Sunday, 19 September 2010

Book 3, chapter 6, paragraph 07

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 305-306]

   Un privilège exclusif accordé à une compagnie d’actionnaires, revient à peu de chose près à une autorisation pour ses agents, de pousser sans scrupule leurs dilapidations, leur inattention, et même leurs voleries, jusqu’au dernier terme; dans l’assurance que ce ne seront point les actionnaires, mais les consommateurs, qui en souffriront; et que quels que soient les vices des Directeurs, la nation en supportera les conséquences, et non point ceux qui leur auront confié leurs intérêts. Il arrive cependant, il est vrai, un terme auquel les profits, même des monopoleurs, ne peuvent suffire pour couvrir tant de voleries et de dilapidations; alors la Compagnie fait banqueroute, et les actionnaires se ruinent, tandis que leurs agents s’enrichissent; mais lors même que le désordre est arrivé à ce point, on ne peut guère espérer de le voir se corriger; l’intérêt personnel des gens qui profitent du maintien des abus, a plus de pouvoir pour les maintenir, que l’intérêt froid et éloigné de ceux des actionnaires qui ne veulent que le bien, n’en a pour les détruire.

[Translation]

   In most cases, an exclusive privilege accorded to a joint stock company means an authorisation for its agents to push forward without scruple with extravagance, inattention, and even misappropriation, unlimitedly. They are assured that it is not shareholders but consumers that will suffer from those evils, and that, no matter what the evils of the management may be, the nation will suffer from the consequences of them, and those who have committed their interests to the management will not. However, it is true that the time comes when even monopolisers cannot gain profits sufficient to cover such extravagance and wastes. Then, the company goes into bankruptcy, and the shareholders are ruined while their agents are rich. However, even when the state of things has reached this degree of disorder, no one can hope to see it corrected. The men who profit from the maintenance of the abuses take keener interest in maintenance of them than do shareholders, who are cold and distant, and make much of only their advantage, in eradication of them.

Saturday, 18 September 2010

Book 3, chapter 6, paragraph 06

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 304-305]

   Une Compagnie qui se forme et qui subsiste sans privilège exclusif, n’est accompagnée d’aucun inconvénient; elle ne détourne point les capitaux d’un commerce vers un autre, elle ne peut naître que lorsque l’utilité publique demande l’existence du commerce qu’elle embrasse, en élevant le prix relatif libre des marchandises qui en sont l’objet au niveau de son prix intrinsèque: encore qu’une certaine dissipation soit toujours la conséquence de l’administration d’une Compagnie fort riche, la concurrence que peuvent lui faire d’autres Compagnies, où même des particuliers, met des bornes à ces dépenses et à cette dilapidation. Si elle la porte assez loin pour contrebalancer les avantages que doivent lui procurer la supériorité de ses capitaux, la perte immédiate qui en est le résultat, rappelle l’attention des actionnaires sur les vices de l’administration, et, les presse de la corriger; en sorte que par cela même que la Compagnie est libre, elle peut mieux supporter la liberté. Mais si au contraire la société jouit d’un privilège exclusif, comme elle renchérit ses marchandises, en raison des pertes que lui font éprouver les voleries ou les dissipations dé ses agents, les actionnaires demeurent fort long-temps sans s’apercevoir des abus qui se sont introduits dans l’administration, ils leur laissent jeter de profondes racines et lorsqu’ils commencent à leur tour à en souffrir, ils ne se trouvent souvent plus en moyens de les réprimer.

[Translation]

   No company formed and maintained without exclusive privilege does any inconvenience. It does not divert capital away from one trade to another; it cannot be created until the public utility demands the existence of the trade that the company undertakes, by raising the free relative price of the commodities dealt with by it to the level of its intrinsic price. Even though a certain waste may be a consequence of the administration of an extremely rich company, the competition in which the company is with other companies or even individual merchants checks this extravagance and waste. If the company makes this waste so extreme as to offset the advantages that it enjoys due to its superiority of capital, the immediate loss resulting from that draws the attention of shareholders to the evils of the administration, and urges them to correct it. As a consequence, for the very reason that the company is free, it can support the freedom better. However, if, on the contrary, the company enjoys an exclusive privilege, it raises the price of its commodities in proportion to the losses sustained due to the misappropriation or extravagance of its agents, and, therefore, the shareholders are unaware for a long time of the abuses which has been introduced in the administration, leave them prevailing, and often find themselves no longer able to check them when they begin to suffer from them in turn.

Friday, 17 September 2010

Book 3, chapter 6, paragraph 05

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 303-304]

   Lors même que le commerce qu’une Compagnie a entrepris, est d’un autre genre, s’il est réellement de nature à ne pouvoir être soutenu que par les fonds réunis d’une société d’actionnaires, la Compagnie possède toujours un monopole de fait, bien qu’elle ne l’ait pas de droit; car elle n’a point à craindre la concurrence des marchands particuliers, qui se trouvent dans l’impossibilité de suivre le même commerce qu’elle: la seule qu’elle puisse redouter, c’est celle d’une autre Compagnie formée à sou imitation; mais s’il n’y en a que deux ou trois dans un Etat, elles trouveront bien mieux leur compte à se liguer contre les consommateurs, qui dépendront d’elles, qu’à lutter pour le profit de ceux-ci les unes contre les autres. Cependant il est arrivé fréquemment que des Compagnies qu’on avait affirmé être seules propres à certain commerce, celle des Indes en particulier, ont eu beaucoup a souffrir de la concurrence que leur faisaient des négociants indépendants; preuve évidente que le commerce qu’elles entreprenaient pouvait s’exercer avec des fonds moins considérables que ceux d’une société d’actionnaires, dès que des armateurs particuliers pouvaient envoyer aux Indes des vaisseaux interlopes, et faire le même négoce qu’elles.

[Translation]

   If a company has undertaken another kind of business, but can maintain it only by becoming a joint stock company, it always enjoys a monopoly as a matter of fact, though not as a matter of right. This is because it does not have to fear the competition with individual merchants, none of whom are able to engage in the same trade as the company. All the company can fear is competition with another company formed in imitation of it. Still, if there are only two or three companies of this kind in the interior of the state, they will gain more in allying themselves with each other against consumers dependent upon them, than in competing with each other for profit from consumers. However, it was frequently that companies defined as trading with a certain area for their own business in general, and the India Company in particular, had to suffer much from the competition in which they were with independent merchants. That is evident proof that the trade undertaken by those companies could be carried out with a smaller sum of funds than any supposedly undertaken by a joint stock company, since individual shipowners could sent unauthorised vessels to India, and carry out the same trade as the companies.

Thursday, 16 September 2010

Book 3, chapter 6, paragraph 04

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 302-303]

   Parmi les entreprises qui demandent des capitaux très considérables, et qui ont donné lieu à la formation de Compagnies, il en est quelques-unes dont toutes les opérations sont si simples, et peuvent se soumettre à une règle tellement uniforme, que la Direction quoique moins disposée à l’attention et à l’économie que ne le serait un négociant particulier, se conduit cependant à peu près, comme il aurait fait. Dans ce cas-là l’avantage que donne à la Compagnie son immense capital, compense pour elle les inconvénients attachés au faste et à l’inattention de ses Directeurs; en sorte que sans rivoir ni monopole, ni privilège exclusif, encore que ses profits ne soient réglés, que sur le taux ordinaire du profit mercantile, la concurrence que lui font d’autres entrepreneurs ne l’expose point à faire banqueroute. Telles sont par exemple les Compagnies de banque, celles d’assurances, celles qui se chargent en commun de quelque grand ouvrage, et quelquefois même celles qui entreprennent l’exploitation d’une mine.

[Translation]

   In some of the undertakings which demand enormous capital and have given birth to companies, all the operations are so simple, and can be reduced to such a uniform regulation, that the management, though not so inclined to attention and economy as an individual merchant, behaves much the same way as he. In that case, the advantage given to the company due to its immense capital, therefore, compensates the inconveniences attached to the luxury and inattention of its management. As a consequence, without having any monopoly or exclusive privilege, even though its profits are regulated only to an ordinary rate of mercantile profit, its competition with other entrepreneurs does not expose it to bankruptcy. This is true, for example, of companies of banking, those of insurance, those in joint charge of large-scale works, and, sometimes, even those engaged in exploitation of mines.

Wednesday, 15 September 2010

Book 3, chapter 6, paragraph 03

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 300-302]

   Mais une société d’actionnaires n’agit jamais avec la même économie ni la même intelligence que peut le faire un seul négociant; l’intérêt d’un Directeur où d’un Conseil de direction au succès des entreprises mercantiles n’est point si immédiat, ni par conséquent si vif; son attention n’est point si soutenue, que celle d’un négociant qui agit pour lui-même. Plus la Compagnie est riche et puissante, plus les petits détails d’économie paraissent au-dessous de sa Direction, plus aisément on parvient à lui faire considérer comme mesquine, une attention minutieuse aux intérêts qui lui sont confiés: plus aussi les Directeurs sont des personnages importuns dans l’État, et plus ils se trouvent incapables d’une application soutenue sur les détails, et d’un travail habituel, plus d’autre part ils se croient obligés à soutenir l’honneur du corps qu’ils représentent par leur dépense et lest faste. Cependant les succès les plus éclatants du commerce ne sont composés que de petites épargnes et de petits profits. Lorsqu’à cette accumulation continuelle de petits avantages, on substitue une succession continuelle de petites pertes, sur lesquelles la Direction se fait un devoir de fermer les yeux, tous les profits de l’entreprise doivent disparaître, et la Compagnie doit même se trouver en danger de faire banqueroute, à moins que le Législateur ne vienne à son secours, en lui donnant par un privilège exclusif, le droit d’augmenter indéfiniment son profit aux dépens des consommateurs, pour lesquels tout le profit de monopole de la Compagnie est une perte.

[Translation]

   Nonetheless, the joint stock company does not behave with the same economy or intelligence as an individual merchant can. The interest that a management, or a managerial council, takes in the success of mercantile undertakings is not so immediate, and consequently not so keen. Its attention is not so concentrated as that of an individual merchant who behaves for himself. The richer and more powerful the company, the more unworthy the small details of economy appear of its management, and the more easily the management are led to consider as parsimonious a minute attention to the interests with which they alone are concerned. Moreover, the more important persons the directors are in the state, the more incapable they are of perpetual application to the details and of routines on the one hand, and the more obliged they believe themselves to maintain the honour of their represented corporation by their extravagance and luxury on the other hand. However, the most glorious successes in trade come only from small savings and small profits. If this continual accumulation of small advantages is replaced by a continual succession of small losses, upon which the management do not think themselves obliged to cast their eyes, all profits of the undertaking must disappear, and the company must find itself in danger of going into bankruptcy, unless the legislator comes to give it relief aid with an exclusive privilege and thereby with the right to increase indefinitely its profit at the cost of consumers, for whom any profit accruing from the monopoly of the company means a loss.

Tuesday, 14 September 2010

Book 3, chapter 6, paragraph 02

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 300]

   Certaines entreprises commerciales ne peuvent être exécutées que par des capitaux très considérables; ceux d’un particulier, ni même ceux d’une société de quatre ou cinq négociants, ne suffisent pas pour les suivre: il a donc fallu pour qu’on pût s’y livrer, qu’il se formât des compagnies d’actionnaires, qui, mettant en commun une somme très forte, et soumettant leurs intérêts à une Direction nommée par eux, agissent avec le fonds commun, comme l’aurait fait un seul négociant. Jusque-là une pareille association a fort bien pu être la suite de la liberté du Commerce, et non pas le résultat de ses entraves.

[Translation]

   Certain commercial undertakings cannot be executed without large capital. No capital owned by an individual, or by a partnership of four or five merchants, is sufficient to carry out these undertakings. To be able to do so, therefore, any one has needed to form a joint stock company, which, with a very large sum of money raised into a joint stock, and with its interest committed to the management nominated by it, behaves as if an individual merchant had. Up to this point, such an association may well have been a result of free trade, not of restraints on trade.

Monday, 13 September 2010

Book 3, chapter 6, paragraph 01

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 299-300]

Il est probable que le Législateur, lorsqu’il sanctionnait les règlements des douanes, des apprentissages et des jurandes, ne se rendait pas à lui-même un compte bien clair de l’effet de ses lois, et ne savait pas qu’il établissait un de ces monopoles, contre lesquels l’opinion publique a sévi depuis long-temps, puisque le nom même de monopoleur a toujours reçu dans notre langue une acception défavorable. Mais lorsque le même Législateur a créé des Compagnies de commerce, revêtues d’un privilège exclusif, il semble difficile qu’il ait pu se dissimuler qu’un privilège exclusif et un monopole étaient une seule et même chose. Il l’a fait cependant, et paraît hésiter s’il doit le faire encore, le moment est donc venu de discuter de nouveau les avantages et les inconvénients de ce quatrième monopole, le plus resserré et le plus sévère de tous.

[Translation]

It is probable that, when the legislator sanctioned regulations of customs, apprenticeship, and jurandes, he was not clearly aware of the effect of his laws, and did not understand that he established one of those monopolies of which the public opinion has been censorious for a long time because the very word monopoliser has always carried negative connotations in our language. When this legislator created trading companies, according them an exclusive privilege, however, it seems that it was difficult for him to be unaware that the exclusive privilege was identical to monopoly. Nevertheless he did so, and it seems that he is uncertain about whether he should do so again. Therefore, the time has come when we should discuss advantages and inconveniences of this fourth kind of monopoly now, which is the firmest and severest of all.