les créances, forme jusqu’à ce jour l’opinion populaire et même celle de la plupart des négocian[t]s, qui peuvent difficilement séparer deux idées que tout tend à confondre, celle de l’argent, et celle du capital.

[Translation]

   The intangible wealth is transferred from hand to hand by means of metallic coins; it is created by a transfer or a sale of these coins a lender makes to a borrower; its fruits, interests, are paid in specie; and people always talk about it as if it were an amount of actually existent specie. Therefore, the earliest writers on political economy believed that capitalists were actual owners of specie even after they had hand it over. Up to today this way of thinking of credit forms a popular onion, and even that of most merchants, for whom it is difficult to separate two ideas every one tends to confuse, the idea of money and that of capital.

Monday, 27 April 2009

Book 1, chapter 6, paragraph 04

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 161-63]

   On comprend facilement qu’on a pu considérer comme de même nature toute richesse renfermée dans un portefeuille, et qui paroissoit [paraissait] n’avoir de matériel que les papiers qui servent de titre pour la réclamer; il est cependant fort important de distinguer en deux classes ces papiers qui peuvent constituer la propriété d’un capitaliste. Les uns comme les assignats, les billets de la caisse d’escompte, ceux de la banqué d’Angleterre, et en général tous ceux qu’on comprend sous le nom de papier-monnoie [monnaie], sont ou payables à volonté en numéraire par celui qui les a émis, ou recevables en payement de tous les marchés au lieu d’argent, par tous ceux qui dépendent de l’État: comme ils ne portent point d’intérêt, chaque détenteur est empressé de s’en défaire, au moins tout autant qu’il le seroit [serait] d’employer du numéraire chômant dans son coffre-fort. Les autres, comme les créances portant hypothèque, les billets de dépôt, et les comptes courais des négocian[t]s, même les lettres de change, quoiqu’ils puissent être négociés volontairement de part et d’autre, ne sont point transmissibles en payement, aussi sont-ils le plus souvent conservés par le même propriétaire jusqu’à leur remboursement. Leur possession est toujours fructueuse, ils portent intérêt, ou ils donnent droit à un dividende et lors même que cet intérêt ne pare point exister, comme dans les lettres de change, leur porteur en a toujours acquis la propriété moyennant une bonification proportionnée au délai auquel il doit se soumettre, et qui est connue sous le nom d’escompte. Ces deux classes de titres ou de billets sont d’une nature absolument distincte; les premiers font partie de la valeur totale du numéraire dont ils représentent une fraction, les seconds représentent au contraire une fraction de la valeur de la richesse mobiliaire [mobilière] dont ils font partie. C’est principalement pour les avoir confondus, que l’on a élevé plusieurs systèmes faux, contradictoire, ou dangereux, sur la nature de cette richesse immatérielle qui déroutoit [déroutait] tous les spéculateurs.

[Translation]

   It is easy to understand that it was possible to consider as of the same nature every kind of wealth that was contained in a portfolio, and that seemed to consist only of paper which serves for the right to claim for it. It is extremely important, however, to divide into two sorts those paper notes which can constitute the property of a capitalist. One sort is payable on demand in specie by those who have issued it, or receivable in payment in every deal instead of money by all those dependent upon the state. This sort includes assignats, bills of discount houses, notes of the Bank of England, and, in general, all meant by the name of paper money. As this sort of paper note does not bear interest, every holder is as eager to hand it over, at least as he would be to employ idle specie in his safe. The other sort, even though it can be negotiated voluntarily from one party to another, is not transferable in payment, and, therefore, is in the most cases kept in the hand of one person until its redemption. This sort includes mortgage securities, certificates of deposit, current accounts of merchants, and even bills of exchange. Their possession is always profitable, for they bear interest or represent a right to a dividend. Even when this interest may not seem to exist as in the case of bills of exchange, their bearer has always gained from the negative spread in proportion to the length of term which he must accept and which is known in the name of discount. These two sorts of titles or bills are of completely distinct nature; the former comprises a part of the total value of money (a fraction of which they represent), and the latter, on the contrary, represents a fraction of the value of the movable wealth (a part of which they comprise). It is principally because of their confusion that some false, contradictory, or dangerous systems were erected concerning the nature of that intangible wealth which puzzled all the speculators.

Sunday, 26 April 2009

Book 1, chapter 6, paragraph 03

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 160-61]

   Quand nous avons parlé de la richesse mobiliaire [mobilière] et circulante, nous avons déjà vu pour quel motif et sous quelles conditions ceux qui en étoient [étaient] propriétaires, et qui ne vouloient [voulaient] pas prendre sur eux le soin de la faire circuler, la prêtoient [prêtaient] à des gens plus actifs qui leur en payoient [payaient] les intérêts. C’est sous un autre point de vue que nous devons considérer de nouveau cette classe de capitalistes, afin de la diviser en deux ordres, dont les intérêts sont absolument distincts; de réfuter les systèmes pernicieux qui sont nés de l’obscurité dont elle s’enveloppe; d’expliquer la nature de la proportion qui s’établit nécessairement, d’une part entre le papier-monnoie [monnaie] et la quantité de numéraire requise pour la circulation, de l’autre entré les créances et la richesse matérielle d’une nation; enfin de calculer l’effet qu’auroit [aurait] sur la prospérité nationale, l’anéantissement d’une partie considérable du capital immatériel, occasionné par la banqueroute du Gouvernement.

[Translation]

   In the discussion on the movable and circulating wealth, we have already seen for what purpose and on what conditions owners lend their capital to more practical men who pay them the interest of it, if they do not want to take the trouble to keep it circulating for themselves. It is from another point of view that we should reconsider this category of capitalists, to divide it into two sorts, whose interests are completely distinct; to refute pernicious systems which derive from obscurity concerning the category; to expound the nature of the proportion which is necessarily established between paper money and the quantity of specie requisite for the circulation on one hand, and between credit and the tangible wealth of a nation on the other hand; finally to calculate that effect upon the national prosperity which the disappearance of a considerable part of intangible capital brought about by the bankruptcy of the government would have.

Saturday, 25 April 2009

Book 1, chapter 6, paragraph 02

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 159-60]

   L’existence du capital immatériel a contribué probablement plus que toute chose à confondre les idées sur la nature des capitaux qui constituent la richesse mobiliaire [mobilière]. L’on a pu observer qu’il y avoit [avait] une classe de riches, désignés plus particulièrement par le nom de capitalistes, dont la richesse ne consistoit [consistait] point en propriétés foncières, non plus qu’en meubles, en marchandises, ou en objets propres à la consommation: qu’elle étoit [était] même absolument invisible et immatérielle, à moins qu’on ne voulût considérer comme la constituant, les titres au moyen desquels ils en jouissoient [jouissaient] ou les papiers contenus dans leur portefeuille.

[Translation]

   The existence of intangible capital has contributed, probably more than any other, to confusion of ideas upon the nature of capital which constitutes the movable wealth. You have seen that there is a class of the rich, designated more particularly as capitalists, whose wealth consists neither in landed property, nor in movables, in commodities, or in objects adequate to consumption: that theirs is even completely invisible and intangible unless the titles by means of which they enjoy consumption, or the bills contained in their portfolio, is regarded as constituent of theirs.