Monday, 13 July 2009

Book 1, chapter 9, paragraph 13

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 260-61]

   Lorsque les capitaux d’une nation occupent tous ses ouvriers, remplissent tous les canaux de son industrie, de son agriculture, de son commerce intérieur, et qu’il en surabonde encore, les capitalistes qui ne peuvent les laisser oisifs sans perdre leurs revenus, cherchent à employer utilement le surplus au dehors. Dans les commencemen[t]s de la prospérité croissante de la nation dont nous suivons les développemen[t]s, les marchands étrangers apportoient [apportaient] dans ses marchés les productions étrangères dont elle avoit [avait] besoin, et y prenoient [prenaient] en échange celles qu’elle destinoit [destinait] l’exportation. Le capital de ces marchands en remplaçant celui du producteur national, redoubloit [redoublait] son activité; mais bientôt les capitalistes nationaux, ne trouvant plus assez d’occupation à l’intérieur, veulent partager le profit des importateurs; au lieu d’attendre chez eux les marchandises de l’Amérique ou de l’Inde, ils les vont chercher dans les contrées qui les produisent et y portent les leurs en échange. Placés plus avantageusement qu’aucun étranger pour acheter et vendre dans leurs propres marchés, si leur capital suffit pour faire tout leur commerce d’exportation, ils sont assurés de l’attirer à eux tout entier.

[Translation]

   When the capitals of a nation occupy all its labourers, fill all the channels of industry, agriculture, and inland trade and when it is overabundant with them, capitalists, who cannot leave them unemployed without losing their revenue, attempt to usefully employ the overabundance abroad. At the beginning of the growth of the national prosperity (whose developments we follow), foreign merchants carried into the markets the foreign produce the nation wanted, and took for exchange that which it appropriated for exportation. The capital of these merchants stimulated the activity of national producers by supplementing that of them. But the national capitalists, soon finding no longer enough opportunity at home, want to divide the profit of imports. Instead of waiting for commodities to come from America or India, they will try to find the same sorts of commodities in countries which produce them and carry back their produce in exchange. In a more advantageous position than any foreigner for purchase and sale in their own markets, if their capital is sufficient for all their commerce of exportation, they are sure that all the commodities will flow in.

Sunday, 12 July 2009

Book 1, chapter 9, paragraph 12

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 259]

   Quelqu’accroissement que prenne la richesse nationale, elle n’élèvera jamais les salaires des ouvriers jusqu’au point de ne plus laisser d’avantage à ceux qui les feroient [feraient] travailler. Dès l’instant qu’enhardis par la concurrence entre les entrepreneurs de manufactures, les ouvriers formeroient [formeraient] la prétention déraisonnable de priver les capitalistes de tout ou de presque tout profit sur leurs ouvrages, ceux-ci destineroient [destineraient] une assez grande masse de capitaux au commerce étranger, pour laisser un vide dans leur pays, et pour que les journaliers privés d’ouvrage fussent obligés de rabattre de leurs demandes. D’autre part ces ouvriers, pourvu que le commerce et les manufactures soient libres, supposition d’après laquelle nous partons toujours, seront constamment assurés, si leur pays est riche, d’y retenir en modérant leurs demandes, une masse de capitaux suffisante pour animer leur industrie.

[Translation]

   However huge the national wealth may become, it will never raise the wages of labourers to the point where there remains no advantage in the hands of those who would employ them. If labourers made an absurd demand to leave capitalists with little or no profit upon their works, presuming on competition among entrepreneurs of manufactures, the capitalists would immediately appropriate a sufficiently large amount of capital to foreign trade, leaving some room in their country, and forcing the unemployed day labourers to drop their demand. On the other hand, as long as trade and manufactures are free, an assumption accroding to which we always start, those labourers will be constantly sure of keeping home an amount of capital enough to animate their industry by dropping their demands, if their country is rich.

Saturday, 11 July 2009

Book 1, chapter 9, paragraph 11

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 258-59]

   Le bas prix de la main d’œuvre permet donc toujours aux pays pauvres de vendre certaines productions à meilleur marché que les pays riches; aussi l’Angleterre, la nation la plus riche de l’Europe, a-t-elle toujours besoin de celles qui ont moins de capitaux qu’elle, non-seulement pour les productions qui ne sont pas propres à son climat, mais encore pour celles dont le prix est surtout composé de main d’œuvre; tandis qu’elle peut vendre meilleur marché que toute autre nation celles dont le prix est surtout composé de profit; elle tire des dentelles et des toiles de la France et de l’Allemagne, de la bonnéterie [bonneterie] de l’Ecosse, et elle distribue des étoffes, de la quincaillerie et des marchandises qu’elle a importées des Indes, et non ouvré elle-même, à tout l’Occident.

[Translation]

   The low price of labouring hands, therefore, always permits poor countries to sell certain commodities at a lower price than rich countries. Thus, England, the richest nation in Europe, always needs those countries which have less capital than it, not only for the produce unsuitable for its climate but also for that whose price is composed almost of that of labouring hands. On the other hand, England can sell that whose price is composed almost of profit, at a lower price than any other nation. It imports lace and cloth from France and Germany and knitted fabrics from Switzerland, and distributes all over the West cloth, hardware, and commodities imported from India, without processing them for itself.

Friday, 10 July 2009

Book 1, chapter 9, paragraph 10

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 256-58]

   Cet accroissement des capitaux qui est presque toujours la cause première de l’établissement d’une nouvelle manufacture, et du bon marché de ses productions, a cependant sur quelques autres l’effet tout contraire, celui de les faire fermer, ce sont telles dans le prix desquelles le salaire entre pour une plus grande part que le profit: car plus les capitaux abondent, et plus luttant les uns contre les autres pour attirer les ouvriers, ils doivent renchérir leurs journées. L’on ne petit rien souhaiter de plus heureux pour une nation qu’une lutte semblable; puisque son résultat est l’aisance universelle, celle sur-tout [surtout] des hommes qui ne vivent que du travail de leurs mains. Il y a certaines manufactures qu’un très petit capital suffit pour mettre en mouvement, parce que la matière première est de peu de valeur, et qu’elle en acquiert une très considérable, par le travail d’un seul artisan. Le point de France et d’Alençon, la dentelle de Flandre et celle de Mirecourt sont des exemples de cette espèce de manufactures; les femmes qui les travaillent ne gagnoient [gagnaient] que 25 à 40 centimes par jour suivant leur habileté: si le salaire de ces femmes venoit [venait] à doubler, la manufacture ne pourroit [pourrait] probablement plus se soutenir, la diminution du profit d’un seul entrepreneur, ne pouvant suffire pour couvrir le doublement du salaire qui constitue les sept huitièmes du prix de cet ouvrage. Observons au reste que si ce doublement du prix du travail, provient de ce que les impôts ou toute autre cause ont doublé le prix des objets de première nécessité, ce n’est que la valeur nominale du salaire nécessaire qui a augmenté, tandis que sa valeur réelle est restée toujours la même, en sorte que l’aisance des faiseuses de dentelles ne s’est point accrue, et que le revenu de la classe ouvrière de la société n’est pas plus ample qu’auparavant: mais si les objets de première nécessité restant au même prix, les salaires sont deux fois plus élevés, l’augmentation de ceux-ci est le signe d’une plus grande recherche de travail. C’est dans ce cas que la chute de la manufacture de dentelles seroit [serait] une preuve de la prospérité nationale, puisqu’elle démontreroit [démontrerait] que les artisans gagnent deux fois plus par un autre travail, et que leur salaire superflu ou le revenu de la classe ouvrière est augmenté du double.

[Translation]

   The growth of capitals, which is almost always the first cause of the establishment of a new branch of manufactures, and of the low prices of its produce, has an utterly contrary effect upon some other branches. This is to destroy the branches where wage comprises a larger part of price than profit, because the more abundant capitals the more competitive each capital is for the purpose of attracting labourers, a circumstance which should raise their wages. You cannot wish more happiness for a nation than such a competition, because its result is universal opulence, above all, for those who live only by their own labour of hands. There are certainly some branches of manufactures a small capital suffices to set in motion, because raw materials are of little value and can be acquired in volume by means of labour of a single artisan. Needle lace (point de France, point d’Alançon) and bobbin lace (Flanders lace and Mirecourt lace) are examples of this sort of manufactures. Women who labour at these only gain 25 to 40 centimes a day according to their ability. If the wage of these women had been doubled, it is more probable, the mill could not be supported, and the diminution of profit of one entrepreneur could not be enough to cover that increase of wage which accounts for seven eighths of the price of that work. Besides, let us observe that, if the increase of the price of wage derives from the fact that taxation or any other cause has double the price of objects of the first necessity, it is only the nominal value of necessary wages that have increased, while their real value has always remained the same, so that the comfort of the women of lace has not increased, and that the revenue of the labouring class of society is no more enormous than before. But, if objects of the first necessity remain the same in price and the wages are twice as high as before, the increase of the wages is the sign of more refinement of labour. It is in this case that the fall of lace manufacture would be a proof of the national prosperity, because it would demonstrate that the artisans gain twice as high by performing another sort of labour, and that their surplus wage or the revenue of the labouring class has been doubled.

Thursday, 9 July 2009

Book 1, chapter 9, paragraph 09

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 252-56]

   Une manufacture qu’une nation ne pouvoit [pouvait] exercer devient accessible pour elle par plusieurs causes, lorsqu’elle s’enrichit: 1.° L’accroissement des capitaux fait baisser le taux de l’intérêt, le profit du commerce et par conséquent le prix des marchandises. Comment les François [Français], par exemple vendroient-ils [vendraient- ils] leurs étoffes de coton au même prix que les Anglois [Anglais]? les premiers veulent que leur capital leur rapporte le vingt pour cent par an, parce qu’ils pourroient [pourraient] le gagner dans tout autre commerce, et qu’ils payent souvent jusqu’à dix pour cent d’intérêt pour le dépôt qu’ils ont en mains; les Anglois [Anglais] se contentent de gagner huit pour cent, parce qu’au point de richesse où ils sont parvenus, c’est le taux moyen des profits du commerce: il faudroit [faudrait] donc pour que le fabricant François [Français] vendît au même prix que l’Anglois [Anglais], que sa marchandise lui revînt de douze pour cent meilleur marché qu’au dernier. Mais lorsque les richesses de la France seront augmentées, il lui suffira qu’elle revienne au même prix, pour que le François [Français] soit assuré que la sienne, qui n’est chargée d’aucuns frais de transport, exclura celle des Anglois [Anglais] de tous les marchés de son pays. 2.° Le taux élevé de l’intérêt et du profit mercantile n’affectent pas moins le prix de la matière première que celui de l’ouvrage achevé; ce profit est de la nature de l’impôt fameux d’Espagne nommé Alcavala, qui se répétoit [répétait] à chaque vente successive, il se multiplie par le nombre des marchands entre les mains desquels a dû passer la marchandise avant que d’être achevée. Une pièce de coton, par exemple, a dû payer double profit au commerçant de Marseille, qui a importé la matière première; autant au chef de la filature, au fabricant, et au marchand détailleur [?]; or chaque fois ce doublement s’est prélevé sur toute la somme. Quand le salaire des ouvriers devient plus élevé, le prix de leurs produits n’est accru qu’en raison du nombre de journées de travail auxquelles ce produit est dû: l’augmentation des profits élève le prix de l’ouvrage dans une proportion géométrique, et celle des salaires seulement dans une proportion arithmétique. 3.° Lorsque les capitaux commencent à se multiplier, les capitalistes trouvent moins de facilité à les employer; ils sont obligés de chercher des voies nouvelles pour les faire valoir, de surprendre le secret des fabrican[t]s étrangers, ou d’en découvrir de supérieurs aux leurs. Il s’établit donc une émulation d’industrie au profit du consommateur, qui tend toujours à tout produire à meilleur marché, et à perfectionner toutes les machines. 4.° Enfin la rapidité de l’exécution, et par conséquent son bon marché, dépendent en grande partie de la division du travail, de telle sorte que chaque ouvrier, ou chaque classe d’ouvriers, ne soie chargée que d’une seule opération la plus simple possible. Dans les villes où il n’y a qu’un capital peu considérable destiné à l’horlogerie, le même ouvrier fait toutes les parties d’une montre; à Genève où ce capital s’élève à cinq ou six millions, il se divise entre plusieurs marchands et fabrican[t]s, dont chacun se limite à une seule opération. Il seroit [serait] impossible d’établir ailleurs une fabrique d’horlogerie, qui travaillât aussi bon marché que celle de Genève, si l’on ne lui destinoit [destinait] en même tem[p]s un capital assez considérable, pour que divisé entre cinquante chefs d’atelier, il suffit à entretenir chacun d’eux toute l’année, en ne l’occupant que d’une seule des opérations de cette fabrique.

[Translation]

   A branch of manufactures a nation used to be unable to carry on becomes accessible for the nation for some reasons, when it is rich. First of all, the growth of capital lowers the rate of interest, the profit of commerce, and consequently the price of commodities. How would the French, for example, sell their cotton drapery at the same price as the English? The former want their capital to bear 20 percent a year, because they could gain it from any other sort of commerce and often pay the interest up to 10 percent for the deposit they have in hands. The English are content to gain 8 percent, because this is the mean rate of profits of commerce at the stage of wealth they have reached. It would therefore be necessary that the drapery should cost the French 12 percent [point] less than the English, for the French manufacturers to sell at the same price as the English. But, when the wealth of France has increased, it will be sufficient if only the drapery should cost the same, because the French are assured that their drapery, to transport which it costs nothing, will exclude that of the English from all the markets in France. Secondly, the high rate of interest and of mercantile profit affects the price of raw materials as well as that of finished goods. This profit is of the nature of the famous tax of Spain called alcabala; this tax, levied upon each successive sale, is the more enormous in the end by the number of the merchants in hands of whom commodities should have passed before being completed. A piece of cotton, for example, should have paid double profit, both to a merchant in Marseille, who have imported raw materials, and to a master of the textile mill, a manufacturer and retailer. This double profit is every time collected upon all the sum. When the wages of labourers become higher, the price of their produce soars only due to the number of work days for this produce. The increase of profit raises the price of produce in geometric proportion, and the increase of wages does only in arithmetic proportion. Thirdly, when the capital begins to grow, capitalists find it less easy to employ it. They are obliged to look for new ways to employ it, to unlock the secret of foreign manufacturers, or to invent better ones than foreign ones. Thus there takes place an industrial emulation for the benefit of consumers, which always has a tendency to produce all at lower prices and to improve all machines. Fourthly and finally, the rapidity of execution, and consequently the low prices depend for the most part upon the division of labour, so that each labourer, or each class of labourers, carries on only one of the simplest operations possible. In the city where there is a small capital allotted for watch-making, one labourer work on all parts of a watch. In Geneva, where this capital amounts to 5 or 6 millions, it is allocated to many merchants and manufacturers, each of whom confines himself only to one operation. It would be impossible to establish a circle of watch-making elsewhere which would be operated at as low cost as in Geneva, if enough capital were not so laid out at the same time that, allocated to 50 masters of workshops, it is sufficient to maintain every master in the full year, by carrying on only one of the operations of this circle.

Wednesday, 8 July 2009

Book 1, chapter 9, paragraph 08

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 251-52]

   Si le Gouvernement n’intervient point pour changer la marche naturelle des capitaux, ils donnent le profit le plus considérable qu’ils puissent donner, et les consommateurs font pour se procurer ce dont ils ont besoin le moins de sacrifices qu’ils puissent faire, eu égard à l’état du pays qu’ils habitent. Les revenus sont donc d’une part les plus forts possibles, de l’autre, ceux à qui ils appartiennent peuvent les employer avec le plus grand avantage possible, en sorte que tous les citoyens se trouvent dans la position la plus favorable pour faire des économies, et augmenter leurs fonds d’une partie de leurs revenus; aussi plus la société est libre de toutes les entraves que le Gouvernement peut mettre au commerce, et plus rapidement ses capitaux s’accroissent. A mesure qu’ils multiplient, on voit mettre successivement en œuvre par des fabrican[t]s nationaux les divers objets de première et de seconde nécessité, ceux qui ne sont qu’utiles, enfin ceux qui n’appartiennent qu’au luxe, parce que les consommateurs trouvant en plus grande abondance les objets de première nécessité, ne sont plus disposés à faire de si grands sacrifices pour se les procurer, et n’offrent plus à ceux qui les produisent des profits supérieurs à tous les autres. Alors les étrangers qui approvisionnoient [approvisionnaient] la nation, se trouvent peu à peu exclus de ses marchés, non point par des loix [lois], mais par la force des choses.

[Translation]

   If the government does not intervene to change the natural course of capitals, they give the highest profit that they can, and consumers make the least sacrifice that they can, to obtain what they have wanted, taking into account the state of the country where they live.
Then the revenue is the most largest possible on one hand, and those to whom it return can employ it to the most advantage possible on the other hand, so that all the citizens are in the best position to make savings, and to increase their stock using part of their revenue. Thus, the freer the society is from all the restrictions the government can put upon commerce, the more rapidly the capital of it grows. According as it grows, you see diverse objects of the second as well as of the first necessity successively produced by national manufacturers, such as conveniences and, finally, luxuries. This is because consumers, finding the most abundance of objects of the first necessity, are not inclined to make a large sacrifice to obtain them, and no longer offer any more profit to their producers than to any other sort of producers. Then the foreign countries which used to provide the nation find themselves being little by little excluded from its markets, not by laws, but by the natural course of affairs.

Tuesday, 7 July 2009

Book 1, chapter 9, paragraph 07

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 249-51]

   Si le pays n’a de capitaux que précisément ce qu’il lui en faut, pour mettre en mouvement ses laboureurs, ses artisans, et les fabrican[t]s des marchandises les plus volumineuses, il faudra qu’il attende avant d’entreprendre rien d’autre, que ses capitaux aient été multipliés par son travail, et par l’économie que chaque classe de la société pourra faire sur son revenu. Car il n’est pas douteux que si dès cette époque, il entreprend quelqu’autre ouvrage, il faudra pour mettre ses nouveaux ouvriers en mouvement, qu’il ôte aux anciens et aux plus nécessaires une partie de leur subsistance, et qu’il ferme leurs ateliers: Ce renversement de l’ordre naturel n’aura jamais lieu de lui-même, les ouvriers les plus nécessaires étant ceux pour lesquels le consommateur fait le plus de sacrifices et auxquels il accorde les plus gros profits; mais il peut résulter de l’impéritie du Gouvernement, si pour favoriser une nouvelle manufacture, celui-ci fait en sa faveur avec les revenus de la société des sacrifices plus grands encore que ceux que faisoit [faisait] le consommateur. Nous verrons dans les livres suivan[t]s tous les maux qui résultent d’une faveur si impolitique; nous pouvons cependant, d’après ce que nous avons déjà dit, prévoir dès à présent les suivan[t]s 1°. D’entre les ateliers les plus nécessaires à la nation, plusieurs seront fermés faute de capitaux, et plusieurs d’entre les ouvriers qui ne seront pas propres à l’industrie nouvelle perdront ainsi leur gagne-pain: 2°. Ceux des consommateurs qui malgré le sacrifice qu’ils étoient [étaient] disposés à faire, ne trouveront plus dans le pays les objets de première nécessité qu’il leur convenoit [convenait] d’y faire fabriquer, seront obligés de faire un sacrifice plus grand encore pour les tirer du déhors [dehors]. 3°. La perte qu’aura faite le Gouvernement pour établir la nouvelle manufacture, sera supportée par les revenus nationaux, et cette dépense sera encore augmentée par les frais du Gouvernement, soit pour lever l’impôt, soit pour appliquer son produit. Le revenu national sera donc diminué de tout celui qu’auroient [auraient] donné les ateliers qu’on a fait fermer, de tout celui que sacrifie le consommateur pour y suppléer, et de tout celui qu’on ôte au contribuable au delà de ce qui parvient au nouvel artisan. Voilà les moindres pertes qui puissent résulter d’un monopole, nous verrons par la suite qu’il en cause souvent bien davantage.

[Translation]

   If the country has no more capital than precisely needed for employment of its husbandmen, artisans, and manufacturers of the most bulky commodities, it will be necessary above all to wait for its capital to have grown due to its labour and to the savings each class of the society can make on revenue. This is because there is no doubt that, if it establishes any other branch before that time, it will be necessary for employment of new labourers that the country should appropriate the old and more required capital for part of their subsistence, and that it should close their workshops for which the capital used to be employed. This reversal of the natural order will not take place by itself, since the most necessary labourers are those for whom consumers make the most sacrifice and to whom they grant the most profit. But the reversal can take place due to the incompetence of the government, if it makes still more sacrifice of revenue of the society than consumers would, to give favourable treatment to a new branch of manufactures. We will in the following book see all the problems which result from so impolitic favourable treatment. Still, we can expect the followings at this stage according to what we have already said. First of all, some of the most necessary workshops for the nation will be closed for lack of capital, and some of labourers not good at the new industry will lose their stock in trade. Secondly, in spite of the sacrifice they are ready to make, some consumers no longer find in the country the objects of the first necessity which should be manufactured there, and will be obliged to make still more sacrifice because they must import them from abroad. Thirdly, the loss sustained by the government in establishment of the new branch of manufactures will be covered with the national revenue, and this expenditure is further increased by the cost of the government, either by levying the tax or by applying its produce. The national revenue will be therefore diminished by what the closed workshops would have produced, by what consumers sacrifice to supply the blank, and by what taxpayers pay beyond the gains of new artisans. These are the smallest losses that can result from monopoly, and we will see that it often causes some much larger losses.