Monday, 22 December 2008

Preface, paragraph 07

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, x-xi]

   La seconde partie de la tâche imposée aux Gouvernemen[t]s en les chargeant [(1)] de faire le bien des Peuples, et la seconde branche de la science qu’ils doivent professer, consiste à conduire les citoyens commis à leur charge vers la richesse, et l’Etat vers la puissance, en augmentant les revenus de la société. C’est là l’économie politique, science d’un usage bien plus général, quoique elle ne soit pas d’un plus grand intérêt que la politique elle-même, parce qu’on peut également la mettre en pratique dans tous les tem[p]s et dans tous les lieux. Le Gouvernement qui adopte ses principes, en retire un égal avantage, sur quelque base qu’il soit lui-même fondé. Sa richesse et sa puissance sont toujours le résultat de la richesse et de la population de ses Etats, qu’elle lui apprend à augmenter; et soit qu’il se propose de rendre les citoyens heureux, ou de devenir lui-même formidable, toujours il se conduira d’après les règles qui peuvent accroître son opulence, dès qu’il les aura reconnues pour certaines, toujours il augmentera les jouissances des citoyens, ou il soulagera les peines des sujets.

[Translation]

   The second part of the task imposed on governments holds it responsible for the welfare of the nations, and the second branch of the science to which they should devote themselves consists in leading the citizens towards wealth and the state towards power, by means of augumentation of the revenue of the society. This science is political economy, which is of more general use, though not more interesting, than politics proper, because it can be put into practice equally every time and place. Any government, which adopts the principles of political economy, withdraws the same advantage from the science, whatever its foundation may be. Its wealth and power are always the result of wealth and population of its nation, which political economy teaches it to increase. Whether it choose to make the citizens happy or to make itself great, it will always behave according to the rules which can increase its wealth, as soon as it has acknowledged them for sure, and it will always provide the citizens with more pleasure, or will relieve the subjects of pains.

[Translator's note]

(1) I don't know why the present particle "(en) chargeant" is used here instead of the indicative present "charge", or I suspect that, if the former is used, the following conjunction "et" should not be needed. Your explanation would be appreciated.

Sunday, 21 December 2008

Preface, paragraph 06

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, ix-x]

   Je vois dans la science du Gouvernement deux branches importantes, dont chacune se subdivise en un grand nombre de moindres rameaux; l’une a pour but les principes de sa constitution, l’autre, les règles de sa conduite: la première par l’établissement de la vraie liberté, élève le caractère du citoyen à la grandeur, à la noblesse et à la vertu, tandis que par l’affermissement de l’ordre, elle pourvoit à sa sûreté et à son repos: la second, par l’adoption d’une sage législation économique et financière fait fleurir les arts, le commerce et l’agriculture, élevant ainsi une nation par la richesse et la puissance au plus haut degré de prospérité. La première partie de la tâche de l’administration dépend de la constitution même du Souverain, et du contrat qui a précédé la formation du Gouvernement: cette partie de la science n’est pas d’un usage habituel, elle doit être réservée aux hommes libres, et aux siècles libres; elle enseigne quels sont les élémen[t]s des bonnes constitutions, les bases sur lesquelles on peut asseoir la vraie liberté, et les appuis par lesquels on peut assurer les droits des citoyens; c’est elle qui constitue la politique proprement dite.

[Translation]

   To my thought the science of Government has two important branches, each of which is subdivided into a great number of lesser branches; one deals with the principles of its constitution, and the other with the rules of its conduct. The first is to raise the character of the citizens to greatness, nobleness, and virtuousness by means of establishment of true liberty on one hand, and to provide them with security and peace by means of reinforcement of order on the other hand. The second is to promote arts [manufactures], trade, and agriculture by means of adoption of a wise economic and financial legislation, and consequently to raise a nation to a higher level of prosperity by wealth and power. The first part of the task of the administration depends on the constitution of the sovereign and on the contract which led to the formation of the government. This first branch of the science is not of general use and it must be reserved for liberal men and liberal ages. It tells us what the elements of the sound constitutions are, what the cornerstones of true liberty are, and what the foundations of the civil rights are. This is what constitutes politics proper.

[29/01/2009 08:10]

Following Dr. Ikeda's advice, I revise a part of my translation as below. (merci beaucoup!).

In my eyes the science of Government has two important branches, each of which is subdivided into a great number of lesser branches.

Saturday, 20 December 2008

Preface, paragraphs 04-05

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, vii-ix]

   Sous tous les rapports la science du Gouvernement est faite pour intéresser les hommes et captiver leur attention; l’importance, l’universalité de son objet, sa connexion intime avec tous les intérêts de la vie, avec les plus grands comme avec ceux qui renaissent chaque jour; le genre de connoissances [connaissances] qu’elle suppose, les bases sur lesquelles elle est fondée, les qualités de l’esprit qu’elle exige et qu’elle développe, tout est attrayant en elle, tout semble contraster avec la pédantesque pesanteur de la plupart de ceux qui l’ont professée.
   Personne je l’espère, ne révoque plus en doute aujourd’hui, que les Gouvernemen[t]s ne doivent se considérer comme établis pour procurer le bien des Peuples qui leur sont soumis. La science du Gouvernement, c’est donc la science de rendre les hommes heureux; et comme le bonheur se compose d’élémen[t]s divers, on peut la définir encore, la connoissance [connaissance] des moyens de procurer aux Peuples la plus grande masse de liberté, de sûreté, de tranquillité, et de vertu; de richesses, de santé, et de forces, dont ils puissent jouir simultanément.

[Translation]

   In every respect the science of Government is made to interest man and to attract his attention. The importance and universality of its object, its intimate connection with all interests of life (from the most important to the commonest), its prerequisite kind of knowledge, its foundations, and the qualities of mind required and developed by it, are all attractive, and seem to be in contrast with the pedantic inertia of almost all who profess it.
   I hope no one today entertains doubt any longer that governments should be regarded as established for the purpose of working for the welfare of the nations who are subject to them. The science of Government is, therefore, the science of making a nation happy, and, since the happiness is made up of various elements, it can be defined as the knowledge of means that may procure for a nation the greatest portion of liberty, security, peace, and virtue; of wealth, health, and power, which can be enjoyed simultaneously.

Friday, 19 December 2008

Preface, paragraph 03

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, v-vii]

Doit-on cependant sur la crainte de faire le mal, se livrer à un découragement absolu, et renoncer à une étude qui a pour but de rendre les hommes heureux? Si personne n’étoit [était] encore entré dans la carrière politique, si aucune théorie n’avoit [avait] été prêchée avec succès, et n’avoit [avait] engagé les Peuples et les Gouvernemen[t]s à se départir de leurs intérêts les plus prochains [proches (1)] pour en atteindre d’hypothétiques, peut-être, je l’avoue, hésiterois-je [hésiterais-je] entre les dangers et les avantages d’une discussion sur un sujet si difficile à approfondir; mais ce n’est tout au plus que l’ignorance seule, non pas l’erreur, que l’on peut préférer à la pénible recherche de la vérité. Avant d’entreprendre un voyage, on peut balancer entre les dangers de la route, et les avantages qu’on en peut retirer; lorsqu’on chemine, et qu’on s’est déjà égaré, ce n’est plus les douceurs du repos que l’on doit faire entrer en ligne de compte pour prendre un parti, il n’en reste qu’un seul d’admissible, celui de chercher la bonne route, pour se hâter d’y rentrer. Puisque depuis un siècle et demi l’Europe entière est livrée à l’étude théorique de la science du Gouvernement; puisque plusieurs nations l’ont appliquée, tantôt à leur organisation politique, lorsque par des révolutions violentes elles ont passé du pouvoir d’un seul à celui de plusieurs, ou de celui de plusieurs à celui d’un seul; tantôt à leur législation économique, lorsqu’elles ont fait succéder les franchises au monopole, et le monopole aux franchises; tantôt à toutes les autres parties de l’administration des Etats; puisqu’on ne retrouve point l’ancien ordre des choses, qu’on ne peut point y retourner, mais qu’il faut ou maintenir les innovations, ou leur substituer un autre système; puisqu’il faut agir enfin; il n’y a plus à hésiter, nous devons approfondir la théorie de cette science, et ne point nous rebuter jusqu’à ce que nous soyons parvenus à la conviction. Cette vaste carrière nous est donc ouverte, ne craignons pas d’y entrer, nous verrons qu’elle peut être parsemée de fleurs.

[Translation]

Should you, however, in fear of doing any evil, be absolutely depressed and abandon a study which aims at making man happy? If no one had begun political investigations yet, if no theory had been successfully preached and had persuaded a nation and a government into losing their nearest interests in order to attain hypothetical ones thereby, perhaps, I confess, I would hesitate between the risks and the benefits of a debate on such a difficult subject to inquire into. Rather, it is at most only ignorance, not error, that you would prefer to the painful research after truth. Before undertaking a voyage, you can hesitate between the risks of taking a road and the benefits expected from doing so. But, along the way, when you have got lost, it is no longer the easiness of rest that you must take into account in your decision-making. Then there is nothing to do but search for the right road in order to take it in a hurry and get back. As you see, for one and a half century the whole of Europe has been engaged in the theoretical study of the science of Government. Several nations have sometimes applied it to their political organization, in, by violent revolutions, transferring power from the hands of a single person to those of some persons, or from those of some persons to those of a single person. They have sometimes applied it to their economic legislation, in replacing monopoly by freedom, or freedom by monopoly. They have sometimes applied it to all other parts of the administration of the states. Now, as you see, no ancient order of things remains, so it is not possible to return to it but it is necessary to support innovations or to substitute another system for them. In the end it is necessary to take action. Therefore, with no more hesitation, we must develop the theory of this science, and must keep courage until we have reached a firm belief. This vast field is thus open to us, and, if we venture to enter it, we shall see that it can be rich.

[Translator's note]

(1) I have no idea why the adjective "prochains" is used here instead of "proches." Your comments would be much appreciated.

Thursday, 18 December 2008

Preface, paragraph 02

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, iii-v]

Selon la manière dont on la cultive, cette science peut être en effet ou la plus dangereuse, ou la plus utile de toutes les études. Elle a pour but, non point des intérêts éloignés, et sur lesquels nous pouvons à peine avoir une légère influence, mais tout ce qui nous touche de plus près, tout ce qui nous importe le plus, nos lois, nos mœurs, nos propriétés, notre religion, notre liberté, quelquefois même notre existence. Lorsque les observateurs de la nature tombent, en étudiant ses lois, dans quelque erreur grossière touchant l’ordre qu’elle s’est prescrit, comme ils ne font que se traîner sur la surface de ses admirables ouvrages, sans pouvoir les altérer, elle se rit de leurs méprises, et n’en suit pas moins rigoureusement les règles invariables qu’ils ont méconnu; mais lorsque les politiques analysent les principes et la conduite des Gouvernemen[t]s, ils s’occupent des ouvrages des hommes, que d’autres hommes peuvent altérer ou détruire. Pour opérer une révolution, non pas dans la science, mais dans les choses, il leur suffit de persuader ou de convaincre ceux qui ont le pouvoir en mains. Ah! lorsque l’on réfléchit aux sources innombrables d’erreurs dans lesquelles les hommes sont forcés de puiser sans cesse, lorsque l’on voit le doute et l’incertitude envelopper les faits les plus rapprochés de nous, lorsque l’on a appris par une triste expérience, que les raisonnemen[t]s en apparence les plus forts et les mieux liés mènent souvent au mensonge, avec quelle inquiétude, avec quelle défiance doit-on présenter une nouvelle théorie qui peut compromettre nos intérêts les plus chers.

[Translation]

According to the way it is cultivated, indeed, this science can be the most dangerous or the most useful of all studies. The science does not deal with those interests which are very far from us and on which we can hardly exert the slightest influence, but with all those which will concern us the soonest, and which are the most important to us; our laws, our morals, our property, our religion, our freedom, and sometimes even our existence. While studying the laws of nature, some natural observers [natural philosophers] fall in some horrible errors in perceiving the order prescribed by her, and yet, as they are only reading the marvellous work by her, they cannot change it. In this case, nature laughs at their mistakes, and, as rigorously as before, observes those invariable laws which they do not recognise. To the contrary, when politicians [political philosophers] analyse the principles and the conduct of Government, they deal with the work by man, that is, that which man can corrupt or destroy. In order to bring about a revolution, not in theory, but in practice, they have only to persuade or to convince those in the saddle. Alas! Think of the countless sources of errors to which man is always exposed. Think of the ambiguity and the uncertainty entailed even by the affairs which are the most closest to us. Think of the fact, which you have learned by a sad experience, that the seemingly strongest and securest reasoning often leads to illusion. How disquieted and uncertain you should be in introducing new theories even if they can compromise our dearest interests!

Wednesday, 17 December 2008

Preface, paragraph 01

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, i-iii]

La science du Gouvernement, tantôt présentée par des déclamateurs et des démagogues, comme étant à la portée des esprits les plus bornés, et comme découlant rigoureusement d’un petit nombre de principes incontestables; tantôt renfermée par des jurisconsultes et des savans [savants] systématiques au dedans d’une enceinte de subtilités métaphysiques, de calculs obscurs, de mots techniques peu entendus, et de tout l’appareil de l’érudition; cette science, dis-je, est devenue également redoutable pour la plupart des hommes. Si quelqu’un cherche à la rendre populaire, on tremble qu’il ne réveille la funeste manie de faire des expériences sur nos intérêts les plus chers, et qu’il n’amène le bouleversement de l’Etat pour mettre à l’épreuve ses théories. Si un autre, au contraire, la soumet au raisonnement et au calcul, on croit le voir la réclamer pour le domaine de l’ennui, on tremble en ouvrant son livre, non du mal qu’il peut faire, mais de la fatigue qu’il doit occasionner au lecteur. Il est convenable, sans doute, en présentant au public un nouveau livre sur la science du Gouvernement, de chercher à dissiper des préjugés aussi contraires à ses progrès; de montrer d’une part, que si quelques dangers sont liés à son étude, ce sont des dangers qu’il ne nous est plus permis d’éviter; que forcés de nous y soumettre, nous devons du moins recueillir en même tem[p]s les fruits qui leur sont attachés; de l’autre, que cette science étudiée comme elle doit l’être, ne présente pas moins d’attraits qu’aucune de celles qu’on voit poursuivre avec le plus d’ardeur.

[Translation]

The science of Government has sometimes been described, by agitators and demagogues, as being within the reach of the most narrow-minded, and as rigorously deduced from a small number of incontestable principles. It has sometimes been hidden, by jurisconsults and systematic writers, behind a surrounding wall of metaphysical subtleties, of difficult calculations, of unfamiliar technical terms, and of all esoteric appearance. To my thought this science has become correspondingly formidable for almost all men. If someone tries to make it popular, it will be suspected in fear and trembling that he would provoke calamitous obsessions to make experiments of the greatest consequence to us, and that he would bring upheaval to the state in order just to test his theories. If someone else, on contrary, subjects it to reasoning and to calculation, he is regarded as claiming that it is boring, and whoever opens his book is scared, not because it would do any evil, but because it might tire the reader. Beyond doubt it is proper that, when you introduce to the public a new book on the science of Government, you should try to dispel the prejudices which can obstruct its progress. You should show, on one hand, that if you find some danger in its study, it is the danger [risk] which you can no longer avoid; you should not uncritically obey it, but at least try to reap the fruits yielded by it. You should show, on the other hand, that this science, studied as it should be, is no less interesting than any of those sciences to which you should devote yourself.

De la richesse commerciale, Sismondi, 1803

The first book dealt with on this blog is De la richesse commerciale, vols. 1-2, written by Jean Charles Léonard de Sismondi, published in 1803 in London. The author is a historian and economist from Geneva (for his biograchical facts in detail see the entry of wikipedia). This work is one of the earliest in France that expounded and applied the economic doctrines of the Wealth of Nations (1776) by Adam Smith, but we have no English translation of it up to today.