Wednesday, 11 March 2009

Book 1, chapter 4, paragraphs 22-23

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 99-100]

   Comme cette manière de présenter la balance nationale est absolument nouvelle, qu’elle est fort importante bien saisir, et faut chercher à dissiper toute l’obscurité qui peut l’envelopper encore, nous représenterons par des chiffres le revenu, les dépenses, le salaire nécessaire, et les créances, que noue supposerons à de petites nations, pour expliquer les différentes altérations que peut subir la balance de leurs revenus.
   Supposons qu’il existe trois Cantons ou petits peuples marchands, dont la consommation soit précisément égale, celle de chacun d’eux montant en l’an 1800 à dix millions de livres. Désignons ces trois Cantons par les lettres A. B. et C. D’après le système des économistes, et même d’après celui de plusieurs mercantiles, la consommation est la mesure de la reproduction, en sorte que ces trois peuples devroient [devraient] se trouver au même degré de prospérité; cependant nous allons voir au contraire qu’avec une consommation égale, selon que leur industrie s’accroît ou se ralentit, selon aussi l’état de leurs créances ou de leurs dettes envers les étrangers, chacun de ces peuples peut avancer un plus ou moins grand salaire nécessaire, et jouir d’un plus ou moins grand revenu.

[Translation]

   This formulation of the national balance is completely new, its full understanding is very important, and you need to try to dispel all obscurities which may still haunt it. Therefore we will represent by numerical examples the revenue, the expenditure, the necessary wages and the external credit. Then we will suppose small nations, in order to explain the variety of alterations to which the balance of their revenue can be subject.
   Let us suppose that there existed three cantons, or small commercial nations, that they were equal in consumption, and the consumption of each nation amounted to 10,000,000 livres in 1800. Let us make the letters A, B, and C designate these three cantons. According to the system of the Economistes, and even to that of some mercantilists, consumption is the measure of reproduction, so that these three nations would be thought to enjoy the same level of prosperity. But we will see on the contrary that, given that consumption is constant, according as their industry is progressive or stagnant, and also according to the state of their external credit or debt, each of these nations can make a more or less advance on the necessary wages, and can enjoy larger or smaller revenue.

Tuesday, 10 March 2009

Book 1, chapter 4, paragraph 21

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 98-99]

   Si la nation dont nous parlons, fait un commerce avec l’étranger, il pourra consister principalement dans l’échange de ses productions contre d’autres productions, sa consommation pourra être égale à la valeur des fruits de son travail annuel; mais elle pourra aussi échanger partie de ses marchandises contre des créance sur l’étranger, et prêter aux nations avec quelles elle commercera; ou au contraire elle pourra donner en retour contre les marchandises de l’étranger des créances sur elle-même; c’est-à-dire emprunter des nations avec lesquelles elle trafique. Dans le premier cas sa dépense sera égale à sa production moins le salaire nécessaire qu’elle avance et les prêts qu’elle a faits; dans le second elle sera égale à sa production jointe aux emprunts qu’elle a faits, moins le salaire nécessaire qu’elle avance. Cela doit être ainsi, puisque dans la première supposition il s’en faut de toute la valeur de ses créances que sa consommation égale sa production, et que dans la seconde, la consommation surpasse la production d’une valeur égale à celle de ses dettes.

[Translation]

   If the said nation carries on foreign trade, it is likely that the trade will consist principally of exchanges of its produce for other nations’ produce, and that its consumption will be equal in value to the produce of its annual labour. But it is likely, too, that the nation will exchange a part of its commodities for bills of credit on foreigners, and will supply loans to the nations with which it will trade, or, on the contrary, that the nation will exchange bills of credit on itself in return for foreign commodities, that is, will make loans from the nations with which it trades. In the former case, the expenditure of the nation will be equal to its production minus the necessary wages on which it makes an advance and the loan it has supplied. In the latter case, its expenditure will be equal to its production plus the loan it has made, minus the necessary wages on which it makes an advance. The calculation should be so, in the former case because the consumption would equal the production if the nation consumed more by the value of the external credit, and in the second case because the consumption is in excesses of the production by as much as the value of the external debt.

Monday, 9 March 2009

Book 1, chapter 4, paragraph 20

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 96-98]

   Supposons une nation qui n’ait point habituellement de commerce extérieur, le produit de son travail sera conséquemment égal à sa consommation; car si elle produisoit [produisait] plus qu’elle ne peut consommer, ne faisant point d’exportation, une partie des fruits de son travail lui seroit [serait] inutile, il baisseroit [baisserait] de prix, et arrêteroit [arrêterait] la production pour l’année suivante. Malgré cet isolement, et cette égalité entre la production et la consommation, la balance entre les revenus et les dépenses, peut cependant être égale favorable, ou défavorable. Elle sera égale si les trois classes productives consacrent au salaire nécessaire une portion de richesse mobiliaire [mobilière] précisément égale à celle qu’elles lui avoient [avaient] consacré l’aimée précédente; car alors déduisant deux sommes égales, de deux quantités égales, savoir la consommation et la production, les restes seront égaux, la nation n’aura ni perdu ni gagné; un salaire nécessaire égal mettra en mouvement l’année suivante un travail égal, et le revenu sera le même. Elle sera favorable, si la dépense des trois classes productives est moindre que leur revenu; ce qui ne peut se faire que parce que le salaire nécessaire qu’elles avancent cette année est plus considérable que celui, qu’elles ont avancé l’année précédente; la consommation et la production étant égales, et toute la différence entr’elles étant que de la première il faut retrancher le salaire nécessaire de l’année passée, pour avoir le revenu, et de la seconde le salaire nécessaire de l’année courante pour avoir le dépense; un plus grand salaire nécessaire mettra cette année plus de travail en mouvement, et le revenu de l’année prochaine sera plus considérable. Si chaque année il se fait de même une économie sur les revenus, ceux de l’année suivante augmenteront progressivement; et les richesses de l’État iront toujours en croissant, sans qu’il ait besoin pour cela d’aucun commerce avec l’étranger. Enfin elle sera défavorable, la dépense des trois classes productives, surpasse leur revenu, car alors comme chaque année elles avancent un moindre salaire nécessaire, chaque année le revenu national décroîtra, sans que son déclin nécessite aucune exportation, on qu’aucune nation étrangère, en profite.

[Translation]

   Let us suppose that a nation does not usually carry on foreign trade, and the produce of its labour will be consequently equal to its consumption; since if the nation produced more than it can consume and did not export anything, a part of the fruits of its labour would be useless to the nation, would fall in price, and would depress the production for the following year. In spite of this separation and equality between the production and consumption, however, the balance between the revenue and expenditure can be equal, favourable or unfavourable. It will be equal if the three productive classes allot for the necessary wages a portion of movable wealth exactly equal to that allotted for them in the previous year. This is because, if you subtract two equal values respectively from the two equal values (the consumption and the production), you will have the differences equal, which means that the nation will neither win nor lose. If the necessary wages are constant, the same quantity of labour will be employed in the following year, and the revenue will remain the same. The balance will be favourable if the expenditure of the three productive classes is smaller than their revenue; this take place only when the necessary wages advanced for the year are larger than those for the previous year. The consumption and the production are equal, and all the difference comes from the fact that you can find the revenue by subtracting the necessary wages of the previous year from the consumption, while you can find the expenditure by subtracting the necessary wages of the current year from the production. In this case, a larger quantity of the necessary wages will employ more labour this year, and the revenue of the following year will be larger. If the nation economises on the revenue at the same rate every year, the revenue will progressively increase year by year, and the wealth of the state will always and gradually rise, with no need for revenue from foreign trade. Finally, the balance will be unfavourable if the expenditure of the three productive classes surpasses the revenue, since, as they advance a smaller quantity of the necessary wages every year, the national revenue decreases year by year, a decrease which necessitates no exportation, and which is of no benefit to any foreign country.

Sunday, 8 March 2009

Book 1, chapter 4, paragraphs 18-19

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 94-96]

   Les revenus et les dépenses de la société se présentent donc ici à nous sous un troisième point de vue; les premiers sont ceux d’une partie de la nation qui en est seule propriétaire, les secondes sont celles de la même partie de la nation qui fournit aux autres leur nourriture.
   Si les dépenses des trois classes productives surpassent leurs revenus, la nation doit indubitablement s’appauvrir; à moins que la classe improductive ne fasse sur le revenu qu’elle obtient, des économies aussi considérables que l’est le déficit à la balance des premières, et qu’elle ne replace dans la circulation autant de capitaux que celles-ci en auront retiré; or on n’a pas lieu de s’y attendre. Il n’est guère possible que les classes productives dissipent jamais leurs capitaux, à moins qu’elles n’y soient contraintes par la violence ou la ruse; c’est donc entre les mains de la troisième section de la classe improductive que passeront les capitaux qui leur seront enlevés. Cette section composée des suppôts d’un Gouvernement tyrannique, de brigands, et de voleurs, ne thésaurise jamais, parce qu’elle compte sur les mêmes moyens pour se procurer de nouveaux fonds, après que ceux qu’elle possède seront dissipés. Il semble que c’est ce qui arrivoit [arrivait] dans presque toutes les provinces de l’Empire Ottoman, et plus particulièrement en Egypte, où les Mammelues [Mamelues] dissipoient [dissipaient] par leur faste, non pas les revenus seuls, mais les capitaux des classes productives. Au reste ceux de la quatrième classe qui accumulent des richesses, soit qu’ils les fixent ou qu’ils les fassent circuler, entrent par le fait, et pour cette partie de leur fortune, dans une des classes productives, en sorte qu’ils sont compris dans notre balance générale (5).

[Translation]

   The revenue and the expenditure of society can therefore be seen here from the third point of view. The former is the revenue of a part of the nation, who are the only proprietors of the society, and the latter is the expenditure of the part, who provide the rest of the nation.
   If the expenditure of the three productive classes surpasses their revenue, the nation should certainly be impoverished. Admittedly it would be the case if the unproductive class had not economise so much on the obtained revenue, that the surplus of the former class may be equal to, or more than, the deficit of the latter classes, and if the former had not set back as much capital into circulation as the latter will withdraw from it. But there is no reason to expect such a thing to happen. It is hardly possible that the productive classes ever dissipate their capital unless they are forced to by violence or trickery. Therefore, if the capital of the productive classes is eroded, the decrement will get in the hands of the third section of the unproductive class. This section, composed of officials of a tyrannical government, brigands, and thefts, never hoards money, since the section depends, after the money in its possession is dissipated, upon the same means in procuring another sum of money. It seems that this happened in almost all provinces of the Ottoman Empire, and more particularly in Egypt, where mamelukes dissipated not only the revenue but also the capital of the productive classes for conspicuousness. Besides, those of the fourth class who accumulate some wealth, whether in the form of fixed capital or circulating capital, belong to one of the productive classes, due to the fact and for this part of their fortune, so that they are included in our general balance (5).

Saturday, 7 March 2009

Book 1, chapter 4, paragraph 17

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 92-94]

   La classe qui n’a point de revenus peut se diviser en trois, parce qu’elle met en œuvre trois moyens différen[t]s pour partager ceux des classes productives. Le premier c’est d’embrasser la défense des intérêts des autres, moyennant une rétribution prise sur leurs biens; les revenus d’un Gouvernement légitime, d’un établissement militaire proportionné au besoin de la nation, des juges, des avocats, des médecins, des ministres du culte, proviennent de cette source. Le second expédient c’est de vendre des jouissances, à ceux qui ayant un revenu superflu, en consacrent une partie à nourrir leur esprit, à satisfaire leurs sens, ou à flatter leur vanité; à cette seconde section appartiennent les revenus des philosophes; des poètes, des musiciens (4), des comédiens; ceux des perruquiers, barbiers, baigneurs, etc. ceux enfin de tous les domestiques d’une maison. La troisième section de la classe improductive obtient gratuitement partie du bien d’autrui par la violence, ruse, ou la pitié; les Gouvernemen[t]s despotiques et injustes, ou même trop dispendieux, avec tous ceux qu’ils salarient; ainsi que les brigands, les voleurs de toute dénomination, et les mendions, appartiennent à cette section. Les trois classes productives contribuent toutes plus ou moins comme on voit au maintien de la classe improductive en sorte que les dépenses de celle-ci sont toutes passées en compte dans les leurs. Aussi la dépense nationale est-elle égale à la masse de richesse mobiliaire [mobilière] que les trois classes productives ont ou consommée elles-mêmes, ou aliénée définitivement et sans espoir de la voir renaître; ce qui comprend les impôts que les citoyens de ces trois classes ont payé au Gouvernement, les rétributions qu’ils ont accordées à tous ceux qui ont contribué à leur bien être, et les portions de leur revenu saisies par la force, la fraude, ou la pitié; tandis que cette définition ne comprend point au contraire le salaire nécessaire, parce qu’il n’est jamais une aliénation définitive.

[Translation]

   The class which has no revenue can be divided into three sections, because it makes use of three different means in order to participate in the distribution of the revenue of the productive classes. The first means is by carrying on defence of interests of the rest of the society, in return for some remuneration withdrawn from their wealth; from this source comes the revenue of legitimate governments, of military establishments in proportion to the national needs, of judges, of lawyers, of doctors, and of religious ministers. The second is by selling some pleasant services to those who allot a part of their surplus revenue for enrichment of their minds, for gratification of their desires, or for satisfaction of their vanity. To this second section belong the revenue of philosophers, poets, musicians (4), actors, that of wigmakers, barbers, keepers of bathhouses, and finally that of all kinds of domestic servants. The third section of the unproductive class obtain a part of the wealth of the rest of the society for nothing, by means of violence, trickery, or pitifulness; not only brigands, all sorts of tricksters, and beggars but also despotic and unjust governments or even excessively liberal governments (and all those whom they remunerate) belong to this section. The three productive classes all contribute more or less, as you see, to maintenance of the unproductive class, so that all the expenditure of the unproductive is counted in that of the productive. Therefore, the national expenditure is equal to the quantity of the movable wealth the three productive classes have consumed for themselves or have alienated forever and with no hope to retrieve them; this includes the taxes the citizens of these three class have paid to the government, the remuneration they have made for all those who have contributed to their well-being, and those portions of their revenue they have been deprived of by means of force, fraud or pity. Yet this does not include, on the contrary, the necessary wages by definition, because they are no eternal alienation.

Friday, 6 March 2009

Book 1, chapter 4, paragraphs 15-16

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 91-92]

   Les propriétaires des capitaux fixes et des terres, y participent enfin, pour toute la valeur que le travail fixé ajoute au travail annuel de l’homme, ou pour leur rente.
   Ces trois classes que l’on pourroit [pourrait] appeler productives, créant le revenu national qu’elles possèdent en totalité, doivent aussi en dernière analyse supporter toute la dépense, en sorte que leur bilan doit être celui de la nation: la principale de ces dépenses est celle de nourrir la classe improductive, qui vit absolument à leurs frais; celle-ci est composée de gens très utiles à la société, et de gens qui lui sont très nuisibles; de tout ce que nous respectons le plus, et de tout ce que nous méprisons davantage; ce n’est que sous un rapport pécuniaire que l’on peut réunir sous un seul point de vue des personnes qui se ressemblent aussi peu que les magistrats, les gens de lettres, les militaires, d’une part, les mendian[t]s, les prostituées, et les voleurs de l’autre; avec une foule de rangs intermédiaires, qui de même que les précéden[t]s, vivent aux dépens des trois premières classes de la société.

[Translation]

   Finally, owners of fixed capital and of land also participate in the distribution for all the value the fixed labour adds to the annual labour of man, or for their rent.
   These three classes you could call productive, creating the national revenue they possess as a whole, should also after all support all the expenditure, so that their account should be that of the nation: the principal section of all the expenditure is to feed the unproductive class, who live completely at the cost of the three classes. These unproductive class is composed of those useful to the society, and those harmful to the society; of those whom we respect the most, and of those whom we scorn the most; it is only in a cash nexus that you can lump together some people who have as little in common as magistrates, men of letters, militants, on one hand, and beggars, prostitutes, thieves, on the other hand. Furthermore, you can include there the mass of intermediary ranks, who live at the expense of the first three classes of the society, like those enumerated above.

Thursday, 5 March 2009

Book 1, chapter 4, paragraphs 12-14

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 90-91]

   Le revenu de la société n’étant donc autre chose que le produit annuel de son travail, moins le salaire nécessaire qui l’a mis en mouvement, il s’agit à présent de voir comment s’en fait la distribution entre tous les citoyens. On peut à cet égard diviser la nation en six classes, dont trois participent directement à ses revenus, et trois autres n’y ont proprement aucune part, mais se font un revenu de celui d’autrui: ces trois dernières peuvent être réunies en une seule, que j’appellerai la classe improductive.
   La première classe qui partage le revenu national, est celle des ouvriers productifs, lesquels outre le salaire nécessaire, obtiennent presque toujours une partie plus ou moins considérable du superflu de leur propre production; ils peuvent ou l’économiser, ou la consacrer à leurs jouissances; j’appellerai cette part, le salaire superflu.
   Les propriétaires de la richesse mobiliaire [mobilière], tant ceux qui prêtent leurs capitaux, que ceux qui les mettent en mouvement, prennent pour leur part dans ce revenu, toute la valeur de leurs profits, ou toute la part du superflu de produit du travail, que l’ouvrier leur abandonne en rétribution de leurs avances.

[Translaiton]

   Therefore, now that the revenue of society is nothing but the annual produce of its labour minus the necessary wages which have set the labour in motion, it is necessary to see how the revenue is distributed among all the citizens. In this regard you can divide the nation into six classes, three of which take part directly in this distribution, and the others of which do not literally take part but obtain some revenue from that of others: these last three can be united into a single category, which I will call the unproductive class.
   The first class of those among whom the national revenue is distributed is of productive labourers, who, in addition to the necessary wages, may almost always obtain a more or less considerable part of the surplus of their own production. They can save it or allot it for their enjoyments; I will call this part the surplus wages.
   Owners of movable wealth (those who lend their capital as well as those who put it at work) take all the value of their profits or all the surplus part of the produce of labour for their share in this revenue, a part which labourers yield to them for returns on their advances.