Friday, 1 October 2010

Book 3, chapter 6, paragraph 19

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 323-324]

   D’après ces deux maximes nous trouverons, que le commerce de l’Inde est aussi bien que tout autre, avantageux aux nations Européennes, lorsqu’elles sont mûres pour le faire; c’est-à-dire, lorsque leurs capitaux ayant rempli les premières voies de la circulation, cherchent au dehors un nouvel emploi, un profit mercantile et un revenu, qu’ils ne pourraient plus obtenir dans le marché intérieur.

[Translation]

   According to these two maxims, we will find that trade with India is as advantageous to European nations as any other branch of trade, when the nations are mature enough to carry it out; that is, when their capitals, having filled the first channels of circulation, search abroad for a new employment, a mercantile profit, and revenue, which they could not find in their home markets.

Thursday, 30 September 2010

Book 3, chapter 6, paragraph 18

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 321-323]

   L’affranchissement du commerce de l’Inde, en augmentant les forces que les Français pourraient opposer aux nations qui n’y jouissent pas du même avantage, tendrait donc à leur en assurer la plus grande part, du moins autant que leurs capitaux pourraient y suffire. Mais dans le système que suit actuellement le Gouvernement par rapport au commerce, lui convient-il de favoriser celui de l’Inde? l’on peut à bon droit s’étonner des encouragements que lui ont donné les Peuplés qui avaient embrassé le système mercantile, puisque ce commerce est absolument opposé à ses maximes. Il consiste en dernière analyse à échanger le numéraire de l’Europe contre les marchandises ouvrées dès tropiques: les mêmes règles qui ont dicté la législation des douanes, condamnent un négoce qui diminue lis quantité de numéraire, et qui augmente et chez nous, et dans les marchés de l’Europe pour lesquels nous travaillons, la quantité de marchandises qui doivent faire concurrence à celles que nous production. L’on ne peut répondre à ces objections qu’en admettant avec Adam Smith, les deux maximes que j’ai cherché à développer dans cet ouvrage; et qui sapent dans ses fondements le système mercantile; savoir, qu’il n’est point de l’intérêt des nations que la quantité de numéraire soit accrue par le commerce, mais qu’au contraire il est à désirer que l’exportation absorbe lé surplus de production des mines de l’Amérique. 2.° Que l’intérêt de chaque nation est le même que celui de ses consommateurs, et qu’il vaut mieux acheter bon marché an dehors que de faire chèrement chez soi (7).

[Translation]

   Therefore, if trade with India were made open, then the French nation could oppose more powerfully the nations who do not enjoy the same advantage there, and, therefore, would tend to dominate the major part of the trade, at least as long as their capitals could be sufficient for that. Nevertheless, is it adequate for us to show favour to trade with India, in the system currently followed by the government in regard to trade? You may well be surprised at the encouragements which were given to this trade by the peoples which had adopted the mercantile system, because this trade is completely opposed to its maxims. After all, it consists in exchanging specie of Europe for finished goods from tropics. That rule that has directed the legislation of customs is to condemn trade which diminishes the quantity of specie, and increases the quantity of commodities which should be in competition with ours, both in our markets and in the foreign markets in Europe that we supply. We cannot respond to these objections except by admitting with Adam Smith the two maxims that we have tried to expound in this work, and which fundamentally undermine the mercantile system; that is to say, firstly, that it is not to the interest of nation to increase the quantity of specie by trade, but, on the contrary, to let exportation absorb a surplus of the produce of mines in America; secondly, that the interest of every nation is the same as that of her consumers, and that it is better to buy at a low price in a foreign market than to do at a high price in ours (7).

Wednesday, 29 September 2010

Book 3, chapter 6, paragraph 17

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 318-321]

   Mais aujourd’hui les Européens ont des établissements chez toutes les nations dont le commerce peut être avantageux, et qui ne sont pas assez policées, pour qu’on puisse traiter directement avec elles; et le commerce des Indes a besoin moins qu’aucun autre d’être soutenu par de semblables moyens. La ville de Pondichéry qui est rendue à la France par le traité de paix, peut, si on la change en port franc, devenir entre ses mains le marché de l’Inde entière. Les Colonies des Isles de la Réunion, dont la conservation en cas d’une nouvelle guerre est plus assurée que celle de Pondichéry, sont dans un état assez florissant, pour devenir, aussi bien que cette ville, un des entrepôts généraux du commerce de l’Inde. Les négociants qui s’y sont déjà établis, et ceux qui s’y établiront encore, si le commerce est complètement affranchi, seront assez rapprochés de l’Inde, pour entretenir des relations habituelles dans tous ses ports. Peut-être réussiront-ils à attirer jusque-là les navigateurs Indiens: quoi qu’il en soit, les Français établis soit dans ces Colonies, soit dans l’Inde même, sont presque assurés avec l’aide de la liberté, d’éluder les privilèges exclusifs des Compagnies de toutes les autres nations, et de faire en dépit de toutes leurs précautions, le commerce interlope avec tous les sujets des Européens dans les Indes. Les vaisseaux marchands qui partiront des ports de la France, n’auront point besoin d’aller tous jusqu’aux Indes, pour y disposer de leur cargaison, et en rapporter une en échange: souvent ils trouveront plus d’avantages à se pourvoir aux Isles de la Réunion, tandis que les habitants de ces Isles, mettront toute leur activité à exercer le commerce d’Inde en Inde, et à resserrer leurs relations avec Pondichéry. Le capital de ce commerce divisé entre deux entrepôts, circulera avec plus de rapidité, et sera plutôt remplacé; les Français avec des posesessions très limitées dans l’Inde, y feront le commerce d’une manière plus avantageuse, que les nations qui y possèdent une vaste étendue de pays, parce que le prix intrinsèque de leurs marchandises ne sera point augmenté par la profusion et les fausses dépenses, qui sont une conséquence nécessaire de l’administration des grandes Compagnies: il ne serait point étrange de leur voir dans peu d’années vendre aux Anglais eux-mêmes, les produits du Bengale et de Surate, â meilleur marché que ne le fait la Compagnie anglaise, et forcer ainsi celle-ci à renoncer à son privilège; puisque les Français auraient contre toutes les autres nations de l’Europe le même avantage qu’ont dans un même pays les interlopes contre les Compagnies privilégiées, avantage qui ne serait accompagné d’aucun des risques que courent ces derniers. Or l’exemple de toutes les Compagnies trafiquant aux Indes, a démontré que ces riches sociétés ne pouvaient soutenir la concurrence des particuliers entreprenants et actifs, qui faisaient en fraude le même commerce, et qu’elles devaient succomber en luttant contr’eux, si elles ne s’appuyaient de toute la sévérité des lois.

[Translation]

   But all European countries have colonies today with which it can be advantageous to trade, and which are not so civilised that we can trade directly with their nations. There is no trade which it is less necessary to support by this means than trade with India. The city of Pondichery, which is receded to France according to the treaty of peace, can become the market in her hands for all India if turned into a free port. The colonies of Réunion Islands, her continual possession of which is more certain than that of Pondichery in a case of another war, are prosperous enough to be one of general bases for trading with India, along with that city. The merchants who are already established there, and those who will be established if trade is completely free, will be related to India closely enough to maintain usual connections at all ports in India. Probably, this will be successful in attracting Indian navigators there. Be that as it may, the French merchants, whether established in her colonies or India, are almost sure, with the aid of freedom, to elude exclusive privileges of all foreign companies, and to do an illegal trade with all European subjects in the Indies, in spite of their precautions. All the commercial vessels departing from ports in France will not have to go up to India, in order to dispose of their cargo and to come back with a cargo in return. They will often find more advantages in going as far as the islands of Réunion, while the habitants on the islands devote their energy to doing trade with India in India, and to strengthening their relations with Pondichery. The capital in their trade, divided between the two bases, will circulate more rapidly, and will be replaced sooner. The French nation, who has very small possessions in India, will trade there in a more advantageous way than any other nation who has an extensive possession there, because the intrinsic price of their commodities will not rise due to extravagance and wrong expenses, which are a necessary consequence of the administration of big companies. It would not be strange to see French merchants, in a few years, sell the English the produce from Bengal and Surate at a lower price that does the British Company, and, therefore, force the Company to give up its privilege. The reason is that the French merchants would have the same advantage over all other European nations as the interlopers have in India against privileged companies. This advantage would not accompany any risk run by these companies. The experience of all companies trading with India has demonstrated that these rich firms could not sustain competition with enterprising and active individuals, who would do the same trade without licence, and that they should lose the competition with them if they did not severely observe laws.

Tuesday, 28 September 2010

Book 3, chapter 6, paragraph 16

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 317-318]

   Le seul but raisonnable que l’on puisse supposer à un Gouvernement, pour fonder une Compagnie, est celui d’attirer la nation à un commerce qu’elle aurait négligé sans cela. Or celui qu’on fait avec des nations barbares, demande une avance de capitaux, pour former au milieu d’elles des établissements susceptibles de défense, sans lesquels les facteurs et les agents du commerce seraient sans cesse exposés à demeurer victimes des révolutions des peuplades féroces au milieu desquelles ils pourraient se trouver. Les forts, les garnisons, et tous les postes militaires établis dans des pays éloignés pour y protéger le commerce national, devraient sans doute toujours relever du Pouvoir Exécutif, et être maintenus par lui; mais l’on comprend que celui-ci a pu préférer de laisser au commerce, au profit duquel ils étaient destinés, le soin de faire les premiers frais de leur établissement. Sous ce point de vue un privilège exclusif accordé pour un temps limité, à une Compagnie qui entreprend un commerce de ce genre, peut se défendre en politique; encore qu’il en résultât pendant sa durée le renchérissement des denrées que la nation tirerait de ce commerce; c’est un sacrifice une fois fait, pour obtenir par la suite un avantage; mais cet avantage ne commencerait pour la nation, que du moment où le commerce serait rendu libre, et où la Compagnie arrivée au terme de son privilège, remettrait entre les mains du Pouvoir Exécutif ses forts et ses factories. Le commerce à la Baie d’Hudson, par exemple, avait peut-être besoin pour s’établir, de Compagnies exclusives.

[Translation]

    The only reasonable aim that the government can be supposed to have in establishing a company is to direct the nation to a trade which would otherwise have been neglected. To trade with barbarous nations requires an advance of capitals to institute defence facilities among them. Without such facilities, merchants and commercial agents would be incessantly exposed to the risk of falling victim to disturbances of fierce tribes surrounding them. Forts, garrisons, and all other military stations established in faraway countries for protection of their commercial activities there, should no doubt always belong to, and be maintained by, their executive power. As is well known, however, the government may have preferred to impose the initial costs for the facilities on the trade on whose behalf they were intended. From this point of view, the conferment of an exclusive privilege, for a limited space of time, upon a company which undertakes this kind of trade, can be supported in politics, even though the commodities dealt with by this company for the nation may rise in price during that time. This is a once-and-for-all sacrifice for a later advantage. However, this advantage would not be open to the nation until trade is free and the company returns the forts and factories to the hands of the executive power at the time of expiration of its privilege. To establish a trade at Hudson Bay, for example, required exclusive companies.

Monday, 27 September 2010

Book 3, chapter 6, paragraph 15

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 316-317]

   On n’a point â craindre, je pense, de voir rétablir des Compagnies à privilége exclusif pour le commerce de l’Amérique, des côtes d’Afrique, des échelles du Levant, ou de la mer du Nord. Les réclamations de nos Colonies, et celles des commerçants français s’y opposeraient trop sans doute. Mais il n’est pas également certain, qu’on ne forme point de Compagnie pour les Grandes-Indes, l’exemple des autres nations pouvant à cet égard faire illusion au Gouvernement; ce n’est donc qu’a l’examen de celle-là que nous devons nous arrêter à présent.

[Translation]

   There seems to me no fear that there will be another company with an exclusive privilege for trading with America, the African Coasts, Levant, or the North Sea. The opinions of our colonies and French merchants would too clearly be opposed to the idea. However, it is not so certain whether there will be no new company for trading with Great India, as an example of other nations may coax the government into this project. We must, therefore, stop here to dwell on this examination.

Sunday, 26 September 2010

Book 3, chapter 6, paragraph 14

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 316]

   Le nombre des Compagnies qui ont été successivement revêtues de privilèges exclusifs en France, est très considérable; toutes ou presque toutes ont fait banqueroute. Je viens d’en nommer sept qui furent réunies à la Compagnie des Indes, et qui toutes étaient dans un état de décadence et de ruine, lors de leur réunion; il y en avait déjà eu beaucoup d’autres précédemment supprimées, comme celles de l’Assiente, du Cap verd, de la mer du Sud, de la baie d’Hudson, de l’Acadie, du Levant, du Nord, de St. Domingue, etc. Tant d’expériences devraient suffire pour dégoûter de l’établissement de privilèges, toujours onéreux à ceux qui payent le monopole, et qui ne se sont presque jamais trouvés avantageux à ceux qui l’ont perçu.

[Translation]

   Not a few companies have been successively accorded exclusive privileges. Yet, all, or almost all, these companies have gone into bankruptcy. I have named seven of them, which were merged into the India Company, and which were all on the decline or in ruins at the time of their merger. Many other companies have already been dissolved, such as the Assiente Company, the Cape Verde Company, the South Sea Company, the Hudson Bay Company, the Acadia Company, the Levant Company, the North Company, the Santo Domingo Company, and so on. So many projects should suffice to discourage the establishment of privileges, which has always been costly to those who pay for monopoly, and which has hardly turned out advantageous to those who have been accorded a monopoly.

Saturday, 25 September 2010

Book 3, chapter 6, paragraph 13

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 315]

   Après avoir laissé pendant seize ans le commerce de l’Inde libre à tous les Français, le Gouvernement prit en 1785 le parti d’établir une troisième Compagnie des Indes, également revêtue d’un privilège exclusif: la révolution et la guerre maritime n’ont pas laissé poursuivre long-temps cette nouvelle expérience (6).

[Translation]

   After keeping trade with India free and open to all French merchants for 16 years, the government decided in 1785 to establish a third India Company, also accorded an exclusive privilege; the revolution and the maritime war did not allowed the government to pursue this new project for a long time (6).