Saturday, 21 March 2009

Book 1, chapter 4, paragraph 37

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 115-117]

   Parmi les moyens qu’une politique moderne a mis en usage pour enrichir les nations, celui d’encourager leur luxe n’est pas un des moins bizarres: si un Gouvernement peut occasionner quelque grand rassemblement d’hommes riches, et les exciter à lutter les uns contre les autres par le déployement [déploiement] du plus grand faste, il croit avoir beaucoup opéré pour la prospérité des manufactures, et il s’entend applaudir de toutes parts, comme ayant fait répandre beaucoup d’argent. Il n’est pas douteux qu’il n’ait procuré aux marchands une vente plus avantageuse qu’ils ne l’auroient [auraient] eue sans cela: mais si les acheteurs se sont mis par leur ostentation dans l’impossibilité de faire les épargnes qu’ils étoient [étaient] disposés à faire, s’ils ont même dépassé leur revenu, et emprunté sur leur capital, ils ont fait à eux-mêmes et à la nation un mal bien plus considérable que le léger avantage qu’ils ont procuré aux marchands: La consommation des marchandises qu’on a tirées de leurs magasins s’est faite il est vrai d’une manière un peu plus prompte que dans le cours ordinaire des choses, mais au lieu d’être profitable, elle s’est faite d’une manière ruineuse. C’est comme si le Gouvernement faisoit [faisait] mettre le feu aux greniers des marchands de blé, et leur payoit [payait] ensuite généreusement tout le grain qu’ils contenoient [contenaient]: ces marchands pourroient [pourraient] se trouver fort bien d’une pareille vente, mais la nation y perdroit [perdrait] certainement; au lieu de deux valeurs, savoir le blé, et son prix, elle n’en auroit [aurait] plus qu’une; et le blé au lieu d’être consommé d’une manière profitable, l’auroit [aurait] été d’une manière ruineuse.

[Translation]

   Among the means of which the modern politics has made use in order to enrich a nation, to encourage it into luxury is not one of the commonest. If a government can hold any large assembly of rich men, and excite them to compete with one another for the greatest prominence in luxury, it believes that this works much on the prosperity of manufactures, and hears itself applauded all around as having made much money spent. It is true that it has procured for merchants an advantageous market they would not have had without that policy. But if the purchasers are too attached to ostentation to make a saving they was inclined to, if they have used up their revenue and eaten away their capital, they have done much more harm to themselves and the nation than they have done good to merchants. It is true that the consumption of the commodities bought from the merchants’ stores has been made in a little more prompt way than in the ordinary course of things, but in a ruinous way, instead of in a profitable way. This is as if the the government made a fire put on storehouses of corn merchants, and later paid generously for all the corn they stocked. These merchants could find themselves in profit through such a deal, but the nation would be in loss there. Instead of two values, namely the corn and its price, the nation would have only one value, and the corn would be consumed in a ruinous way, instead of in a profitable way.

Friday, 20 March 2009

Book 1, chapter 4, paragraph 36

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 115]

   Une nation ne s’enrichit que lorsque les particuliers qui la composent s’enrichissent, et qu’ils accroissent leur capital des économies qu’ils font sur leur revenu: aussi long-tem[p]s qu’ils font de semblables épargnes annuelles, quelles que soient leurs dépenses, on ne peut guère les considérer comme étant de luxe, ce n’est que l’honnête aisance que comporte leur état; mais si cet esprit d’ordre fait place à l’amour du plaisir ou de l’ostentation, et qu’à prendre la masse des citoyens, l’un compensant l’autre, il ne se fasse plus d’épargnes annuelles, la nation s’est abandonnée à un luxe qui arrête ses progrès vers la prospérité; si cet amour du plaisir entraîne à des dissipations, et si les revenus nationaux ne suffisent plus aux dépenses, la nation est en proie à un luxe qui la ruine.

[Translation]

   A nation is only enriched when individuals who compose it are enriched, and when they add to the capital the saving they make from their revenue. As long as they make such a saving annually, their expenditure is not regarded as luxury, however much it may be, but is just real richness their condition permits them to enjoy. But if this spirit of order give way to an attachment to pleasure or to ostentation, and if, one offsetting the other on the whole, there is no annual saving any longer, then the nation is indulged in luxury which checks the progress towards prosperity; if this attachment to pleasure leads to dissipation, and if the national revenue is no longer sufficient for the expenditure, the nation is enslaved by luxury which ruins it.

Thursday, 19 March 2009

Book 1, chapter 4, paragraph 35

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 114-115]

   La consommation encourage certainement la production, et comme le marché le plus important pour les ouvriers productifs est celui de leur propre pays, on ne peut disconvenir qu’une nation qui ne consommeroit [consommerait] que très-peu de chose, ne pût se trouver embarrassée pour placer au dehors ses productions, si elles étoient [étaient] considérables. Une grande disproportion ne peut probablement se soutenir long-tem[p]s entre les productions et la consommation d’un peuple, que lorsque son territoire est fort resserré; c’étoit [était] le cas de Genève et des villes anséatiques [hanséatiques] et impériales; c’est à leur heureux esprit d’économie, que les unes et les autres ont dû le rapide accroissement de leurs richesses: mais si l’on ne peut guère se flatter de voir un grand peuple profiter des mêmes avantages, du moins ne faut-il pas l’exciter à se jeter dans l’excès opposé, et lui représenter le luxe comme devant être pour lui une source d’opulence.

[Translation]

   Although the consumption certainly encourages the production, and the most important market for productive labourers is that of their own country, it is undeniable that a nation who consumes a little amount could feel free to put its production abroad if the production were huge. Probably only in courtiers with their extremely small territories does the large disproportion last for a long time between the production and consumption of their nation. This was the case with Geneva, and Hanseatic and Imperial cities. It is due to their happy spirit of economy that all these cities had the wealth grow rapidly. You cannot, however, expect to see the nation of a large country enjoy the same advantages as small, while you should not excite it to go to the other extreme, and tell it of the luxury as leading it to opulence.

Wednesday, 18 March 2009

Book 1, chapter 4, paragraph 34

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 111-114]

   Comme la richesse mobiliaire [mobilière] n’est jamais produite que pour être appliquée ensuite à l’usage de l’homme, il existe un rapport nécessaire entre la production totale, et la consommation totale du monde commerçant; car si le produit mobilier du travail d’une année pour tout le genre humain, surpassoit [surpassait] sa consommation de la même année, il y auroit [aurait] un excédant à consommer pour l’année suivante, qui décourageroit [découragerait] d’une production ultérieure, en la rendant inutile (9). De la même manière une nation qui n’auroit [aurait] aucun commerce extérieur, ne pouvant exporter le surplus de sa production, seroit [serait] obligée de le consommer tout entier: mais une nation qui a un commerce extérieur peut exporter tout cet excédent, et par conséquent peut économiser de deux manières sur son revenu, et accroître de deux manières son capital. La première qui est à la portée de toutes les nations et du monde commerçant tout entier aussi bien que de chacune de ses parties, c’est de destiner chaque année une plus grande proportion des produits du travail à fournir le salaire nécessaire, et par conséquent à préparer de plus grands revenus pour l’année suivante; comme un fermier peut augmenter chaque année ses semailles en proportion de l’augmentation de ses récoltes, ou même dans une proportion supérieure encore à cette augmentation. La seconde manière d’économiser sur ses revenus ne peut convenir qu’à une nation qui a un commerce extérieur, et qui trouve dans son voisinage d’autres nations moins économes et moins sages qui ont besoin d’elle; c’est de leur vendre, ou pour mieux dire de leur prêter l’excédent de sa production; comme le fermier auquel nous l’avons comparée, s’il est à portée d’un marché, vendra tout l’excédent de son blé qu’il ne voudra pas semer; tandis que s’il ne veut pas le vendre, il accroîtra sa famille et son train d’agriculture, en sorte que l’augmentation de sa consommation se proportionne toujours à l’augmentation de ses récoltes.

[Translation]

   Since the movable wealth is only produced for its later application to human use, there is a necessary relation between the total production and the total consumption of the commercial world. For, if the movable produce of labour in a particular year for the human race exceeds its consumption of the same year, there would be some surplus to consume in the following year, which would discourage a part of the production in this year (9). Likewise, a nation with no foreign trade would be obliged to consume the whole of it, for it could not export the surplus of its production. But a nation with foreign trade can export all this surplus, and, consequently, can in two ways save from its revenue and add to its capital. The first way, available to all the nations, and to the commercial world as a whole as well as each part of the world, is by allotting every year a larger proportion of the produce of labour to the necessary wages, and, consequently, by saving the larger sum from the revenue for the following year; as a farmer can increase every year his grains at as high a rate as his harvest, or even at a still higher rate. The second way to save from revenue is only available to a nation who trades with foreign countries, and who finds in its neighbourhood less economical and less wise nations who need it. This way is by selling them, or more properly speaking, by lending them the surplus of its production; as the farmer to which we have compared to the nation, if he is near a market, will sell all that surplus of his corn which he will not sow, while he will multiply his family and his pace of agriculture if he does not want to sell it, so that the increase of his consumption is in proportion to that of his harvest.

Tuesday, 17 March 2009

Book 1, chapter 4, paragraph 33

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 110]

   Lorsqu’une nation s’enrichit, ce qui revient toujours à dire lorsqu’elle consacre chaque année une plus grande masse de richesse mobiliaire [moblière] avancer le salaire nécessaire, et à fournir l’entretien d’un plus grand nombre d’ouvriers productifs, elle les fait naître, elle les appelle de l’étranger, ou elle les élit d’entre les hommes qui composent la classe improductive. Mais pour les déterminer au travail, il ne suffit pas de leur offrir le salaire nécessaire; c’est par un partage plus libéral du superflu que les capitalistes les y engagent; c’est en leur offrant un salaire assez considérable pour vaincre la nonchalance ou les préjugés, et pour faire envisager, ainsi que dans l’Amérique libre, le travail manuel comme l’une des sources les plus abondantes de revenu. Aussi est-ce chez les nations dont la prospérité va en crossant qu’il y a le plus de jouissances, et la plus grande massé de bonheur pour la classe moins aisée de la société, pour celle dans laquelle il dépend de chacun d’entrer (8).

[Translation]

   If a nation is ascending, a fact which means that it allots a larger amount of the movable wealth for advance of the necessary wages every year, and for supply of provisions to a larger number of productive labourers, it proliferates them domestically, calls labourers of the same sort from abroad, or turns unproductive into productive labourers. But, in order to determine them to labour, it is not sufficient to offer them the necessary wages. It is by permitting them to participate in a more liberal distribution of the surplus that the capitalist engages them in labour; that is, by offering them wages high enough to dispel easy-going ways or prejudices, and to make them think of manual labour as one of the richest sources of revenue, as in the Independent America. Therefore, it is in countries which make gradual progress toward prosperity that the worse-off class of the society, into which it depends upon each to enter, live the most joyful and happiest life (8).

Monday, 16 March 2009

Book 1, chapter 4, paragraph 32

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 108-109]

   C’est seulement le salaire nécessaire, et non pas le salaire total des ouvriers productifs, qui détermine la masse de travail mise en mouvement, et qui se retrouve en entier dans la production; le salaire superflu est destiné par l’ouvrier à son luxe et à ses jouissances; tantôt il échange l’étroit nécessaire auquel il a droit contre des alimen[t]s et des vêtemen[t]s plus de son goût, tantôt il consacre ce superflu qui forme son revenu à l’entretien d’ouvriers improductifs qui contribuent à ses plaisirs, tantôt ce superflu lui est enlevé par les impôts du Gouvernement pour maintenir d’autres ouvriers improductifs qu’on suppose utiles à sa défense. Ces différen[t]s emplois du salaire superflu entrent tous également dans la classe des dépenses nationales et quelle que soit la proportion entre le salaire superflu et le nécessaire, si celui-ci reste le même, la valeur de la production n’en est pas altérée; elle ne l’est pas même, soit que l’ouvrier ne puisse obtenir du capitaliste aucun salaire superflu, soit que celui-ci lui soit enlevé en entier par lei impôts. Mais dans l’un et l’autre cas un homme sensible ne peut voir sans douleur la classe la plus intéressante de la nation; celle qui la nourrit toute entière du fruit de ses sueurs, privée de toutes ses jouissances, pour en faire le partage de gens oisifs, ou qui lui sont à charge.

[Translation]

   It is only the necessary wages, not the total wages of productive labourers, that determine the amount of the employed labour, and that are found again as a whole in the production. The labourers allot the surplus wages for their luxury and enjoyment. Sometimes they exchange those basic necessaries to which they have the right for foods and clothing better to their taste. Sometimes they allot that surplus which forms their revenue for maintenance of unproductive labourers who contribute to their pleasure. Sometimes they are deprived of the surplus by taxation of the government in order to maintain other unproductive labourers who are supposed to serve their defence. These different employments of the surplus wages all enter into the class of the national expenditure, and, whatever proportion between the surplus and the necessary wages, the value of the production is unchanged as far as the necessary wages remain the same. It is unchanged even if the labourer may obtain no surplus wages from capitalists, or even if he may be deprived by all the surplus wages by taxation; though, in both the cases a sensible man cannot see without sorrow the most interesting class of the nation, who provide the nation with all the fruit of their toil, deprived of all their joys, in order to distribute them among idle men, or those of whom they take care.

Sunday, 15 March 2009

Book 1, chapter 4, paragraphs 30-31

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 104-108]

   L’on voit donc que la plus importante des observations à faire sur l’accroissement ou le déclin de la prospérité nationale, c’est la comparaison du salaire nécessaire avancé dans l’année courante, avec celui avancé dans la précédente; puisque selon que la différence est nulle, ou qu’elle est une quantité positive ou négative, la nation peut s’enrichir ou se ruiner, lors même que la situation de son commerce étranger sembleroit [semblerait] indiquer des résultats contraires (7).
   Ainsi donc la balance générale des exportations et importations, qu’on connoît [connaît] sous le nom de balance du commerce, lors même qu’on la calculerait avec exactitude (chose extraordinairement difficile) ne suffire point pour prononcer si une nation est dans un état rétrograde, ou de prospérité croissante; à moins qu’on ne la combina avec la seule observation déterminante, savoir la proportion entre le salaire nécessaire à retrancher du prix de la production obtenue, et le salaire nécessaire avancé pour une production à obtenir.

[Translation]

   Therefore, you see that the most important observation regarding the growth or decline of the national prosperity is the comparison of the necessary wages advanced in the current year with those of the previous year; since the nation can be ascending or declining according as the difference is null, positive or negative, though the situation of its foreign trade would seem imply contrary results (7).
   Therefore, the general balance of exportation and importation, which is understood in the name of the balance of trade, even if it should be exactly calculated (extraordinarily difficult), does not suffice to tell us whether a nation is in a retrogressive or progressive state in prosperity, unless it coincides with the only determinant observation, that is, the proportion between the necessary wages to be deducted from the price of the production of the current year, and those advanced for the production of the next year.