Tuesday, 7 April 2009

Book 1, chapter 5, paragraphs 13-14

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 134-36]

   Je me suis attaché à combattre cette hypothèse, parce que l’auteur s’est arrêté sur elle avec complaisance, et l’a présentée d’une manière qui doit faire impression, en l’appuyant d’une comparaison ingénieuse mais inexacte avec la circulation du sang; parce qu’elle s’accorde avec l’opinion populaire, que personne cependant avant lui n’avoit [avait] présentée avec autant de clarté et de méthode; parce qu’enfin elle revient à peu près au système que le Dr. Herrenschwand a adopté, dans son Économie politique de l’espèce humaine.
   Nous avons vu au commencement de ce chapitre comment et à quel prix le numéraire étoit [était] produit pour les nations qui possèdent des mines, il faut examiner à présent comment celles qui sont privées de mines peuvent se procurer les métaux précieux. Il faut se rappeler d’abord qu’aucune nation commerçante n’est absolument dépourvue de numéraire, seulement quelque circonstance extraordinaire peut en avoir fait exporter une grande partie de chez quelqu’une, et le besoin d’argent peut s’y faire généralement sentir; il sera donc fort cher chez cette nation, relativement au prix du travail et des marchandises, ce que l’on exprimera en disant que le travail et les marchandises y baissent fort de prix; on ne pourra dès lors y importer aucune marchandise étrangère sans perte, il y aura du profit à faire sur toutes celles qu’on exportera; la nation n’aura donc avec les étrangers d’autre commerce que celui de leur vendre contre argent; et le numéraire de toutes les autres nations y affluera, jusqu’à ce qu’il y soit aussi bon marché, et le travail ou ses produits aussi chers que chez elles.

[Translation]

   I have been devoted to refuting this idea [hypothesis], because the author has emphasised it with complacence, and has presented it in a way that should be impressive, by reassuring the reader of it with ingenious but inexact comparison to the circulation of blood; because it is in accord with the popular opinion, and because no one else has yet presented it more clearly and more methodically than he; finally, because it is almost reproduced in the system adopted in Economie politique l’espèce humaine by Dr. Herrenschwand.
   At the beginning of this chapter we have seen how and at what price specie is produced for the nations who possess mines, and so we have to examine how those who do not possess ones procure precious metals. We have to remind ourselves at first that no commercial nation is absolutely devoid of specie, that only a certain extraordinary circumstance can have made a nation to export a large part of specie, and that the need for money can be generally felt there. Therefore, it will be extremely dear relatively to prices of labour and commodities in that country, a change which people will describe by saying that labour and commodities extremely fall in price there. Then the nation cannot import any commodity from abroad with no loss, and can export any commodity with some profit. Therefore, the nation will trade with foreign countries only by selling them commodities for money. Specie will flow into the country from the rest of the world, until it is as cheap and labour and commodities are as expensive as in any other country.

Monday, 6 April 2009

Book 1, chapter 5, paragraphs 11-12

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 132-34]

   Dans le fait l’argent ne chôme guère qu’entre les mains des riches consommateurs (1): parmi les propriétaires de terre et les capitalistes il y en a plusieurs qui ont adopté la règle d’avoir toujours devant eux leur revenu de six mois ou d’une année: mais la somme qui s’arrête entre leurs mains est si peu de chose en comparaison de la multiplicité des échanges, qu’à peine peut-on la mettre en ligne de compte, tandis que comme je l’ai déjà dit, les onze douzièmes des habitan[t]s de la France ne conservent jamais deux jours de suite leur argent. Les ouvriers ne sont à la vérité payés pour l’ordinaire qu’à la fin de la semaine, mais au moment même ils achètent leurs denrées, ou acquittent leurs petites dettes; c’est toujours sous la forme de marchandises, jamais sous celle de numéraire qu’ils laissent chômer leurs petits capitaux.
   Enfin selon le système de Mr. Canard de deux circulations en sens inverse, où toute richesse suppose une somme de numéraire égale pour la payer, il faudroit [faudrait] conclure, ou que toute vente d’immeubles dérangeroit [dérangerait] cet équilibre, ou que puisqu’un immeuble peut rester dans la même famille pendant plusieurs siècles, une somme égale à la valeur de tous les immeubles de la nation dormiroit [dormirait] dans différentes caisses, jusqu’au moment où une fois par siècle peut-être, ces immeubles changeroient [changeraient] de propriétaires.

[Translaiton]

   Indeed, money is seldom left as it is except in the hands of rich consumers (1). There are some landlords and capitalists who have made it a rule to hold their revenue of six months or a year as reserve. But the sum which remains in their hands is so small in comparison to the large number of exchanges, that it can hardly be taken into account, while, as we have showed above, only one out of a dozen of inhabitants in France keeps his money up to two days later. The labourer, in fact, is only ordinarily paid at the end of the week, but in a moment he buys his provisions or makes a small loan. It is always in the form of commodities, never in the form of specie, that he leaves as it is what capital he has.
   After all, the system of Mr Canard, concerning two circulations in the inverse directions, where all wealth supposes the same sum of specie to pay it, would necessarily lead either to the conclusion that every sale of immovables would disturb this balance [equilibrium], or that, since an immovable can belong to the same family for some centuries, the sum equal to the value of all the immovables of the nation would not be active in diverse safes, until these immovables change their owners, a change which takes place probably once a century.

Sunday, 5 April 2009

Book 1, chapter 5, paragraph 10

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 130-32]

   L’on perd, chacun le sait, en gardant son argent en caisse, et c’est une perte que le propriétaire peut toujours éviter: il y a bien aussi une perte à laisser chômer sa marchandise en magasin, ou à la laisser long-tem[p]s sur l’atelier, mais cette perte est inévitable, elle est dans la nature des choses, et c’est pour la compenser que le capitaliste a droit d’exiger un profit proportionné sur les marchandises et les fonds qu’il lui est nécessaire de laisser chômer ainsi. Lorsqu’un commerce de marchandises roule sur un fond de cent mille écus, il suffit au commerçant d’en avoir habituellement un millier en caisse, tandis que les 99,000 restais sont dans son magasin: cependant il fait certainement autant d’échanges en numéraire qu’en marchandises, il n’en fait pas un où il ne soit ou payeur ou receveur, mais sa marchandise se renouvelle à peine une fois par année, tandis que les mêmes écus restent rarement cinq jours de suite dans sa caisse. Il semble que dans un commerce de banque où l’argent paroît [paraît] être la seule marchandise, la proportion de numéraire chômant devroit [devrait] être beaucoup plus forte; cependant une maison qui fait pour un million d’affaires par an, n’a pas habituellement, un jour compensant l’autre, plus de dix mille francs en caisse. Un centième de numéraire lui suffit donc pour la circulation des capitaux, tout comme il suffit à la précédente pour celle des marchandises.

[Translation]

   It costs some, as everyone knows, to keep money in safe, and this is a loss that the owner can always avoid. It also costs some to leave commodities in store as they are, or let it take long time to complete them, but this loss is inevitable, deriving from the nature of things, and, for its compensation, the capitalist has a right to a proportional profit on the commodities and the money he has to leave as they are. When a merchant carries out trade of commodities on the stock of 100,000 ecus, it is sufficient for him to usually have around 1,000 in his safe, while the remaining 99,000 were in his shop. Still, he surely makes as many exchanges in species as in commodities. He makes none of the exchanges without being a payer or a receiver, but his commodities are renewed almost once a year, while the same coins rarely stay for the next five days in his safe. It seems that, in the banking business where money appears to the only commodity, the proportion of specie in idleness [as reserve] should be much larger. However, a trading house which annually makes a million of deals does not usually hold more than 10,000 francs, on average a year, in its safe. A hundredth of specie is therefore sufficient for the house to make its capital circulating, just as it is sufficient for the merchant above mentioned to make its commodities circulating.

Saturday, 4 April 2009

Book 1, chapter 5, paragraph 09

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 129-30]

   Le Cit. Canard suppose (§. 64), «que la masse totale de la richesse du monde commerçant, a une valeur égale à celle de la somme totale du papier de crédit et de l’argent qui circule.» Il part bien du même principe, c’est que tout transfer[t] de propriété se faisant au moyen de l’argent ou du papier de crédit, il est nécessaire que le mouvement de la propriété soit égal à celui du numéraire; mais c’est à cette assertion que l’auteur auroit [aurait] dû s’arrêter, car il étoit [était] facile de sentir, que ce mouvement c’est le momentum des physiciens, qui se compose de la vitesse, et de la masse: Les momentums sont égaux, si la vitesse est décuple, et la masse dix fois moindre d’une part que de l’autre; si l’argent circule plus rapidement que la marchandise, il est bien clair que le nombre d’échanges étant le même de part et d’autre, il faudra nécessairement moins d’argent que de marchandises pour les faire. Or non-seulement il n’y a pas égalité de vitesse entre ces deux mouvemen[t]s, il y a une disparité prodigieuse. Le capital en nature que le fermier emploie pour produire le blé, le vin, et presque toutes les denrées, ne fait qu’une seule circulation dans l’année; d’après le système que nous relevons il faudroit [faudrait] en conclure que l’argent que le consommateur destine à les acheter, ne feroit [ferait] non plus qu’une seule circulation dans le même tem[p]s. Cependant il est certain que les onze douzièmes des consommateurs reçoivent le soir l’argent avec lequel ils acheteront [achèteront] leur pain du lendemain. Il n’est presque aucune manufacture où le fabricant obtienne la rentrée de son argent avant trois mois depuis le jour où il l’a mis en œuvre; mais de tous ses consommateurs, il n’en est presque aucun qui ait gardé trois mois en caisse l’argent avec lequel il achetera [achètera] ses produits.

[Translation]

   Mr Canard, whom we have referred to, supposes that “the total amount of the wealth of the commercial world has the same value as the total sum of paper credit and money in circulation.” This derives well from the same principle, that, if any transfer of property is completed by means of specie or paper credit, it is necessary that the flow of property should be equal to that of specie. But the author ought to have gone no further than this assertion, because it was easy to note that this flow is composed of velocity and mass, like momentum of the physicist. If the velocity is ten times as high and the mass is a tenth as large in one case as in another case, the momentums are equal in both the cases. If specie circulates more rapidly than commodities, it is utterly clear that, the number of exchanges being the same in both cases, there will necessarily need to be less money than commodities to complete these exchanges. But not only do these two flows have inequality of velocity, but also surprising disparity. The capital in kind which the farmer employs to produce corn, wine, and almost all foods circulates only once in a year. According to the system we erects it would be necessary to conclude from this that the money which the consumer appropriates for purchase of them would circulate only once in the same period, too. It is certain, however, that eleven out of twelve consumers receive money in the evening with which they will buy the bread for the following day. There is hardly any factory where the manufacturer obtains income within three months after the day on which he put it at work, but there are hardly any of his consumers who would have kept money in safe for three months with which he will buy the produce from the factory.

Friday, 3 April 2009

Book 1, chapter 5, paragraph 08

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 127-29]

   Dans tout échange les deux valeurs que l’on donne l’une contre l’autre sont supposées égales, du moins selon le cours du marché; le vendeur contre une somme de mille écus, cède une marchandise estimée mille écus. Or comme tous les échanges ou à peu près se trouvent réduits à des achats ou à des ventes, chaque transport de marchandise, suppose un transport d’argent égal en valeur en sens contraire: le mouvement du capital mobilier du vendeur au payeur, est égal à celui du capital numérique du payeur au vendeur. Chaque troc s’étant divisé en deux ventes, de même qu’il contient deux transports de marchandises, occasionne aussi nécessairement deux transports d’argent pour les payer; et si nous considérons sous un seul point de vue toutes les ventes faites dans un pays pendant un espace de tem[p]s donné, un an, par exemple, nous ne pourrons douter que les vendeurs considérés en corps, n’aient reçu pendant cette année, autant de fois cent écus en numéraire, que les acheteurs auront de fois reçu pendant la même année la valeur de cent écus en marchandises, laissant de côté pour le moment les ventes à crédit, qui en effet ne sont point des ventes, mais des prêts. Il ne semble donc pas que l’on puisse révoquer en doute la vérité de ce principe, c’est que dans toute nation, le mouvement du numéraire, est égal au mouvement de la propriété vendue comptant. Si cette nation a un papier-monnoie [monnaie] avec lequel elle fasse communément les achats et les ventes, il est pour elle une espèce de numéraire; et le mouvement de ses monnoies [monnaies], tant métalliques que de papier, sera de même égal au mouvement de sa propriété vendue comptant; il y aura autant de bailleurs de numéraire ou papier, que de bailleurs de marchandises, et pour les mêmes sommes.

[Translation]

   Every time there takes place an exchange, things a pair of men concerned give to each other are supposed to be equal in value, at least according to the market price. The seller gives a commodity which he thinks has the value of 1,000 ecus, for the sum of 1,000 ecus. But, since all or almost all exchanges can be reduced to purchases or sales, whenever a commodity is transported, money equal in value is supposed to be transported in the opposite direction. The flow of movable capital from a seller to a payer is equal to that of monied capital from the payer to the seller. Divided into two sales, barter also necessarily causes two directions of transport of money to pay for two commodities, as well as it involves the same two directions of transport of them. If we consider all sales taking place in a country in a given period, say one year, as a whole, there will be no doubt that the class of sellers as a whole received 100 ecus in specie as many times during this year, as the class of purchasers would receive the value of 100 ecus in commodities during the same year, taking no account of sales on credit for the time being, which indeed are not sales but loans. It does not seem therefore that you can deny the truth of this principle, that in every nation the flow of specie is equal to that of the property sold in cash. If this nation has paper money with which it generally sells and purchases, paper money is a sort of specie for the nation, and the flow of metallic money plus paper money is likewise equal to that of the property sold in cash. There will be as many suppliers of specie or paper as those of commodities, and, moreover, both are equal in sum total.

Thursday, 2 April 2009

Book 1, chapter 5, paragraphs 06-07

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 125-27]

   La partie de la richesse mobiliaire [mobilière] qui est convertie en numéraire cesse de contribuer directement à l’accroissement du capital national, elle est en quelque sorte immuable, et les échanges ne l’altèrent ni ne la bonifient point, à la différence des choses qui se consomment, et qui s’échangent toujours contre une valeur supérieure, lorsqu’elles circulent du capitaliste à l’ouvrier productif; d’où il s’ensuit qu’il seroit [serait] fâcheux qu’une partie trop considérable de la richesse mobiliaire [mobilière], par sa conversion en numéraire, cessât d’être productive.
   L’on a appelé ventes les échanges qui se font d’une valeur quelconque contre du numéraire, et trocs les échanges d’une valeur contre une autre valeur non numérique: Une vente n’est que la moitié d’un troc qui s’achève toujours ensuite par une autre vente que le bailleur d’argent appelle un achat; car celui qui se défait d’une chose dont il peut se passer, ne la vend pas pour employer à son usage l’argent lui-même, dont il ne pourroit [pourrait] tirer d’autre parti que celui de s’en défaire, mais pour employer à son usage ce qu’il achètera avec cet argent. Il conclud [conclut] donc toujours un troc, composé au moins de deux marchés, une ou plusieurs ventés d’abord, un ou plusieurs achats ensuite. Cette facilité à diviser un troc en deux parties, de telle sorte qu’on n’ait point besoin pour obtenir d’un homme ce qu’on désire de lui, d’avoir à lui offrir une chose qui soit appropriée à son usage, est cause que les achats et les ventes ont exclu presque absolument les trocs du commerce, et que presque toutes les stipulations qui ont lieu entre les hommes, ne sont plus autre chose que l’échange d’une valeur quelconque contre de l’argent.

[Translation]

   The part of the movable wealth which is converted into specie ceases to contribute directly to the growth of the national capital, so it is, as it were, immovable, and it is not changed or bettered through exchange, unlike the things which are consumed, and which are always exchanged for something of higher value, in circulation from a capitalist to a productive labourer. From this it follows that it would be inexpedient if too large a part of the movable wealth were converted to specie, only to be unproductive.
   Exchange of something of value for specie is called sale, and exchange of something of value for something else of value, not specie, is called bartering. A sale is only half of an act of bartering, which is completed usually later by another sale, which he who offers money calls purchase, since he who gives a thing he can dispense with does not sell it for the purpose of making use of money itself, of which he could not make other use than giving it over, but for the purpose of making use of what he will buy with that money. Therefore, an act of bartering is always concluded, composed at least of two deals, a sale at first and a purchase later. It is so easy to divide an act of bartering into two parts, that no one has to offer anyone else a thing the former thinks the latter would make use of in order to obtain from the latter what the former desires. As a result, that all sales and purchases have almost completely excluded bartering from commerce, and almost all deals between a pair of men are no longer anything but exchange of something of value for money.

Wednesday, 1 April 2009

Book 1, chapter 5, paragraph 05

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 122-25]

   La valeur intrinsèque de l’argent comme celle de tous les métaux se compose 1.° de la rente de la terre qui a été sacrifiée pour l’ouverture de la mine; 2.° de celle de tous les capitaux fixes qui ont été aliénés irrévocablement, soit à la mine même, pour l’ouverture des galeries, et pour tous les travaux préparatoires à l’extraction du minéral, soit dans toutes les usines appropriées à son triage, à sa fonte, à sa purification, soit dans tous les outils destinés à ces divers ouvrages, soit enfin dans l’instruction des ouvriers rendus propres à les faire; 3.° de la valeur de tout le capital circulant qui a payé le salaire à tous les ouvriers employés au travail des mines, augmentée du profit ordinaire qui à la même époque peut être fait par les capitalistes dans toute autre entreprise. Ces bases d’après lesquelles doit se fixer la valeur intrinsèque de l’argent, sont précisément les mêmes d’après lesquelles doit se fixer la valeur intrinsèque de toute marchandise à l’usage de l’homme; or si la valeur intrinsèque de l’argent est plus forte que sa valeur relative, si l’on n’obtient pas en échange contre lui autant de richesse mobiliaire [mobilière] qu’il en a coûté à produire, c’est une mauvaise spéculation que celle de l’extraire de la terre, et l’entrepreneur d’une mine pauvre qui coûte plus à exploiter qu’elle ne rend, se trouve dans le cas du chef d’une manufacture, qui se verroit [verrait] obligé de donner sa marchandise au-dessous du prix qu’elle lui coûteroit [coûterait] à lui-même. Le dernier peut y être forcé par deux causes, la concurrence d’autres manufacturiers qui travailleroient [travailleraient] meilleur marché que lui, et le manque d’acheteurs. Ces deux causes agissent également sur l’entrepreneur de la mine; la concurrence de toute mine plus riche que la sienne, ou d’une exploitation plus facile, lui fait nécessairement la loi, fut-elle au bout de l’univers; en raison de la facilité du transport de marchandises si précieuses comparativement à leur volume. Aussi les mines du Nouveau Mexique sont-elles celles qui réglent [règlent] partout le prix de l’argent, et l’exploitation des autres ne petit-elle se soutenir, que parce qu’on regarde comme perdus les premiers capitaux fixes employés à leur ouverture, et qu’on n’en retire plus de rente. Le manque d’acheteurs se fait également sentir aux producteurs de métaux précieux, mais c’est d’une autre manière qu’aux fabrican[t]s. L’acheteur des métaux précieux, c’est la société humaine, composée de tous les peuples qui les ont admis pour signe de commerce; elle a besoin pour sa circulation non pas d’un certain poids ou d’un certain volume de métaux précieux, mais seulement qu’une certaine partie aliquote de sa richesse mobiliaire [mobilière], que nous nous occuperons bientôt de déterminer, soit convertie en ces métaux, pour représenter tout le reste. Or la masse des métaux précieux circulan[t]s, est égale en valeur à cette aliquote inconnue; si l’on double cette masse, elle sera toujours égale à la même aliquote, si on la diminue de moitié, elle lui sera encore égale; parce que s’il y a seulement cent mille livres d’or dans l’univers, ces cent mille livres pourront tout aussi bien représenter toute sa richesse, que cent millions de livres. L’acheteur des métaux précieux, la société humaine, donne toujours le même prix pour la masse totale produite, qu’elle soit grande ou petite; et le prix en numéraire de toutes les marchandises paroît [paraît] baisser ou s’élever, selon que la production de l’or et de l’argent excède ou reste au-dessous de la consommation qu’en font les arts, tandis que dans le fait, c’est le prix de l’or et de l’argent qui s’abaisse ou s’élève, le prix des marchandises restant toujours le même.

[Translation]

   Intrinsic value of money, like that of all the metals, is composed of three parts. One is land rent which has been sacrificed for opening the mine. Another is rent of all the fixed capital which has been alienated irrevocably. The capital is fixed in the mime itself for driving mining galleries and for all preliminary operations to extract minerals; in all the plants for selection, melting-down, cleansing; in all the tools for these diverse operations; finally, in the instruction of labourers in make them ready for the operations. The other is the value of all the circulating capital which has paid wages to all labourers engaged in mining labour, plus the ordinary profit the capitalist can gained in the same period in any other undertaking. These fundamentals according to which the intrinsic value of money should be determined are precisely the same ones according to which that of any commodity for human use should be. Now, if the intrinsic value of money is more than its relative value, if you do not obtain as much of the movable wealth in exchange for it as it has cost to produce it, it is an unprofitable project to extract it from earth. And then the entrepreneur of a poor mine, to exploit which it costs more than it remunerates, is found in the place of the master manufacturer who would see himself obliged to give his commodity below the price it would cost him [himself]. This manufacturer can be caused to by two circumstances; the competition with other manufacturers who would supply at a lower price than he, and the small number of purchasers. These two causes equally work upon the entrepreneur of the mine. The competition with every richer mine than his, or with every mine easier to exploit, is necessarily the law to him and, ultimately, to the universe, for the reason that it is easy to transport so precious commodities in comparison to their volume. Thus, the mines of New Mexico regulate the price of money everywhere, and the exploitation of the other mines can only continue because the first fixed capital employed in their opening is considered as loss, and because no rent is borne any longer from it. The small number of purchasers also works upon producers of precious metals, but in a different way than upon general manufactures. The purchaser of precious metals is the human society, composed of all the nations who have accepted them as sign of commerce; for commercial circulation it is necessary not that the society should have a certain weight or certain volume of precious metals, but only that a certain fractional part of the movable wealth (whose determination we will later deal with) should be converted into these metals to represent the remaining part of the movable wealth. Then the mass of precious metals in circulation is equal in value to this unknown fraction. If this mass is doubled, it will be still equal to the same fraction, and, if it is reduced by half, it will be still equal to the fraction. Since the universe has only one hundred thousand pounds of gold, this amount of gold can represent the whole wealth just as well as one hundred million pounds of gold. The purchaser of precious metals, namely the human society, always offers the same price for the whole produce, however huge or meagre the produce may be. Prices of all the commodities in terms of specie appear to fall or rise according as the production of gold and silver is over or below the consumption which the arts [manufactures] make of them. However, indeed, it is the price of gold and silver that falls or rises, and the prices of commodities still remain the same.