Thursday, 11 November 2010

Book 3, chapter 7, paragraph 30

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 358-361]

   Une colonie nouvelle est douée d’une si grande vigueur, qu’elle se relève le plus souvent en dépit des erreurs de ceux qui lui donnent des lois: elle peut presque toujours payer des impôts très considérables, sans qu’ils absorbent la totalité du surplus de ses revenus sur ses dépenses, ou de ses épargnes annuelles. Cependant on n’a levé sur les colonies, et surtout sur celles de la France, que des impôts tout à fait modérés au profit du fisc (7); mais l’on en a levé d’exorbitants au profit des marchands, en donnant à ceux-ci le double monopole, et de la consommation de la colonie, et de l’achat de ses productions. Pendant assez long-temps, et jusqu’en 1722 au moins, le commerce des colonies Françaises en Amérique rapportait un bénéfice de cent pour cent, et même davantage. Savary auteur du Dictionnaire du commerce, le plus judicieux et le plus exact écrivain qu’ait la France sur ce sujet, assure que de son temps il y avait 400 pour cent à gagner sur la rubanerie et les modes qu’on portait à Québec (8). Or les colonies Françaises n’étaient point assez éloignées, pour que leur distance pût légitimer un profit si prodigieux. Si le négoce avait été absolument libre, il serait probablement tombé entre 20 et 25 pour cent. Je ne crois pas que le bénéfice que font les Anglais dans leur commerce au Canada arrive à beaucoup près à 20 pour cent. Un impôt sur la consommation, qui s’élève à trois fois la valeur de la chose importée, est sans doute le plus exorbitant qu’on ait jamais payé: puisque les consommateurs pouvaient le supporter sans se miner, il est factieux qu’ils ne le payassent pas au fisc, plutôt qu’à des marchands, qui n’avaient aucun droit pour le percevoir.

[Translation]

   A new colony is endowed with such vigour that it grows the most often in spite of errors committed by those who rule it. It can almost always pay enormous taxes without drying up all the surplus of its revenue over its expenditure, or its annual savings. Nonetheless, colonies, and the French ones in particular, were charged only with impeccably moderate taxes to the profit of the treasury (7). However, they were charged with exorbitant taxes to the profit of merchants, who are given the double monopoly: for consumption in the colony, and for purchase of its produce. For a sufficiently long time, and until 1722, at the earliest, the trade of the French colonies in America bore 100 per cent of profit, and ever more. Savary, the author of the dictionary of commerce, and the wisest and most accurate writer that France has seen on this subject, argues that, at his time, the ribbon and fashion industries that were introduced to Quebec gained 400 per cent of profit (8). And yet the French colonies were not so far that their distance can justify such a staggering profit. If trade had been completely free, the profit would have fallen between 20 and 25 per cent. I do not believe that the profit gained by the English from their trade with Canada amounts to more than 20 per cent, but rather much less. A tax upon consumption, which has increased to be three times as high as the value of the goods imported, is no doubt the most exorbitant of all that have even been paid. Since consumers could support it without being ruined, it is inadequate that they did not pay to the treasury but to the merchants, who did not have any right to collect it.

Wednesday, 10 November 2010

Book 3, chapter 7, paragraph 29

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 358]

   Le commerce avec les Isles fut rendu libre pour tous les Français en Décembre 1674. La France qui se relevait alors de l’épuisement où ses longues guerres civiles l’avaient jetée, faisait des pas rapides vers la richesse, et se trouvait dès cette époque, en état d’embrasser le commerce auquel on l’appelait: quarante ans plus tard elle faisait déjà celui des Antilles avec deux cents vaisseaux. L’exclusion des étrangers néanmoins, diminuait considérablement l’échange des marchandises entre l’Amérique et l’Europe, au grand préjudice de l’une et de l’autre. Quant à l’Amérique, en réduisant le nombre des acheteurs, on restreignit certainement sa production, et l’on mit obstacle aux nouveaux défrichements, aux nouvelles plantations, et à la multiplication des colons; quant à l’Europe, on la priva d’une partie de ses jouissances, et on lui fit payer l’autre bien plus chèrement.

[Translation]

   Trade with these islands was rendered free for all the French in December 1674. France, then recovering from the exhaustion in which her long civil wars had placed her, and making rapid progress towards opulence, now was able to do the trade for which she was called on. Forty years later, France began to trade with the Antilles, with two hundred vessels. The exclusion of foreigners nevertheless diminished the exchanges of commodities between America and Europe to the great detriment to both of them. On the side of America, it diminished the number of buyers and certainly checked production, only to place obstacle in the way to new clearance, new plantations, and multiplication of settlers. On the side of Europe, it deprived the nation of some part of enjoyments, and made her pay a much higher price for other part.

Tuesday, 9 November 2010

Book 3, chapter 7, paragraph 28

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 356-357]

   Les colons Français ne purent plus dès lors négocier, ni avec leurs anciens correspondants les Hollandais, ni avec tout le reste de leurs compatriotes Français, à l’exception des vaisseaux de la Compagnie. Celle-ci entreprit un commerce aussi vaste, avec quarante-cinq navires, et alla même bientôt en déclinant. Nous avons vu que les Hollandais en envoyaient cent dans les Antilles seules; l’on peut comprendre combien la Compagnie profita de la diminution de concurrence, pour augmenter le prix relatif de toutes les marchandises qu’elle vendait, et diminuer celui de toutes celles qu’elle achetait; c’est-à-dire, augmenter les dépenses, et diminuer les revenus de la colonie. Mais ce mal, quelque prodigieux qu’il fût, ne pouvait se comparer à celui qu’occasionnait la privation absolue d’écoulement, pour les marchandises coloniales, et d’importation, pour celles dont l’Amérique avait besoin. Cent vaisseaux ne suffisaient pas à ce double transport dans l’enfance des colonies; des quarante-cinq de la Compagnie, il n’y en avait probablement pas vingt qui touchassent aux Isles, à l’époque qu’elles prenaient de la vigueur. Heureusement que cette Compagnie fut dissoute au bout de neuf ans; autrement on ne peut guère douter qu’elle n’eût absolument ruiné nos établissements dans le Golfe du Mexique (6).

[Translation]

   From then on, the French settlers were prohibited from trading with their former correspondents, the Dutch, or with the rest of the French nation, except vessels of the company. The company carried out such an extensive trade with forty-five vessels, and was soon on the gradual decline. We have seen that the Dutch sent one hundred vessels to the Antilles alone. We can understand how the company profited from milder competition to increase the relative price of all commodities that it would sell, and to diminish that of all it would buy: that is to say, to increase the expenses and to diminish the revenues of the colony. However, this evil, no matter how enormous it might be, could not be compared to that done by complete slump in circulation for commodities produced in the colonies and in importation for commodities demanded in America. One hundred vessels were not sufficient to this double transport in the infancy of the colonies. Of forty-five vessels of the company, there were probably less than twenty which reached the islands, in the period when the colonies were vigorous. Fortunately, this company was dissolved only nine years after its foundation. Otherwise, there is no doubt that it would have ruined our settlements in the Gulf of Mexico (6).

Monday, 8 November 2010

Book 3, chapter 7, paragraph 27

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 355-356]

   Mais la même jalousie qui a constamment dicté tous les monopoles, engagea Louis XIV à créer en 1664, pour chasser les Hollandais de ces parages, une Compagnie Royale des Indes Occidentales, à laquelle il accorda en toute propriété, le Canada, les Antilles, l’Acadie, les isles de Terre-Neuve, l’isle de Cayenne, la Terre-Ferme de l’Amérique méridionale depuis le Marignon à l’Orénoque, et les côtes de Sénégal et de Guinée, avec le privilège exclusif de commercer dans tous ces parages, soit directement de l’Europe à l’Amérique, soit pour la traite des nègres, de l’Afrique à l’Amérique (5).

[Translation]

   However, the very jealousy that has constantly dictated all monopolies drove Louis XIV to found a Royal Company of West Indies in 1664 in order to expel the Dutch from these areas of sea. He accorded this company full ownership of Canada, the Antilles, Acadia, the islands of Newfoundland, the mainland of South America from Marignon to the River Orinoco, and the Coats of Senegal and Guinea, along with the exclusive privilege to trade in these areas, either directly from Europe to America, or for the slave trade from Africa to America (5).

Sunday, 7 November 2010

Book 3, chapter 7, paragraph 26

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 355]

   Depuis 1625, époque de la première fondation des colonies des Antilles, jusqu’en 1664, les colons Français furent presque abandonnés par la métropole; et c’est peut-être en partie à cet abandon, et à l’absolue liberté de commerce qui en était une conséquence, qu’ils durent leur première prospérité. Les Hollandais faisaient alors presque tout le commerce des isles Françaises, les villes de Flessingue et de Middelbourg y envoyaient dès cette époque plus de cent bâtiments.

[Translation]

   Since 1625, the year of the first foundation of colonies in the Antilles, until 1664, the French settlers were almost abandoned by the home country. It may be partly to this abandonment, and to the complete freedom of trade which resulted from that, that they owed their prosperity in their earliest times. In those days, the Dutch did almost all trades with the French islands, and the cities of Flushing and Middelburg sent more than one hundred vessels from then on.

Saturday, 6 November 2010

Book 3, chapter 7, paragraph 25

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 354-355]

   On n’examinera pas même si les travaux des plantations sont au-dessus des forces des Européens; après avoir vu les Français et les Anglais triompher des sables brûlants de l’Egypte, on ne peut plus regarder comme trop violent pour eux le travail des champs, dans un climat bien plus tempéré. Rendre la paix aux Colonies, anéantir le préjugé qui y avilit le cultivateur, voilà la tâche vraiment difficile; trouver ensuite des cultivateurs libres, en serait une bien moins pénible.

[Translation]

   We shall not examine whether labour on plantations is beyond the powers of the Europeans. After having seen the French and the English overcome burning hot sands in Egypt, we can no longer think it too tough for them to work on farms in a more temperate climate. It is a really difficult task to return peace to the colonies, and to wipe out the prejudice against cultivators there. With this task accomplished, it would be even less difficult to find free cultivators.

Friday, 5 November 2010

Book 3, chapter 7, paragraph 24

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 354]

   La totalité des blancs établis dans ces isles fertiles, et dont le climat n’est point partout mal sain, n’arrivait pas avant leurs désastres à 60,000; tandis que l’Amérique libre compte cinq millions d’habitants originaires d’Europe, que le Canada en possède 200,000 sortis de France, et que la Louisiane en 1793 en comptait 50,000. Ni les inondations du Meschacébé, ni les exhalaisons des Marais de la Caroline, ni les guerres sanguinaires et toujours renaissantes des sauvages, ni celle pour la liberté de l’Amérique, n’ont pu arrêter la population, dans des pays où l’esclavage n’était point assez commun, pour rendre le travail honteux aux yeux des hommes libres; tandis que la paix et la fertilité des Antilles n’ont pu leur conserver qu’une faible partie de la population qu’elles avaient reçue d’Europe, lorsque la mollesse se reposant sur l’esclavage, eut tari la source de la reproduction.

[Translation]

   The total number of the whites settled in those fertile islands where the climate is not everywhere unhealthful had not amounted to 60,000 before their disasters. Meanwhile, America counts 6,000,000 habitants of European origin, Canada possesses 200,000 habitants from France, and Louisiana had 50,000 in 1793. Floods in the River Mississippi, sultriness of swamps in Carolina, bloody and periodic battles against savages, or the war for the independence of America, put no end to population growth in the country where slavery was not common enough to make labour disgraceful in the eye of free men. By contrast, peace and fertility in the Antilles were able to secure the islands only a small part of the population received from Europe, when effeminacy resulting from slavery had dried up the source of reproduction.