Monday, 2 February 2009

Book 1, chapter 2, paragraphs 10-11

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 45-47]

   Une nation est riche en raison du nombre d’ouvriers productifs qu’elle possède; et c’est une dernière espèce de capital fixe. Il faut que le travail de l’âge viril d’un ouvrier compense la consommation de toute sa vie; car il a dépensé dans son enfance, beaucoup, et long-tem[p]s avant que d’être capable d’aucun travail, ou du moins avant que d’en faire un qui fut équivalent à sa dépense: Il a consommé les denrées et les marchandises qui avoient été produites par le travail d’autres ouvriers. Tous ceux qui existent aujourd’hui ont été élevés et ont vécu des labeurs de leurs prédécesseurs: si leur nombre s’est augmenté, il a fallu qu’il y eût préalablement une accumulation de travail pour les nourrir; cette accumulation s’est fixée et réalisée dans leur existence; à mesure que leurs forces vitales se consument, elle en ressort dans le produit de leur travail; à la mort de tous ceux qui forment la génération actuelle, s’ils sont restés pendant leur vie assidus à leurs ateliers, elle en sera toute ressortie, et a n’y aura rien eu de perdu.
   Ceux d’entre les ouvriers qui ont acquis une habileté particulière pour le travail, soit en consacrant à s’approprier une industrie plus productive les années pendant lesquelles ils auroient [auraient] pu travailler, soit en employant au même objet un capital, c’est-à-dire la somme du travail des autres, ceux-là ont fixé sur leur propre vie une plus grande masse de travail accumulé; aussi là nation peut-elle être plus enrichie par la possession d’un mécanicien distingué que par celle de dix ou de cent ouvriers ordinaires; non-seulement parce qu’il lui produira plus annuellement, mais aussi parce qu’il lui a plus coûté à former (1).

[Translation]

   A nation is rich for the reason of the number of productive labourers among them, and this is the last category of fixed capital. It is necessary that the labour of a labourer of full age should compensate for consumption of all his life, because he spent much cost and time in his childhood, before he became capable of labour at all, or, at least, before he came to perform any labour equivalent to his expenditure. He consumed foods and commodities which had been produced by the labour of other labourers. All those who exist today have been raised and have lived on the labour of his predecessors. If their number has increased, there must have been in advance an accumulation of labour to feed them. This accumulation has been fixed and realised in their existence. According as their vital forces are exhausted, the accumulation is withdrawn from them and transferred to the produce of their labour. If all those who form the present generation have been diligent in their workplace during his lifetime, all the accumulation will be withdrawn and there will be nothing to lose at their death.
   Among the labourers who have acquired a particular skill in labour, either by spending the years that they could have laboured in adapting themselves to more productive industry, or by employing a capital (i.e. a sum of labour by others) for the same purpose, some have fixed a larger amount of accumulated labour on their own life. Therefore, the nation can be more enriched due to the possession of a distinguished mechanic than to that of ten or a hundred ordinary labourers; not only because he will produce more annually for the nation but also because it has cost the nation more to train him (1).

Sunday, 1 February 2009

Book 1, chapter 2, paragraphs 07-09

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 44-45]

   D’autres édifices produisent par eux-mêmes, dès qu’ils sont mis en action; ce sont des ouvriers matériels créés par l’industrie humaine; leur travail, de même que celui de la nature, se réalise dans la valeur des objets qu’ils créent ou qu’ils modifient; les moulins, les forges, les scies, les fours, et en général toutes les usines, appartiennent à cette classe: une fois qu[’]elles sont construites, leur rente ou leur loyer représente la valeur que le travail accumulé en elles, ajoute au travail annuel de l’homme.
   Le capital fixé sur les bâtimen[t]s ou les usines, n’y demeure pas constamment, comme celui fixé sur la terre; il en ressort graduellement à mesure que le bâtiment se consomme, et il se retrouve dans les objets produits par l’industrie de ceux qui l’ont habité; le capital fixé dans les outils et les instrumen[t]s des métiers ou de l’agriculture, en ressort plus vîte [vite] encore; il n’y demeure que peu d’années, souvent peu de mois, et e passe de là dans la valeur de toutes les marchandises qui sont créées par ces outils; en sorte qu’eux-mêmes tiennent le milieu entre les objets destinés à la consommation, et les capitaux fixes.
   Comme la valeur des mêmes objets est plus considérable, lorsqu’ils sont à la portée de leurs consommateurs, que lorsqu’ils en sont éloignés, il a convenu à la société de fixer une partie de son capital pour faciliter les transports: A cette classe de travaux accumulés appartiennent d’une part les chemins, les canaux, et les ports; de l’autre les voitures et les vaisseaux: la rente des uns et des autres se retrouve sur l’augmentation de valeur de la marchandise parvenue par leur moyen au lieu où elle doit être consommée.

[Translation]

   Other buildings make a production for themselves, as soon as put into operation. They are, as it were, material labourers created by the human industry; their labour, like that of nature, is realised in the value of the objects they create and modify. Mills, forges, saws, furnace, and in general all the plants belong to this category. Once they are constructed, their rent or fees represent the value added by the accumulated labour in them to the annual labour of humans.
   The capital fixed in buildings or plants does not remain as constant as that fixed on land. It is gradually withdrawn from them according as they are consumed, and reappears in the produce raised by the industry of those who have lived there. The capital fixed in tools and instruments of trade and agriculture is withdrawn still more quickly from them. It remains only few years and can often remain few months, and it passes from them into the value of all the commodities which are created with these tools. Consequently they themselves take a middle position between the objects appropriated for consumption on one hand and the fixed capital on the other hand.
   As the value of one object is higher when it is within the reach of consumers than when it is far from them, it has been convenient for the society to fix a part of its capital in order to facilitate transportation. To this category of accumulated labour belong roads, canals, and ports on one hand, and carriages and vessels on the other hand. The rent of both sorts turns out to increase the value of commodities transported by their means to the place where they should be consumed.

Saturday, 31 January 2009

Book 1, chapter 2, paragraphs 05-06

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 42-44]

   Celui que l’agriculteur fait ensuite pour mettre immédiatement la terre en action, ne s’accumule que sur la récolte d’une ou d’un petit nombre d’années; et s’il se fixe sur le sol, ce n’est que momentanément, jusqu’à ce qu’il en soit tout ressorti avec ses productions. Il appartient donc à la classe des capitaux circulan[t]s.
   Après le travail fixé dans le défrichement de la terre, l’un des plus considérables et des plus apparen[t]s d’entre les capitaux nationaux, est fixé dans la construction des habitations: Ce n’est pas que les maisons ne puissent à bien des égards être considérées comme un objet de consommation plutôt qu’un capital fixe: le logement est un des besoins de l’homme, c’est pour lui une dépense aussi bien que la nourriture, plutôt qu’un moyen de produire; mais comme l’agriculture, les arts, et le commerce, ne pourroient [pourraient] subsister sans les édifices destinés à mettre à couvert les agriculteurs, les artisans, les commerçan[t]s, leurs instrumen[t]s, et leurs produits; la valeur de leur logement, la rente du travail employé à le construire, s’ajoute naturellement à la valeur du produit de leur industrie, en serte que cette partie des édifices qui est destinée à l’habitation et aux ateliers des ouvriers productifs, forme une portion du capital rixe national, et contribue à augmenter la valeur du travail que la nation fera par la suite.

[Translation]

   The accumulation thereafter made by husbandmen in order to immediately put land into operation consists only of a year’s or a few years’ harvest. If it is laid down in the soil, only a moment later is it all withdrawn again from the soil with the produce of it. Therefore, it belongs to the category of circulating capital.
   One of the next most significant and remarkable of all the kinds of national capital, next to the labour fixed in enclosure of land, is that fixed in construction of dwellings. Admittedly, a house could be thought of in many aspects as an object of consumption rather than a fixed capital; lodging is one of human wants, and is the same kind of expenditure as food for anyone, rather than one of the means of production. But agriculture, arts, or commerce could not exist with no buildings employed to keep secure husbandmen, artisans, merchants, their tools, their produce, and therefore the value of their buildings, the rent of the labour expended upon its construction, adds naturally to the value of the produce of their industry. Consequently, that part of the buildings where the productive labourer lives and works forms a portion of the national fixed capital, and help to increase the value of labour the nation will perform later.

Friday, 30 January 2009

Book 1, chapter 2, paragraphs 03-04

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 40-42]

   La terre depuis le moment de cette première découverte, peut être considérée comme une ouvrière productive, l’homme la met à l’œuvre, elle agit, et la valeur de son travail est accumulée dans la valeur de ses productions. Le droit d’appeler à l’ouvrage une ouvrière si utile, est la même chose que la propriété du sol: La valeur de son travail, première origine de la rente des immeubles, appartient à celui qui se trouve saisi de la surface d’un terrain, et dont le droit est reconnu par ses concitoyens. Lorsque la population s’est augmentée, tout le territoire des nations civilisées s’est trouvé approprié, avant que chaque individu en ait eu obtenu une portion: ceux qui sont intervenus au premier partage ont eu un avantage sur les autres, et lors-même qu’ils n’ont pas cultivé la terre qui leur étoit [était] échue en lot, cette terre a été appréciée en raison de sa propriété virtuelle de faire un travail productif, dès qu’elle seroit [serait] mise en action: C’est ainsi que chez les nations civilisées, la terre vague ou inculte n’est pas sans valeur.
   Il y a loin cependant du prix de cette terre inculte à celui du sol défriché; c’est dans ce dernier que commence l’accumulation réelle du travail productif de l’homme. Il faut pour rendre fertile un terrain sauvage, pour le miner, l’enclore, et y faire des plantations, un travail d’autant plus considérable que l’agriculture est plus perfectionnée: c’est par le propriétaire, ou pour son compte qu’il est fait, et sa valeur entière est ajoutée à celle de l’immeuble. Comme son efficacité ne se borne pas à une seule année, mais que pendant long-tem[p]s, et presque à perpétuité, les récoltes qui viennent ensuite en sont augmentées, le droit de faire travailler la terre améliorée devient plus précieux que celui de faire travailler la terre vierge; il est plus profitable pour celui qui l’exerce, et si le propriétaire vient à le céder, c’est à un plus haut prix. La rétribution moyennant laquelle le propriétaire du sol abandonne ce droit à son fermier, est ce que l’on appelle la rente des terres, ou le profit net de la culture: c’est donc en partie une compensation pour le droit de propriété sur la terre inculte, et en partie une production du travail accumulé sur elle pour la cultiver.

[Translation]

   Since the moment of this first discovery, land can be considered as a productive labourer; man puts land into operation, land works, and the value of its labour is accumulated in the value of its produce. The ownership of land means a right to call such a useful labourer into operation. The value of labour of land, which is the first origin of rent of immovables, belongs to that man who owns the surface of a plot of land, and whose right is approved by his fellow-citizens. When the population rose, all the territory of the civilised nations was appropriated before every individual had obtained a plot of land. Those who took part in this early distribution of land had an advantage over those who did not, and even though they did not cultivate the plot of land which was distributed to them, this plot was valued due to its potential quality to perform productive labour as soon as put into operation. In the civilised nations, therefore, no plot is valueless even if featureless or uncultivated.
   However, there is a wide difference between the price of the uncultivated plot and that of the reclaimed one. Only in the latter does the real accumulation of productive labour of mankind take place. In order to make a plot of wild land fertile, to delve in it, to enclose it, and to establish plantations on it, what is needed is all the more significant labour as agriculture is more improved. This labour is expended by the owner of the plot or at his cost, and the whole value of the labour is added to that of the plot. Since its effect does not last for as a short time as one year, but for a long time and almost forever, the future harvest is more plentiful, and the right to employ an improved plot of land is more precious than that to employ a wild plot. The former right is more profitable for those who exercise it, and if a landowner has yield up the right, he has done so just at a higher price. The remuneration in return for which the landowner yield up this right to his farmer is what we call rent of land, or net profit of cultivation. Therefore, this is partly a compensation for the right of property of uncultivated land, and partly a production of accumulated labour on land to cultivate it.

Thursday, 29 January 2009

Book 1, chapter 2, paragraphs 01-02

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 39-40]

Nous venons de dire que la première manière dont les riches peuvent employer avec profit leurs capitaux, c’est en les fixant de telle sorte qu’ils aident les pouvoirs productifs du travail. Toute nation civilisée possède des capitaux fixés ainsi pour une valeur considérable, et c’est une des causes auxquelles il faut attribuer la supériorité des produits de son industrie, sur ceux d’une nation sauvage.
   C’est à bonifier la terre qu’a été destiné le premier travail productif que l’homme ait fixé. Sa fécondité est une source d’autant plus abondante de richesses, que l’homme sait mieux lui demander ce dont il a besoin. L’on peut avec Mr. Canard considérer la découverte de l’art d’obtenir des récoltes, comme le résultat du travail de l’homme; c’est le fruit des premières expériences du premier cultivateur; jamais travail dans cette hypothèse ne fut plus productif que le sien, puisque son invention qui tint peut-être autant au hasard qu’à l’étude, créa la valeur de la terre entière. L’homme actif fait quelquefois de ces découvertes heureuses qui changent le sort de l’humanité, et comme c’est par son travail qu’il y est amené, on peut les regarder comme en étant le fruit; mais ce fruit est comme on voit, d’une nature différente de celui qui se proportionnant au tem[p]s et aux moyens employés par l’ouvrier, se retrouve réellement dans la valeur des objets produits.

[Translation]

We have just said that the first way the rich can employ their capital to profit is by fixing it so that it aids the productive powers of labour. Every civilised nation possesses, therefore, fixed capital to a considerable value, and this fact is one of those to which you should attribute the larger amount of the produce of a civilised nation’s industry than that of a barbarous nation’s.
   It is in improvement of land that the earliest productive labour that man has ever fixed was employed. The fertility of land is an abundant source of wealth, all the more abundant as man know better how to demand what he wants of land. You can agree with Mr. Canard, who considers the discovery of the art of reaping the harvest as a result of human labour, or assumes that this discovery is the fruitage of pioneering trials of a leading cultivator. According to this assumption, no labour was more productive than his labour, because his invention, which was realised possibly by chance as well as thanks to his study, created the value of the whole land. A practical man sometimes makes some of those happy discoveries which change the fate of mankind, and they can be regarded as the fruitage of his labour since his labour leads him to them. But this fruitage is, as you see, different in nature from that which, in proportion to the time and means employed by the workmen, is really found in the form of value in produced objects.

Wednesday, 28 January 2009

Book 1, chapter 1, footnote 1

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 31-34]

(1) [(1)] Un traducteur d’Adam Smith (Mr. Garnier dans sa note XX. T. v. p. 169.) a attaqué la distinction entre le travail productif et le travail improductif, et il a cherché à rétablir à sa place celle qu’avoient [avaient] imaginé les économistes François [Français], entre le travail de l’agriculture et celui des manufactures, dont le premier seul occasionne à leurs yeux une production, et le second un échange; nous reviendrons dans plus d’un endroit de cet ouvrage à appuyer la distinction qu’il combat, et qui fait la base de tout le système d’Adam Smith; aussi éviterons nous d’entrer, dès le premier chapitre, dans une discussion en forme avec l’habile économiste que nous venons de citer. Nous remarquerons seulement que la distinction que nous énonçons est assez frappante pour devoir être admise par tous ceux qu’un esprit de système n’a point prévenu[s]. Chacun voit au premier coup d’œil que certains travaux sont susceptibles d’accumulation, et que d’autres ne le sont pas: un peu de réflexion suffit ensuite pour faire comprendre que la société ne peut être enrichie que par les travaux dont les fruits s’accumulent, qu’eux seuls sont l’origine d’une propriété. Mais dit Mr. Garnier, le musicien, l’orateur, le poète sont aussi utiles à la société que la marchande de modes, la bouquetière, le limonadier; cela peut être, et leur utilité n’est point ici l’objet en question: si nous le traitions, nous dirions que les richesses ne sont utiles qu’autant qu’elles procurent des jouissances, qu’il faut distinguer dans la société les métiers qui font naître les richesses, d’avec ceux qui les échangent contre ces mêmes jouissances qu’elles doivent procurer, que les derniers ont leur utilité comme les premiers, et qu’ils en ont d’autant plus qu’ils procurent une plus grande masse de jouissances, ou des jouissances plus appropriées au goût de la nation chez qui on les exerce: il n’en est pas moins vrai qu’une portion de la richesse nationale ne peut pas consister en sons ni en déclamations, tandis que nous concevons fort bien comment des sucres, des boissons, des dentelles et des soieries, ou d’autres marchandises qui remplissent la boutique, soit du limonadier, soit de la marchande de mode, peuvent en faire partie; parce que ceux-ci s’accumulent, et que les premiers ne s’accumulent pas. Mais dit encore Mr. Garnier, la distinction est souvent bien difficile à maintenir; tel ouvrier, tantôt travaille sur le neuf, tantôt ne fait que réparer ou conserver d’anciens produits du travail: le tapissier, le pelletier, et la lingère, rendent le plus souvent des services du même genre que le valet-de-chambre; sont-ils des ouvriers productifs ou ne le sont-ils pas? Ils sont avec bien d’autres, répondrai-je, sur les confins des deux classes, et appartiennent tantôt à l’une tantôt à l’autre. De ce que les extrémités de deux classes se touchent, en conclura-t-on qu’elles ne diffèrent point? Les économistes en faisant toujours usage d’abstractions, ont considéré chaque classe comme composée d’une seule espèce; les vrais observateurs reconnoissent [reconnaissent] au contraire que toutes les choses soumises à l’étude et à l’inspection des hommes forment une chaîne, que toutes les divisions dans toutes les sciences sont artificielles, et qu’elles séparent souvent des chaînons faits pour se toucher, sans en être pour cela moins utiles. Il a fallu toute l’habileté de Trembley pour reconnoître [reconnaître] que let polypes étoient [étaient] des animaux, Vaucher n’en déploye pas moins pour montrer que les conferves sont des plantes, en conclura-t-on qu’un chêne ne diffère point d’un cheval? La classe des ouvriers productifs touche à la classe improductive par deux points différeren[t]s; premièrement le même ouvrier appartient tour-à-tour à l’une puis à l’autre; selon qu’il s’occupe de produire ou de conserver, selon qu’il augmente, ou n’augmente pas la valeur échangeable de la chose sur laquelle il travaille, ce qui s’applique au pelletier, au tapissier, à la lingère, que cite Mr. Garnier: secondement, les fruits du travail de quelques ouvriers productifs, ont une existence si courte, si éphémère, qu’eux-mêmes se trouvent dans une situation équivoque entre les deux classes. La valeur qu’ils produisent devant être consommée en très-peu de tem[p]s n’est pas susceptible d’accumulation; or cet intervalle de tem[p]s entre la production et la consommation, qui est nul dans les métiers improductifs, assez long et susceptible de se prolonger à volonté dans les métiers vraiment productifs, et fort court dans les équivoques, est la seule origine à laquelle on puisse rapporter la propriété mobiliaire [mobilière]. Le fruit du travail du musicien se dissipe à l’instant même; celui du travail du traiteur, du patissier [pâtissier], du cuisinier, se consomme au bout de peu d’heures; si les marchandises produites par le tisserand et le forgeron n’avoient [avaient] pas plus de durée, il n’auroit [aurait] pas valu la peine d’établir la distinction que nous maintenons, car dès l’instant que le fruit du travail est consommé, qu’il est appliqué à la jouissance, peu importe que ce travail ait été productif ou non.

[Translation]

(1) A translator of Adam Smith (Mr. Garnier in his note 20, vol. 5, p. 169) has attacked his distinction between productive and unproductive labour, and has tried to return to its place what the French Economistes invented, a distinction between the agricultural labour and that of manufactures; in their eyes the former is the only cause of production, and the latter is just that of exchange. We will come again, in some places of this work, to espouse the distinction which the translator attacks and on which the whole system of Adam Smith is founded. Therefore, as early as the first chapter, we will avoid entering into definite argument with the learned economist we has just referred to. Now we will just note that the distinction we expound is so remarkable that it should be accepted by all those discontented with a sprit of system. Everyone recognises, at first sight, that some kinds of labour are capable of accumulation, and that others are not. And then a little reflection suffices to understand that the society can only be enriched by those kinds of labour whose fruits are accumulated, or that they are the only origin of property. Yet Mr. Garnier says that the musician, the orator, the poet are of as much utility to the society as the tailor, the florist, the café owner. This may be the case, but their utility is not that of which we make an issue here. If we dealt with utility in that sense, we would argue that the wealth is of utility only as long as it procures us some pleasure; that it is necessary to distinguish in the society those businesses which yield the wealth from those which exchange it for the very pleasure they should procure us; that the latter have their utility like the former; and that the latter have all the more utility in that they procure us more pleasure, or pleasure more to the taste of the nation some members of whom are engaged in them. It is nonetheless true that no part of the national wealth can consist in sound or in oratory, though we understand utterly well how sugar, beverage, lace and silk, or other commodities which fill the café or the shop can comprise part of the wealth. The reason is that the latter are accumulated and that the former are not. Still Mr Garnier says again that the distinction is often very difficult to maintain; one workman sometimes labours at something new, and sometimes does nothing but repair or maintain some produce of labour expended in the past. The tapestry-maker, the furrier, and the cleaner most often do the same services as the domestic servant. Are these services of productive labour or not? I will answer that they adjoin many other kinds of labour on the border between the two classes, and belong sometimes to one and sometimes to the other. Do you conclude that the extreme of one class and that of the other class are not different at all because they adjoin each other? The Economites, always making use of abstractions, considered each class as composed of a single kind. The true observers, on the contrary, recognise that all objects of human study and inspection form a chain, that any classification in any science is arbitrary, and that the sciences often separate chains between two objects which adjoin each other, without being less useful due to the separation. Trembley [Jean Trembley 1749-1811] needed all his genius in recognising that the polyp is a kind of animal, and Vaucher [Jean Pierre Étienne Vaucher, 1763-1841] displayed no less genius in showing that the cladophora is a kind of plant. Then do you conclude from these discoveries that the oak is not different at all from the horse? The class of productive labourers adjoins that of unproductive ones in two different points. First of both, one labourer belongs to the one class and the other class by turns, according as he is engaged in production or maintenance, according as he increases or does not increase the exchangeable value of the thing at which he labours (a point which is the case with the furrier, the tapestry-maker, and the cleaner, which Mr. Garnier refers to). Secondly, the fruits of labour by some productive workmen are so short-lived and so temporary, that they are found in an ambiguous situation between the two classes. The value produced by them shortly before being consumed is not capable of accumulation. This interval between the production and consumption is the only origin to which the movable property could be related; it is null in the unproductive businesses, is long enough and capable of being prolonged at the will of the really productive labourer, and is very short-lived in ambiguous situations. While the fruitage of labour by the musician vanishes at the very instant, that of labour by the caterer, the confectioner, the chef is consumed shortly after its production. If the commodities produced by the weaver and the blacksmith had no longer lasted, establishing the distinction we maintain would not have been worth while, because, as soon as the fruitage of labour is consumed, as soon as appropriated for pleasure, it does not matter whether the labour may have been productive or not.

[Translator's note]

(1) This chapter has two footnotes numbered 1. The other one is in this paragraph.

Tuesday, 27 January 2009

Book 1, chapter 1, paragraph 15

[De la richesse commerciale, Sismondi, 1803, Original, 37-38]

   Dès que les propriétaires du superflu accumulé que nous appellerons désormais capital, ont pu l’accroître en l’échangeant contre un travail à faire, ils ont multiplié autant qu’ils ont pu de pareils échanges, et ils se sont bien gardés de suspendre la faculté productive de leurs capitaux, en les laissant chômer. Or ils ont deux manières de les mettre à profit: la première c’est de les fixer en créant ou perfectionnant une machine quelconque au moyen de laquelle ils facilitent ou multiplient le travail humain. Jamais le mot de machine n’avoit [avait] reçu une acception plus étendue que celle que je voudrois [voudrais] lui donner ici, car je désirerois [désirerais] comprendre sous ce nom, depuis la charrue jusqu’à l’usine la plus vaste, jusqu’au mécanisme le plus compliqué, jusqu’à la terre cultivée, qui entre les mains de l’homme est une machine productive, jusqu’à l’artisan lui-même, qui lorsqu’il est formé par une instruction appropriée à son état, au moyen d’une avance de capitaux, peut être comparé à un métier vivant, parce qu’il fait deux fois plus d’ouvrage qu’un autre. La seconde manière dont les propriétaires de capitaux peuvent tirer avantage de leurs richesses, c’est de les faire circuler sous la forme de marchandises applicables à l’usage des hommes: ils les livrent au consommateur en retour d’un travail dont ils pourront de nouveau échanger le fruit, et chacun de ces marchés produit une augmentation de leur richesse qui constitue leur revenu. C’est de ces deux manières de placer les capitaux que nous allons nous occuper.

[Translation]

   Hardly were owners of accumulated surplus (we call capital hereafter) able to multiply it by exchanging it for some labour yet to expend before they came to make as many exchanges as they could, and to feel free to exercise the productive faculties of their capital, without leaving it unemployed. Then they have two ways to make it bear profit. The first is by fixing it in creation and improvement of a certain machine by means of which to facilitate or amplify the human labour. The word machine did not have so extensive a meaning as I should like to give to it here, for I would like to mean a variety of things by this word; a plough; the largest-scale plant; the most complicated machine; the cultivated field, which is a productive machine in the hands of mankind; and the artisan himself, who can be compared to a living loom if given instruction and made ready for his trade by means of advanced capital, for the reason that he performs twice as much work as if not. The second way, in which the owner of capital can derive benefit from his wealth, is by making capital circulating in the form of commodities applicable to the human use. He delivers these kinds of commodities to the consumer in return for some labour, the produce of which he will exchange again. Each of these deals produces an increase of his wealth which constitutes his revenue. We will deal with these two ways to invest capital [in the next two chapters].