Wednesday, 15 September 2010

Book 3, chapter 6, paragraph 03

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 300-302]

   Mais une société d’actionnaires n’agit jamais avec la même économie ni la même intelligence que peut le faire un seul négociant; l’intérêt d’un Directeur où d’un Conseil de direction au succès des entreprises mercantiles n’est point si immédiat, ni par conséquent si vif; son attention n’est point si soutenue, que celle d’un négociant qui agit pour lui-même. Plus la Compagnie est riche et puissante, plus les petits détails d’économie paraissent au-dessous de sa Direction, plus aisément on parvient à lui faire considérer comme mesquine, une attention minutieuse aux intérêts qui lui sont confiés: plus aussi les Directeurs sont des personnages importuns dans l’État, et plus ils se trouvent incapables d’une application soutenue sur les détails, et d’un travail habituel, plus d’autre part ils se croient obligés à soutenir l’honneur du corps qu’ils représentent par leur dépense et lest faste. Cependant les succès les plus éclatants du commerce ne sont composés que de petites épargnes et de petits profits. Lorsqu’à cette accumulation continuelle de petits avantages, on substitue une succession continuelle de petites pertes, sur lesquelles la Direction se fait un devoir de fermer les yeux, tous les profits de l’entreprise doivent disparaître, et la Compagnie doit même se trouver en danger de faire banqueroute, à moins que le Législateur ne vienne à son secours, en lui donnant par un privilège exclusif, le droit d’augmenter indéfiniment son profit aux dépens des consommateurs, pour lesquels tout le profit de monopole de la Compagnie est une perte.

[Translation]

   Nonetheless, the joint stock company does not behave with the same economy or intelligence as an individual merchant can. The interest that a management, or a managerial council, takes in the success of mercantile undertakings is not so immediate, and consequently not so keen. Its attention is not so concentrated as that of an individual merchant who behaves for himself. The richer and more powerful the company, the more unworthy the small details of economy appear of its management, and the more easily the management are led to consider as parsimonious a minute attention to the interests with which they alone are concerned. Moreover, the more important persons the directors are in the state, the more incapable they are of perpetual application to the details and of routines on the one hand, and the more obliged they believe themselves to maintain the honour of their represented corporation by their extravagance and luxury on the other hand. However, the most glorious successes in trade come only from small savings and small profits. If this continual accumulation of small advantages is replaced by a continual succession of small losses, upon which the management do not think themselves obliged to cast their eyes, all profits of the undertaking must disappear, and the company must find itself in danger of going into bankruptcy, unless the legislator comes to give it relief aid with an exclusive privilege and thereby with the right to increase indefinitely its profit at the cost of consumers, for whom any profit accruing from the monopoly of the company means a loss.

Tuesday, 14 September 2010

Book 3, chapter 6, paragraph 02

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 300]

   Certaines entreprises commerciales ne peuvent être exécutées que par des capitaux très considérables; ceux d’un particulier, ni même ceux d’une société de quatre ou cinq négociants, ne suffisent pas pour les suivre: il a donc fallu pour qu’on pût s’y livrer, qu’il se formât des compagnies d’actionnaires, qui, mettant en commun une somme très forte, et soumettant leurs intérêts à une Direction nommée par eux, agissent avec le fonds commun, comme l’aurait fait un seul négociant. Jusque-là une pareille association a fort bien pu être la suite de la liberté du Commerce, et non pas le résultat de ses entraves.

[Translation]

   Certain commercial undertakings cannot be executed without large capital. No capital owned by an individual, or by a partnership of four or five merchants, is sufficient to carry out these undertakings. To be able to do so, therefore, any one has needed to form a joint stock company, which, with a very large sum of money raised into a joint stock, and with its interest committed to the management nominated by it, behaves as if an individual merchant had. Up to this point, such an association may well have been a result of free trade, not of restraints on trade.

Monday, 13 September 2010

Book 3, chapter 6, paragraph 01

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 299-300]

Il est probable que le Législateur, lorsqu’il sanctionnait les règlements des douanes, des apprentissages et des jurandes, ne se rendait pas à lui-même un compte bien clair de l’effet de ses lois, et ne savait pas qu’il établissait un de ces monopoles, contre lesquels l’opinion publique a sévi depuis long-temps, puisque le nom même de monopoleur a toujours reçu dans notre langue une acception défavorable. Mais lorsque le même Législateur a créé des Compagnies de commerce, revêtues d’un privilège exclusif, il semble difficile qu’il ait pu se dissimuler qu’un privilège exclusif et un monopole étaient une seule et même chose. Il l’a fait cependant, et paraît hésiter s’il doit le faire encore, le moment est donc venu de discuter de nouveau les avantages et les inconvénients de ce quatrième monopole, le plus resserré et le plus sévère de tous.

[Translation]

It is probable that, when the legislator sanctioned regulations of customs, apprenticeship, and jurandes, he was not clearly aware of the effect of his laws, and did not understand that he established one of those monopolies of which the public opinion has been censorious for a long time because the very word monopoliser has always carried negative connotations in our language. When this legislator created trading companies, according them an exclusive privilege, however, it seems that it was difficult for him to be unaware that the exclusive privilege was identical to monopoly. Nevertheless he did so, and it seems that he is uncertain about whether he should do so again. Therefore, the time has come when we should discuss advantages and inconveniences of this fourth kind of monopoly now, which is the firmest and severest of all.

Sunday, 12 September 2010

Book 3, chapter 5, footnote 04

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 286-288]

(4) Le but que le Gouvernement Français s’était proposé d’atteindre par ce règlement, c’était de répondre à la confiance des Turcs, et de garantir la qualité des marchandises munies de l’estampille royale. Pendant long-temps, en effet, les marchands des Echelles achetaient et recevaient sans examen, sur la seule inspection de la marque, soit les draps, soit la cochenille, soit l’indigo, qui leur étaient expédiés de Marseille; mais par la suite, on abusa de cette bonne foi, et le cachet national fut plusieurs fois employé comme un instrument de fraude. A une confiance excessive a succédé dans le commerce du Levant une défiance qui ne l’est pas moins. Il n’y a aucune apparence que le rétablissement de la marque, et l’observation la plus scrupuleuse du règlement, eussent suffi pour engager les Turcs à contracter de nouveau en aveugles; quand l’habitude de tout examiner est une fois prise, on n’y renonce plus. Au reste, il y a bien autant d’inconvénients que d’avantages à cette manière confiante de commercer: sans doute, elle épargne le temps des marchands; mais leur temps ne peut jamais être mieux employé qu’à l’examen et à la critique de leurs marchandises; c’est cet examen qui réveille le goût, et qui anime l’industrie; c’est lui qui excite aux perfectionnements, c’est lui enfin qui récompense l’habileté et punit la nonchalance. De plus, quelque avantage que l’on pût retirer de cette confiance, le danger de la perdre en entier par la fraude d’un seul individu, celui de faire dépendre l’honneur national de la malversation d’un seul inspecteur, suffiraient pour faire redouter un bénéfice auquel une si grande responsabilité serait attachée.

[Translation]

(4) The end that the French government has attempted to achieve through this regulation was to reply to the confidence of Turks, and to guarantee the quality of commodities with the royal inscription on them. For a long time, in fact, merchants at the sea-ports in the Levant bought and received any good shipped at Marseille as long as they recognise the mark on it at simple inspection without detailed examination, be it of wool, cochineal, or indigo. Subsequently, however, this nice confidence was abused, and the national inscription was used as a tool of fraud. Extreme trust was followed by equally extreme distrust. There is no expectation that the re-establishment of the mark and the most honest observation of regulations would have been sufficient to make Turks as credulous as before in contracting. Once one acquires the habit to examine every thing, he no longer gets out of it. In addition, this way of trade on confidence has as many inconveniences as advantages. No doubt it saves merchants time, but their time cannot be better used than in examination and critique of their commodities. It is this examination that awakes taste and animates industry, that excites improvements, and finally, that rewards ability and prevents nonchalance. Furthermore, no matter what advantage we may gain from this confidence, the danger to lose it entirely due to the fraud by only one person, and to leave the national honour dependent upon the embezzlement by only one inspector, would be sufficient to worry us over a benefit to which such a great responsibility would be attached.

Saturday, 11 September 2010

Book 3, chapter 5, footnote 03

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 285-286]

(3) On trouve dans le Dictionnaire du commerce de Savary, à l’article règlement, un recueil très curieux de tous ceux qui ont été donnés en France pour les manufactures; presque tous sont rapportés de nouveau dans le Dict. de la Géog, comm. de Peuchet. Le plus ancien est de l’an 1401, par lettres patentes de Charles VI. Depuis lui, les Rois de France continuèrent de temps en temps de donner des règlements aux manufactures, sur la demande qui leur en était faite par quelque fabricant, dont la réputation était établie, et qui voulait écarter la concurrencé de ses rivaux. Mais ce n’est que sous le Ministère de Colbert que commença vraiment la manie réglementaire. On vit paraître en peu de temps, celui pour la sayetterie d’Amiens du mois d’Août 1666, en 248 articles; celui de la draperie royale de Sédan, du 16 Septembre 1666; celui d’Elbeuf, du 13 Mai 1667; le règlement général de la draperie du 22 Juillet 1669; et plus de soixante autres règlements, arrêts du Conseil de commerce ou du Conseil d’Etat, et lettres patentes, pour enseigner aux fabricants à faire leur métier, et aux consommateurs à connaître leurs goûts.

[Translation]

(3) We find, in the entry ‘regulation’ of the Dictionnaire de commerce by Savary, a curious collection of all those which have been implemented in France for manufactories. Almost all are reprinted in the Dictionnaire universel de la géographie commercante by Peuchet. The oldest regulation, by the charter of Charles VI, dates back to the 1401. Since then the Kings of France continued from time to time to give regulations to manufactories, on the demand that was created upon them by some manufacturers whose reputation was established, and who wanted to distance themselves from competition with their rivals. But only in the age of the Minister of Colbert had the mania for regulation really begun. We saw regulation after regulation issued in a short time; that of 248 articles on silk serge of Amiens in August 1666; that on royal woollen textile of Sedan on 16 September 1666; that of Elbeuf on 13 May 1667; the general regulation on woollen textile on 22 July 1669; and more than 60 other regulations, judgements of the Council of Commerce or the Council of State, and charters, to teach manufacturers to carry out their business and consumers to know their tastes.

Friday, 10 September 2010

Book 3, chapter 5, footnote 02

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 279]

(2) L’autorité Souveraine en confirmant le monopole des corps de métiers, et en sanctionnant ou réformant leurs statuts, à fait tourner en général à l’avantage du fisc les conditions onéreuses imposées aux récipiendaires. Les Edits de Henri III. de 1582 et 1597 sur les maîtrises, introduisaient, sous prétexte de donner des lois au commerce, une taxe générale sur ses agents et ceux de l’industrie: de même, l’édit du mois d’Avril de 1777, en rétablissant les jurandes supprimées un an auparavant par Mr. Turgot, en faisait un moyen de pourvoir aux besoins du fisc. Cet impôt se rapprochait fort de celui sur les patentes que nous avons déjà examiné ailleurs. Ce qui fait l’objet de ce chapitre, ce n’est point la manière de lever une taxe sur le commerce, mais l’institution à laquelle cette taxe était liée, et qu’on a représenté comme avantageuse à la communauté.

[Translation]

(2) The sovereign authority, by confirming monopoly by guilds and sanctioning or reforming their statues, turned troublesome conditions imposed upon would-be masters to the advantage of the treasury generally. The edicts of Henry III in 1581 and 1597 concerning mastership introduced a general tax upon agents of trade and industry on the pretext of giving laws to trade. Likewise, the edict of April, 1777, by restoring jurandes abolished one year before by Mr. Turgot, made use of them to meet the needs of the treasury. This tax was much like a patent tax, which we have examined above. What is the object of this chapter is not the way to levy a tax upon commerce but the institution to which this tax was related, and which has been touted as advantageous to the community.

Thursday, 9 September 2010

Book 3, chapter 5, footnote 01

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 275-276]

(1) L’établissement de corps de métiers, et d’associations de marchands, paraît aussi ancien que le commerce lui-même. Il existait à Rome des collèges d’orfèvres, de boulangers, de bateliers, et quelques autres encore; cependant, remarque Gaius, ad Edictum Provincial. Les lois, les Senatus-Consultes, et les constitutions des Princes, s’opposent à la multiplication de ces maîtrises, et de ces collèges. Pandectes. Liv. III. Tit. IV. Loi I. Neque Societas. Il avait été pourvu encore dés le temps de la loi des XII Tables, à ce que leurs réglements ne fussent réputés valides, et ne liassent les membres des corporations les uns envers les autres, qu’autant qu’ils seraient conformes aux lois générales de l’Etat. Les Décemvirs avaient emprunté cette décision d’une loi de Solon, Pand. Liv. XLVII. Tit. XXII. loi 4.. Sodales sunt qui. Enfin les lois Anglaises avaient été plus loin encore, elles pourvoyaient à ce qu’aucun règlement d’une corporation mercantile ne pût nuire au profit commun du Peuple, c’est-à-dire, ne pût créer un monopole. Stat. 19. Henri VII. chap. 7. Mais Wooddeson nous apprend que cette loi antérieure à la fatale adoption du système mercantile, est oubliée et méprisée aujourd’hui. Wooddeson. system. view. Lect. XVIII. Tom. I p. 495.

[Translation]

(1) The establishment of trade associations and chambers of commerce seems to be as old as commerce itself. There used to be in Rome some unions of goldsmiths, bakers, boatmen, and some other professions. However, Gaius notes in his Ad Edictum Provinciale. Laws, senatorial orders, and constitutions of kings are opposed to the multiplication of these masters and unions (Pandect, book 3, title 4, law 1, Neque Societas). It had been provided as early as the time of the Law of the Twelve Tables, that only when consistent with general laws of the state should their regulations be regarded as valid and govern mutual actions among members of associations. The decemviri had borrowed this decision from a law of Solon (Pandect, book 17, title 22, law 4, Sodales sunt qui). Finally, the English laws had gone so much further as to provide that no regulation within a mercantile association could be to the detriment of the common benefit of the people, or could create a monopoly (statute 19 of Henry VII, chapter 7). But Wooddeson teaches us that that law, prior to the fatal adoption of the mercantile system, is forgotten and disregarded today (Wooddeson, A systematical view of the laws of England, lecture 18, volume 1, p. 495).