Monday, 9 August 2010

Book 3, chapter 4, paragraph 08

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 259-260]

   Pour obtenir de l’autorité Souveraine, qu’elle confirmât le monopole que s’arrogeaient les corps de métiers et les négociants, il leur avait été nécessaire de lui persuader que ce moyen était le seul praticable pour assurer l’instruction des artisans. On dirait que cette instruction est la chose du monde la plus difficile à acquérir, et qu’il faut des années pour rendre un homme propre à faire une ou deux opérations, qui souvent le rapprochent plus des machines que des êtres raisonnables; tandis que l’on n’a jamais cru à la nécessité d’un apprentissage pour exercer l’agriculture, qui demande un concours de connaissances et d’aptitude à des opérations délicates, plus grand qu’aucun art mécanique, et que le paysan n’acquiert cependant que par une longue routine. Dans le fait, l’apprentissage est le mode d’enseignement qui doit le plus retarder l’instruction, car il émousse ou détruit absolument le désir d’apprendre chez l’élève, désir sur lequel on doit bien plus compter que sur celui d’enseigner du maître. Le jeune homme n’ayant à espérer aucun avantage en compensation de son attention ou de ses progrès, et voyant devant lui le long terme pendant lequel il est condamné à travailler pour un autre, ne se propose que de s’acquitter de sa tache avec le moins de gêne et de fatigue qu’il le pourra: l’apprenti n’est rappelé à son devoir que par l’obéissance, l’ouvrier libre l’est par son intérêt. L’un s’étudie à combattre son maître, et à se refuser à l’instruction; l’autre se ligue avec son maître contre sa propre paresse.

[Translation]

   In order to have the sovereign authority guarantee that it will confirm the monopoly claimed by associations of artisans and merchants, it would have been necessary for them to persuade it that this means was the only practicable one for ensuring the instruction of artisans. It would be said that this instruction is the most difficult in the world to acquire, and that it will takes some years to prepare a man for one or two operations, which often make him a kind of machine rather than a kind of reasonable being. On the other hand, it has not been believed that apprenticeship is necessary for doing agriculture, which demands a coincidence in a human being of knowledge and aptitude for delicate operation, more than any mechanical art, and which nevertheless the peasant acquires only by a long routine. In fact, apprenticeship is the mode of education which must delay the instruction the most, because it weakens or completely destroys the desire to learn on the side of the student, a desire upon which we should rely much more than upon that of teaching on the side of the master. The young man, not having to hope for any advantage in compensation of his attention or progress, and seeing before him the long period during which he is prohibited from working for another, intends only to be released from his task with as little pain and fatigue as he can. The apprentice is only aware of his task through obedience, while the free labourer is so through his interest. The former devotes himself to resistance to his master and to refusal of the instruction, while the latter associates himself with his master against his natural idleness.

Sunday, 8 August 2010

Book 3, chapter 4, paragraph 07

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 257-259]

   D’une part, ils éloignent du travail productif des gens laborieux, qui trop pauvres pour payer un apprentissage, ou pour consacrer les plus belles années de leur jeunesse à un travail qui ne leur rapporte rien, sont obligés de demeurer toute leur vie manouvriers, ou de se borner au travail le plus grossier et le moins productif, le seul qui soit resté libre. Ces statuts diminuent donc d’alitant la production, et augmentent par conséquent les forces des vendeurs contre les consommateurs: ils augmentent d’autre part les forces des maîtres-ouvriers contre ceux qui les emploient et par conséquent leur salaire, l’un des éléments du prix de leurs produits. Mais les forces des chefs de manufacture et des négociants, dans leur lutte contre les consommateurs dont le nombre n’a point subi de variations, étant aussi augmentées, les négociants forcent les consommateurs à leur rembourser, non seulement le salaire plus élevé qu’ils ont avancé; mais aussi un profit plus fort pour eux-mêmes. Les trois effets réunis, diminution de production, augmentation de profit, augmentation de salaire, pèsent tous ensemble sur le consommateur, et se confondent pour lui dans l’élévation du prix de toutes les marchandises dont il a besoin. Le monopole que produisent les statuts d’apprentissage est donc doublement onéreux à la nation, puisqu’il entrave son industrie, et qu’il augmente ses dépenses.

[Translation]

   On the one hand, they keep laborious men from productive labour, who, too poor to pay for apprenticeship, or to devote the most beautiful years in their youth to a kind of labour which has given no reward to them, are obliged to continue to be day-labourers all in their lives, or to be confined to the least demanding and least productive labour, the only one which has remained free. These statutes, therefore, make production all the smaller, and thereby increase powers of sellers against consumers. On the other hand, they increase powers of master labourers against those who employ them, and, therefore, their wages, one of the components of the price of their produce. But, since the powers of the master manufacturers and merchants, in their haggling against the consumers who do not vary in number, were also increased, the merchants force the consumers not only to repay to them higher wages that they have advanced, but also to pay them higher profits. The three effects united, diminution in production, rise in profit, and rise in wages, weigh altogether upon the consumer, and are compounded for him into rise in prices of all commodities that he needs. The monopoly produced by the statutes of apprenticeship is, therefore, costly to the nation in a doubly way, in that it restrains her industry and increases her expenditure.

Saturday, 7 August 2010

Book 3, chapter 4, paragraph 06

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 256-257]

   Les statuts d’apprentissage, oppressifs pour tous les citoyens comme vivant de leur industrie, ou pouvant être réduits à en vivre, sont également oppressifs pour tous les citoyens comme consommateurs: ils contribuent en effet de plusieurs manières à faire hausser les prix.

[Translation]

   The statutes of apprenticeship, which are oppressive to all such citizens as live on their own industry, or as are forced to live on it, are also oppressive to all citizens as consumers. They, in fact, contribute to rise in prices in several ways.

Friday, 6 August 2010

Book 3, chapter 4, paragraph 05

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 256-257]

   Le droit de chaque individu au déploiement de toute son industrie, est l’un des plus sacrés et des plus inviolables de ceux qui appartiennent à l’homme. Quoique chaque citoyen n’ait pas dessein d’exercer une profession, ou d’entrer dans le commerce, la liberté de tous est blessée lorsque ses facultés sont restreintes à cet égard, sans avantage pour la société, et lorsque l’un des moyens de pourvoir à sa subsistance lui est ôté, non pas en faveur de la sûreté commune, mais pour multiplier les jouissances d’un autre individu que la loi lui préfère. Le riche lui-même doit voir avec inquiétude, les barrières de l’apprentissage s’étendre autour de toutes les professions pour en fermer l’entrée, car si sa fortune vient à l’abandonner, le travail qui pourrait seul suppléer à ses pertes lui demeurera interdit. Mais c’est surtout pour le pauvre qu’une pareille loi est barbare; elle donne en effet au riche, à celui dont l’état est déjà assuré, le droit de lui vendre la permission de travailler, au prix qu’il voudra bien y mettre lui-même. Il la lui vend, en effet, soit moyennant le sacrifice de plusieurs années de servitude infructueuse dans l’âge de sa plus grande vigueur, soit contre une somme d’argent, qui aurait pu suffire à donner le premier mouvement à son travail, et assurer sa subsistance pendant le reste de ses jours.

[Translation]

   The right of each individual to display all his industry is one of the most sacred and the most inviolable of all those which belong to man. Though every citizen has no intention to engage in a profession or enter into business, the freedom for all is marred if his faculties are restrained in this respect with no advantage for the society, and if he is deprived of one of the means to provide for his subsistence, not in favour of common security but in order to multiply the enjoyments of another individual whom the law prefers to him. The rich man himself should see with concern the barriers of apprenticeship extended around all professions for prohibiting others from entering into them, because, if he has drawn his fortune from his business, he will not be allowed to place it into the other business without which he could not compensate his losses. But it is especially for the poor man that such a law is cruel. The law, in fact, gives the rich (that is, those whose state is already secured) the right to sell the permission to work to him, at the price that he himself likes to attach to it. The rich sell it to him, in fact, for the sacrifice of several years of fruitless servitude in the age of his greatest vigour, or for a sum of money, which could have been sufficient to give the first impetus to his labour, and to secure his subsistence during the rest of his life.

Thursday, 5 August 2010

Book 3, chapter 4, paragraph 04

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 255-256]

   Il eût été difficile d’empêcher les négociants ou les maîtres d’un métier d’arrêter entr’eux de semblables conventions; mais l’autorité souveraine ne pouvait sans aveuglement les confirmer (2). Elle autorisait par là, elle consolidait une double ligue formée contre la société entière, d’une part pour tenir dans la dépendance la classe des gens industrieux, de l’autre pour réduire les consommateurs sous le joug des négociants.

[Translation]

   It had been difficult to prevent master merchants or manufacturers from seceding from similar conventions among them, but the sovereign authority could not confirm them without indiscretion (2). That means that it authorised and consolidated a double line formed against the whole society, to put the class of industrious men in dependence on the one hand, and to force consumers to be under the control of merchants on the other hand.

Wednesday, 4 August 2010

Book 3, chapter 4, paragraph 03

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 252-255]

   Une fois maîtres d’ouvrir et de fermer la porte des professions lucratives, ils attachèrent les conditions les plus onéreuses à la condescendance qu’ils voulurent bien avoir encore d’enseigner leur métier; les jeunes gens reçus en apprentissage, non-seulement s’engagèrent à travailler pour eux sans rétribution, pendant un espace de temps toujours long, et toujours disproportionné à l’instruction qu’ils devaient recevoir, mais encore ils durent se soumettre à n’être que les domestiques de leurs égaux, se plier à une obéissance avilissante, et s’abaisser à des fonctions auxquelles les usages de la société ont attaché du ridicule ou du mépris. L’on sait que dans les villes d’Allemagne, les apprentis négociants doivent, un falot à la main, comme feraient les autres domestiques, aller chercher la femme de leur maître, à la porter des assemblées dont l’entrée leur est interdite. Une politique bien peu honorable a suggéré sans doute aux négociants allemands le projet d’avilir ainsi l’état par lequel ils ont tous dû passer. Ils ont voulu par là s’assurer d’écarter de leur profession, ceux que leur naissance et leur éducation rendraient plus délicats sur le rang qu’ils consentiraient d’occuper, parce que c’était ceux-là même, qui, possédant ordinairement le plus de capitaux, pouvaient leur faire la concurrence la plus dangereuse pour eux, et la plus utile pour le consommateur. Les négociants français n’ont point imité cette morgue allemande, ils n’ont pas poussé non plus la rapacité comme les Anglais, jusqu’à demander à l’apprenti, outre un service de sept ans, une compensation pécuniaire. La durée des apprentissages fixée par les statuts des six corps de marchands de Paris, était de trois ans pour les moins rigoureux, et de cinq pour les plus sévères, à la réserve du corps des orfèvres et joailliers qui exigeait un apprentissage de huit ans (1). Ces apprentissages étaient presque toujours gratuits de part et d’autre. Les statuts étaient cependant conçus de manière à assurer le monopole des marchands, sans pourvoir le moins du monde à l’instruction des élèves; car d’une part il était interdit à un marchand de tenir plus d’un apprenti il la fois, et de l’autre il n’était point obligé à en avoir un; ceux qui craignaient d’introduire dans leur maison quelqu’un qui pût se mettre au fait de leurs affaires, ou qui aimaient mieux l’obéissance implicite d’un domestique , que celle toujours incertaine d’un jeune homme doué de fierté, pouvaient donc ensevelir toutes leurs connaissances dans le secret, sans qu’il fut permis à leurs confrères de suppléer à leur négligence, en formant un plus grand nombre d’élèves.

[Translation]

   Once masters opened and closed the door to lucrative businesses, they attached the most bothersome conditions to the condescension that they badly wanted from teaching their trade. Young men allowed to enter into apprenticeship were not only found to work for the masters with no pay, usually for too long a time to match with the instruction that they had to receive; they also continue to resign oneself to being no better than domestic servants of their equals, living in degrading obedience, and carrying out duties to which the social convention attached ridicule and scorn. It is generally known that in German cities, apprentices for retailers should, as their other domestic servants would, go looking for the wife of their master with a lantern in hand, to the door of assemblies that they are forbidden from enter. Certainly, dishonourable calculation inclined German master retailers to degrade in this way the state through which they must all have gone. They hoped that this would certainly keep from their trade those whom birth and education would make more delicate in the ring that they would consent to occupy, because that these men, usually with the most capital, were able to be in the competition which is the most dangerous to the masters and the most useful to consumers. French retailers have not imitated this German arrogance, nor have they pursued greed so far as to demand apprentices a pecuniary compensation, besides seven years of service, like English counterparts. The duration of apprenticeship, specified by statutes of the six associations of merchants in Paris, was three years for the least rigorous, and five years for the most severe, except the associations of goldsmiths and jewellers which asked for eight years of apprenticeship (1). These species of apprenticeship were almost always without reward on both sides. The statutes were, however, intended to assure merchants of monopoly, without providing instruction for students in the least. That is because a merchant was prohibited from maintaining more than one apprentice at the same time on the one hand, and because he was not obliged to have one apprentice on the other hand. Those who feared introduction into their house of some one who was well informed of their affairs, and who liked the implicit obedience of a domestic servant, better than the uncertain obedience of a young man talented with pride, could, therefore, hold back all their knowledge, without allowing their colleagues to train a large number of students and to supply their negligence.

Tuesday, 3 August 2010

Book 3, chapter 4, paragraph 02

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 251-252]

   Dans chaque métier, les statuts d’apprentissage ont été faits originairement par ceux qui étaient déjà reçus maîtres; il n’est point étrange que ceux-ci cherchassent à écarter de nouveaux venus, qui pouvaient leur faire concurrence, et diminuer leurs profits en les partageant: aussi tous les métiers ont-ils cherché à rendre difficile l’entrée de leurs corps. Ils ont fait choix pour cela de deux expédients, celui d’empêcher tout homme d’exercer leur profession, s’il n’avait pas dûment accompli toutes les conditions qu’il leur plairait de lui prescrire, et celui de rendre ces conditions aussi dures et aussi pénibles qu’ils le pourraient. Comme il n’y a point d’école pour les arts mécaniques, ni pour le commerce, ces maîtres se trouvaient déjà avoir le pouvoir de repousser tous ceux qui pourraient par la suite rivaliser avec eux, en leur refusant l’instruction qu’eux seuls étaient en état de leur donner. Cependant, comme d’une part les gens à talent, pouvaient par la seule force de leur esprit, et leur constante application, suppléer à l’instruction qu’on leur refusait; et comme de l’autre, l’intérêt d’éloigner des concurrents n’était pour les marchands qu’un intérêt de corps, qui chez chacun d’eux pouvait être étouffé par l’intérêt particulier; ils jugèrent à propos de se lier par des règles communes, de les faire sanctionner par l’autorité souveraine, et d’exclure au moyen de cette même autorité, de toute participation aux métiers qu’ils exerçaient, ceux qui pourraient leur faire concurrence par leurs seuls talents naturels.

[Translation]

   In every trade, the statutes of apprenticeship were originally erected by those already recognised as masters. It is not absurd that they seek to oust new comers who might compete with them and might fetch their profits down by taking a part from them. Thus, in all trades they sought to make it difficult for any other person to entry into their trade associations. For this purpose, they chose from two expedients, one of which was to forbid every man from engaging in their business if he did not properly meet all conditions arbitrarily imposed upon him, and the other of which was to make the conditions as tough and bothersome as they could. Since there is no school for these technical arts or commerce, it transpired that these masters were already entitled to reject those who could soon be their rivals, by denying them the instruction that the masters are alone able to give them. However, talented men were able to supply their lack of instruction with all their own intellect and constant application, on the one hand, and it was only in the interest of their association for the merchants to escape competition, with the result that the association might be broken up due to their different individual interests, on the other hand. Therefore, the masters felt more like being under general regulations, having the regulations sanctioned by the sovereign authority, and wishing this authority to exclude every one who could compete with them with all his own natural talents, from any participation in the trades in which they were engaged.