Saturday, 9 May 2009

Book 1, chapter 6, paragraph 18

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 176-77]

   Si des capitaux n’avoient [avaient] jamais été prêtés que pour maintenir un travail productif, il existeroit [existerait] une somme de marchandises égale à celle du capital immatériel, qui n’appartiendroit [appartiendrait] pas à ses détenteurs ou qui entre leurs mains seroit [serait] hypothéquée aux prêteurs; mais lorsque des emprunts ont été faits dans tout autre but, comme la richesse mobiliaire [mobilière] qui a donné naissance aux créances a été dissipée sans reproduction, il n’existe point, pour représenter les dettes du Gouvernement, par exemple, une masse correspondante de richesses sans propriétaires, mais seulement une masse suffisante pour en payer les intérêts. Les vrais propriétaires de la partie du revenu national que prélèvent les impôts, ne sont point ni ceux qui produisent et qui payent, ni le Gouvernement qui reçoit le montant des contributions, mais les créanciers de l’État auquel il est dû. Il y a cependant toujours comme l’on voit une relation nécessaire entre la valeur négative de la richesse mobiliaire [mobilière], d’une part, et de l’autre, la richesse positive des propriétaires du capital immatériel qui ont hypothèque sur elle.

[Translation]

   If no capital had ever been lent except for maintenance of productive labour, there would be an equal amount of commodities to that of the intangible capital, which would not belong to its holders, or which would be mortgaged in their hands to the lenders. But, when some loans have been made for any other purpose, as the movable wealth which has given birth to bills of credit has been dissipated without reproduction, there does not exist a corresponding mass of the wealth without owners (for example, in order to represent the debts of the government), but only a mass sufficient to pay the interests. The true owners of the part of the national revenue which derives from taxation are not those who make a production and a payment, or the government who receives the sum total of taxes, but the creditors of the state to which it is due. However, there is always, as you see, a necessary relation between the negative value of the movable wealth, on one hand, and the positive wealth of the owners of the intangible capital which is issued in pledge of it, on the other hand.

Friday, 8 May 2009

Book 1, chapter 6, paragraph 17

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 175-76]

   Les emprunts faits pour maintenir un travail productif n’appauvrissent pas la nation, et ne l’enrichissent pas non plus; c’est une partie de la richesse mobiliaire [mobilière] qui change de régisseur sans changer de propriétaire, ni changer non plus de destination, car tout capitaliste n’emploie son capital qu’à maintenir un travail productif, sous peine de le perdre. Mais les emprunts faits pour maintenir un travail improductif, soit par un dissipateur qui hypothèque ses immeubles pour gage, soit par le Gouvernement qui hypothèque les revenus de la nation, sont autant de pertes pour l’État. Les fonds qui jusqu’à ce jour avoient [avaient] été destinés uniquement à mettre en meuvement des ouvriers utiles, sont consommés sans retour; et quoique le prêteur ait en mains un gage égal à la valeur des marchandises qui ont été consommées; quoiqu’il prélève sûr le produit annuel une part égale à l’intérêt de ses fonds, cette somme n’en est pas moins perdue pour l’État; car l’emprunteur a aliéné d’abord la somme qu’il a reçue en dépôt, et ensuite celle avec laquelle il paye le prêteur: il y en a deux de déboursées, et cependant il n’en existe plus qu’une.

[Translation]

   The loans made in order to maintain productive labour do not impoverish the nation, nor do they enrich it. It is a part of the movable wealth which changes managers without changing owners or any purpose, because every capitalist only employs his capital in order to maintain productive labour, lest he should sustain a loss. But the loans made in order to maintain unproductive labour, either by a dissipater who mortgages his immovables or by the government which mortgages the revenue of the nation, are also losses for the state. The money which up to that day had been devoted to employment of useful labourers is consumed with no return. Even though the lender may hold a mortgage equal in value to the commodities which have been consumed, even though he may extract a part equal to the interest of his money from the annual produce, this amount is nonetheless lost for the state. This is because the borrower has alienated at first the amount which was deposited with him, and later the amount he pays to the lender. He makes two payments, and yet there is no more than one payment.

Thursday, 7 May 2009

Book 1, chapter 6, paragraph 16

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 174-75]

   Tout capital immatériel est né de la livraison d’une portion de richesse matérielle, et généralement mobiliaire [mobilière] (4). Le numéraire a été le plus souvent le signe de cette livraison, mais elle n’a vraiment été accomplie que lorsque l’emprunteur a employé l’argent relu à acheter les objets de consommation dont il vouloit [voulait] faire usage. Aucun homme n’a jamais emprunté pour garder le numéraire dans son coffre-fort. Les marchandises contre lesquelles il l’échange sont la propriété du prêteur; celles qu’il produira en faisant consommer ces premières, sont son hypothèque. La masse des marchandises livrées et consommées en conséquence des ces marchés, est égale à la masse des créances; et comme il n’y a point de double emploi, les détenteurs du mobilier effectif ne sont point propriétaires de cette partie du revenu national et mobilier, qui est égale aux intérêts dûs à tous les porteurs de créances: il y a d’une part une quantité négative égale à la quantité positive qui se trouve de l’autre.

[Translation]

   Every piece of intangible capital has derived from the delivery of a portion of tangible and generally movable wealth (4). Specie has been most often the sign of this delivery, but the delivery is really accomplished only when the borrower has used the received money to purchase the objects of consumption of which he wanted to make use. No one has ever made a loan in order to keep specie in his safe. The commodities for which the borrower exchanges it are the property of the lender. The commodities the former will produce by making the previously purchased commodities consumed are the security of the latter. The sum of commodities delivered and consumed in consequence of these deals is equal to the sum of bills of credit. When there is no double employment, the holders of actual movables were not owners of this part of the national and movable revenue, which is equal to the interests due to all the bearer of bills of credit. There is a negative quantity on one hand, equal to the positive quantity which is found on the other hand.

Wednesday, 6 May 2009

Book 1, chapter 6, paragraphs 14-15

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 173-74]

   Les créances portant intérêt, tant par obligation que par simple billet, sur le trésor public, les compagnies de commerce, ou les particuliers, sont d’une toute autre nature que le papier-monnoie [monnaie]; on est aussi empressé à les garder qu’à se défaire de l’autre; quoiqu’on les échange quelquefois ou entre elles ou avec des marchandises, elles ne forment cependant point partie de la circulation, aussi retardent-elles moins le numéraire en le remplaçant qu’elles n’accélèrent sa marche en multipliant les valeurs à échanger.
   Le numéraire dans les prêts tout comme dans les achats, n’est que le signe de la transmission d’une valeur plus réelle, d’une richesse plus utile; c’est cette valeur qui est l’origine du capital immatériel, et sur laquelle il est hypothéqué. La richesse mobiliaire [mobilière] est la possession du fruit du travail accumulé de l’homme, qui peut toujours s’échanger contre un nouveau travail exigible; la richesse immatérielle n’est plus que ce droit d’exiger un nouveau travail, détaché du fruit du travail précédent déjà donné en échange.

[Translation]

   Bills of credit bearing interest, in form of bonds as well as simple bills, on the public treasure, commercial companies, or individuals, are of different nature from paper money. People are as eager to keep the former as to dispose of the latter. Although the former are sometimes exchanged for one another or for commodities, they do not form part of the circulation, and therefore they do not so much delay specie by replacing it, as accelerate its velocity by multiplying things of value to exchange.
   Specie on loan as well as on sale is only the sign of the transfer of something more real of value, namely a more useful piece of the wealth. It is this thing of value which is the origin of intangible capital, and by pledge of which it is secured. The movable wealth is possession of the fruitage of accumulated labour of mankind, which can always be exchanged for due new labour. The intangible wealth is no more than this right to new labour, distinct from the fruitage of the past labour already offered in exchange.

Tuesday, 5 May 2009

Book 1, chapter 6, paragraph 13

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 170-73]

   Reprenons donc notre distinction entre le papier-monnoie [monnaie], et le capital immatériel (3): Le papier-monnoie [monnaie] qui comprend les billets de banque dont la circulation est libre, aussi bien que ceux dont elle est forcée, est désavantageux à garder en portefeuille, aussi bien que l’argent à garder en caisse; car un capital qui fructifieroit [fructifierait] si on le prêtoit [prêtait], ou si on l’employoit [employait] au commerce, reste stérile aussi long-tem[p]s qu’on le laisse chômer. Aussi les détenteurs de billets s’empressent-ils de les faire circuler aussi rapidement qu’ils le peuvent, sous peine de perdre l’intérêt de leur capital. Ces papiers passent donc de main en main pour faciliter les échanges, en sens contraire soit de la marchandise, soit du vrai capital immatériel. Il n’y a aucune raison pour que lé mouvement du papier-monnoie [monnaie] soit plus lent que celui de l’argent, il en doit résulter les mêmes effets que de l’introduction d’une nouvelle masse d’espèces métalliques: le papier-monnoie [monnaie] plus l’ancien numéraire n’aura pas plus de valeur que ce numéraire seul n’en avoit [avait] avant l’émission, puisqu’entre eux deux ils sont égaux à l’aliquote inconnue de la richesse mobiliaire [mobilière], qui d’après la vitesse donnée suffit pour la représenter toute entière; il devient donc d’une nécessité absolue d’exporter les espèces d’or et d’argent, celles de papier n’ayant point de valeur au dehors de l’État où elles sont créées. Si l’on continue à multiplier le papier lorsque tout le numéraire est sorti, il faut qu’il baisse de valeur, et quand il aura commencé à baisser, il se tiendra au-dessous plutôt qu’au-dessus de celle qu’il a réellement, et qui égale l’aliquote inconnue de la valeur mobiliaire [mobilière] qui suffit à sa circulation. Lorsqu’on voit un Gouvernement porter l’ignorance ou l’immoralité, jusqu’à mettre en circulation 45,581,411,618 francs en assignats, dans un pays qui ne pouvoit [pouvait] guère supporter une circulation de plus d’un milliard, on ne s’étonne plus de voir tomber ces assignats à 7 s. 9 d. les cent francs.

[Translation]

   Now let us return to our distinction between paper money and intangible capital (3). It is as disadvantageous to keep paper money in portfolio, inclusive of bank notes whose circulation is free as well as those whose circulation is forced, as to keep specie in safe. This is because a capital which would function if you lent it, or if you employed it to commerce, remains sterile as long as you leave it unemployed. Thus holders of bills are eager to make it circulate as rapidly as they can, lest they should lose the interest of their capital. These bills therefore pass from hand to hand to facilitate exchanges, in the contrary direction either to commodities or to true intangible capitals. There is no reason for which the flow of paper money is slower than that of specie, and it should result in the same effects as the introduction of a new mass of metallic coins. Paper money plus old specie will not have any more value than specie alone had before the issue of paper money, because they two are altogether equal to the unknown [endogenous] fraction of the movable wealth, which given the velocity is sufficient to represent the fraction as a whole. It should therefore be completely necessary to export gold and silver coins since paper money has no value outside the country which issues it. If you continue to multiply paper money when all specie is gone, paper money should fall in value, and, when it has begun to fall, it will remain below rather than above that which it has really and which is equal to that unknown [endogenous] fraction of the movable wealth which is sufficient to its circulation. As you know a government ignorant enough or immoral enough to put assignats of 45,581,411,618 francs in circulation, in a country which could hardly support more than a billion of circulation, it is no longer surprising that these assignats of 100 francs should have fallen to 7s. 9d.

Monday, 4 May 2009

Book 1, chapter 6, paragraph 12

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 169-70]

  Pour réfuter cette nouvelle supposition, il suffit d’observer que les créances ne cheminent point daus [dans] le même sens que le numéraire ou le papier-monnoie [monnaie], mais qu’elles croisent constamment ces derniers dans leur circulation; en effet on les crèe [crée] et on les transmet, on les vend et on les achète, toujours en échange contre de l’argent ou du papier-monnoie [monnaie], précisément comme toute autre marchandise. Les créances et le papier-monnoie [monnaie] ne parcourent donc pas conjointement l’un des systèmes de la circulation, ou les veines du corps politique. Lorsqu’il arrive qu’on les échange entre eux, ou avec un capital matériel, de pareils échanges nés d’une convenance réciproque, sont précisément de la même nature que les trocs ou de marchandises ou d’immeubles qui ont aussi lieu quelquefois; ils ne retardent donc point tant la circulation du numéraire en prenant sa place, que ce capital ne l’accélère en mettant dans le commerce de nouvelles valeurs à échanger.

[Translation]

  In order to refute this new supposition, it is sufficient to observe that bills of credit do not circulate in the same direction as specie or paper money, but that they constantly meet specie and paper money in its circulation. Indeed you create and transmit them, you sell and purchase them always in exchange for specie or paper money, precisely as any other commodity. Bills of credit and paper money therefore do not cover one of the systems of circulation together, or the veins of the body politic. When it happens that you exchange bills of credit for specie and paper money, or with a tangible capital, such an exchange made due to the reciprocal convenience is precisely of the same nature as an act of bartering commodities or immovables which also takes place sometimes. Therefore, it does not so much delay the circulation of specie by taking its place as this capital accelerates it by putting new things of value to exchange in commerce.

Sunday, 3 May 2009

Book 1, chapter 6, paragraph 11

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 168-69]

   Mr. Canard pare avoir adopté une nouvelle théorie différente des deux précédentes: je penche à croire qu’il a confondu comme ses prédécesseurs les créances avec le papier-monnoie [monnaie] (2), et qu’il a considéré le tout comme étant non point la représentation, mais au contraire le supplément du numéraire. C’est sans doute sur cette opinion qu’il s’est fondé pour évaluer comme il l’a fait, la somme totale du papier de crédit et de l’argent qui circule, à une somme égale à la masse totale de la richesse du monde commerçant. (§. 64.). Il lui aura paru que les créances qui demeuroient [demeuraient] pendant très long-tem[p]s dans les mêmes mains, faisoient [faisaient] une compensation pour cette partie de la richesse matérielle, dont il voyoit [voyait] que les échanges étoient [étaient] peu fréquen[t]s. Ce n’est pas cependant qu’il ait énoncé expressément cette opinion, mais comme en combattant son ingénieuse supposition de deux circulations en sens inverse, nous nous sommes attachés à faire voir que le papier-monnoie [monnaie] joint au numéraire, étoit [était] fort inférieur pour la valeur, fort supérieur pour l’activité, à la richesse mobiliaire [mobilière] qu’il croisoit [croisait] dans sa circulation, on pourroit [pourrait] croire qu’en unissant au numéraire et au papier-monnoie [monnaie], toute la masse du capital immatériel ou des créances, cet équilibre qu’il annonçoit [annonçait] seroit [serait] rétabli.

[Translation]

   Mr Canard seems to have adopted a new theory different from the two precedent theories. It seems to me that he confused bills of credit with paper money like his precursors (2), and that he viewed both sorts not as representation of but, on the contrary, as supplement to specie. It is undoubtedly from this viewpoint that he attempted to estimate, as he did it, the sum total of paper credit and money in circulation, to be equal to that of the wealth of the commercial world (§ 64). It perhaps seemed to him that bills of credit which remained for a very long time in the same hands counterbalanced that part of the material wealth whose exchanges he thought were infrequent. However, he did not clearly expound this view, but rather we are concerned to show that paper money added to specie was extremely inferior in value, and extremely superior in activity, to the movable wealth it met in its circulation, refuting his ingenious supposition of two calculations in the opposite direction. Therefore you could believe that, adding to specie and to paper money all the amount of intangible capital or credit, that equilibrium he announced would be regained.